L’automobile a beaucoup évolué ; les usages qui lui sont liés aussi, alors même que l’on nous promet entre autres innovations des voitures autonomes pour bientôt. Les salons automobiles sont quant à eux souvent restés identiques ou presque à ce qu’ils étaient il y dix, vingt, trente ans en arrière. A l’occasion de l’édition 2016 du Mondial de Paris, nous nous sommes intéressés au salon automobiles de demain, périple qui nous fera passer par Paris, Genève et Monaco.

 

Bienvenue au Mondial de l’Automobile de Paris édition 2016 ! Le visiteur ou la visiteuse du salon automobile parisien, biennale du genre, peut être surpris par quelques nouveaux aménagements qui sont sans doute les signes d’un certain essoufflement. S’il s’agira de faire le décompte des visiteurs dans quelques jours, sachant que le Mondial demeure à ce jour le salon automobile le plus visité au monde (1 253 513 visiteurs en 2014), on peut d’ores et déjà s’interroger sur le niveau de fréquentation.

Le deuxième jour d’ouverture du salon, soit le dimanche 2 octobre dernier, sur le coup de 17 heures, le stand Audi était largement accessible. D’habitude, ce dernier est le week-end simplement bondé. Certes, le temps était beau et les parisiens et autres visiteurs potentiels avaient peut-être envie de faire autre chose que de voir des véhicules… qu’ils peuvent parfois découvrir au même moment – sans avoir à payer une entrée – chez un concessionnaire (tel était par exemple le cas du duo Peugeot 3008/5008). Il y a aussi ces constructeurs absents (Ford, Lamborghini, Mazda, McLaren, Volvo et autres) dont nous avons déjà cherché à comprendre les (bonnes) raisons. Grandes absentes également les voitures autonomes dont on nous parle tant et que l’on aimerait voir évoluer in situ (tant l’espace du Palais des Expositions de la Porte de Versailles est conséquent) même sans pouvoir en prendre le volant.

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Au Mondial, des signes qui ne trompent pas

Si l’on peut se rassurer en constatant le nombre croissant de structures de grands constructeurs disposées dans les allées extérieures du même palais, les anciennes ont quant à elle la part belle dans le hall principal ; la salle de presse (dont le wifi est toujours défaillant) ne ressemble plus à un préfabriqué… sans doute parce qu’il faut bien occuper l’espace libre ou libéré dans le hall 2.1 (même si officiellement les organisateurs évoquent la mise en place d’un "Hub B toB"). Quant aux écoles et autres formations liées de près ou de loin à l’univers automobile, elles côtoient les miniatures dans le hall 2.2. On croit rêver. Mais non, on est bien éveillé.

Dossier - Quels salons pour demain ?
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Il faudrait aussi s’intéresser de plus près aux tarifs des stands, sans doute modulés en fonction d’une gestion de l’espace forcément complexe et compliquée par les désertions… ce que nous aurions souhaiter faire si l’équipe du Mondial avait bien voulu répondre à nos questions. S’il ne s’agit certes pas de tirer sur une ambulance, force est de constater qu’outre les nombreuses questions restées en suspens, le Mondial n’a pas encore souhaité s’exprimer sur sa vision du salon automobile de demain. Certains professionnels craignent même une régionalisation du "salon de Paris" qui n’aurait alors plus rien à envier aux salons de Bruxelles ou de Bologne. Mais les organisateurs ne sont sans doute pas seuls "en cause". Les constructeurs ont pris l’habitude de dévoiler les nouveautés en amont, ce qui ne favorise pas forcément le déplacement sur les salons. Au contraire Renault a d’ailleurs pu bénéficier d’une très bonne couverture de son concept TreZor (bien plus importante par exemple que celle obtenue par Citroën avec son CXperience) en le présentant à peine quelques heures avant l’ouverture du salon.

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Genève ou l’air tranquille

La totalité des constructeurs absents de cette édition du Mondial étaient présents au salon de Genève, au mois de mars dernier. Nous avons demandé à André Hefti, directeur général de l’événement helvétique, de nous livrer sa vision. Selon lui, les salons automobiles sont toujours nécessaires, notamment parce qu’ils permettent de maintenir "un lien émotionnel évident" avec les voitures. "Il est possible de les toucher, de les regarder de près", note-t-il. Parmi les salons de nouvelle génération intégrant les technologies dernier cri, il cite volontiers le CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas ou l’IFA (Foire Internationale d'Electronique) de Berlin. Avant tout, le salon de Genève reste "à l’écoute de ses clients". Le directeur général avoue : "Nous avons la chance de ne pas être trop grand. Tout avoir au même endroit constitue un avantage ; tout le monde est ainsi sur un pied d’égalité. Être situé à cinq minutes de l’aéroport est également très pratique. Comparé à Paris ou Francfort, notre salon propose aussi une durée d’exposition plus courte".

Dossier - Quels salons pour demain ?
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Si l’on sent André Hefti à la fois réservé et confiant, c’est sans doute parce que le salon de Genève n’est pas comme les autres ; il est "à part" ; aucun des constructeurs de luxe ou de voitures de sport ne risque de lui faire quelque infidélité sans doute parce que les clients sont à proximité immédiate. Mais le risque n’existe-t-il pas malgré tout du côté des généralistes ? Le directeur général concède "regarder tout ce qui touche à l’automobile et aux nouvelles technologies". Il révèle d’ailleurs que "l’espace abandonné par Mini a été délibérément repris par le groupe BMW afin que ce dernier ne le perde pas et que Mini puisse le récupérer quant sa politique marketing l’exigerait à nouveau". Quant aux voitures autonomes, entièrement connectées, le salon de Genève pourrait leur réserver une place de choix : "À la manière de ce que nous avions fait en 2012 avec la présence d’un Pavillon Vert, nous envisageons en 2018 de réserver un espace dédié à la voiture de demain". Un tel espace permet en effet aux constructeurs de montrer leur savoir-faire sans les obliger à le faire au milieu de leurs stands et des véhicules de leurs gammes régulières, évitant ainsi les confusions voire les frustrations.

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"French riviera revolution" ?

Alors, d’où pourrait venir une nouvelle vision du salon automobile ? Peut-être de la Côte-d’Azur et plus particulièrement de Monaco où se tiendra du 16 ou 19 février prochains la première édition du SIAM (Salon International de l’Automobile de Monaco), "à ciel ouvert axé Écologie, Innovation et Prestige". Le sous-titre a le mérite d’annoncer la couleur. Parmi les exposants d’ores et déjà confirmés figurent notamment Maserati, Mazda, Mercedes, Mitsubishi, Porsche, Smart, Suzuki, Tesla, Venturi.

Dossier - Quels salons pour demain ?
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Nicolas A. Hesse, directeur général de l’événement, ne se cache pas, bien au contraire, de sa filiation avec l’ancien Commissaire Général du Mondial de l’automobile, Thierry Hesse, qui en 2014, après un quart de siècle de bons et loyaux services, avait quitté la direction de celui-ci. "L’idée d’organiser ce nouvel événement est née de discussions avec S.A.S. Le Prince Albert II, justement dans les allées du salon parisien". Le SIAM a clairement la volonté de se distinguer du reste de l’offre. "Proposer un salon en plein air, réparti sur onze lieux de la principauté, c’est sans équivalent", avance Nicolas A. Hesse. "Nous nous sommes penchés sur les points faibles des salons traditionnels comme le manque de contact avec la clientèle, l’absence d’essai. Au SIAM, les exposants disposeront ainsi de centres juste à côté de leur espace d’exposition", précise-t-il. Accompagner la participation des exposants et des visiteurs est au cœur du projet : "Nous proposons des packages comprenant le transport ou l’hébergement, cela en relation avec la direction du tourisme de la principauté", ajoute-t-il encore.

Basé à Monaco, on pourrait imaginer ce salon très exclusif, et tourné vers une clientèle huppée. Telle ne semble pas être l’intention des organisateurs : "Notre vocation est grand public. Nous souhaitons aussi bien intéresser des visiteurs internationaux que régionaux. Pour cette première édition, nous tablons sur 100 000 visiteurs, VIP compris", explique Nicolas A. Hesse. Le concept d’expérience, qui est très en vogue notamment auprès des constructeurs automobiles, sera à la base du dispositif imaginé par le SIAM. "Appli" pour favoriser l’interactivité, réalité augmentée, art de vivre, tels sont les leitmotiv. Sans compter la mise en place d’un forum, de think et do-tank, destinés aux professionnels et sans doute aux chercheurs. On est assez curieux de pouvoir juger sur pièce.

Pas de salut sans une nouvelle donne

Au terme de cette brève enquête, et sans nous être penchés sur les nombreux grands salons existants aujourd’hui de par le monde (en Chine, aux Etats-Unis mais aussi en Amérique du Sud) on serait tenté de conclure que c’est probablement des nouvelles initiatives que proviendraient les visions les plus originales et les plus audacieuses du salon automobile de demain. Quant au Mondial, malgré un environnement français pas toujours très autophile, on reste désireux de savoir comment il pourra muter afin de continuer une histoire initiée en 1898, dans le Jardin des Tuileries.

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