Motor1 poursuit son dossier sur les politiques actuelles des agglomérations françaises en matière d’automobile. Pour ce deuxième article, Yves Crozet, professeur à l’Université de Lyon, professeur émérite Sciences Po Lyon (IEP Lyon) et membre du LAET (Laboratoire Aménagement Economie Transports), vient apporter un éclairage complémentaire à ceux de Matthieu Glachant et Charles Raux.

 

Alors que Tesla s’intéresse aux tuiles solaires, que Uber travaille sur des voitures électriques volantes, on peut se demander jusqu’où va aller l’innovation et l’imagination des industriels. A sa façon, Yves Crozet, spécialiste de l’économie des transports reconnu en France et à l’étranger, propose tout simplement un autre paradigme : raisonner en terme d’espace plutôt qu’à partir du véhicule.

Après quelques précautions d’usages du genre "les économistes sont des gens simples pour lesquels il n’existe que deux variables possibles : les prix et les quantités", Yves Crozet avance des explications limpides : "une automobile consomme davantage d’espace qu’un piéton ou qu’un vélo, que cela soit à l’arrêt ou en mouvement. L’espace constitue donc la clé de la question de la place de l’automobile en ville". Si le membre du LAET explique se fâcher "autant avec ceux qui ont la haine de l’automobile qu’avec ceux qui la défendent farouchement" lorsqu’il assure que les nouvelles opportunités représentées par l’automobile connectée ou autonome voire le co-voiturage vont forcément "générer de nouvelles contraintes", c’est bien qu’il déjà est en train de défendre ses propres préconisations.

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Augmenter le taux de remplissage

Quelles sont-elles ? "ll s’agit de faire le maximum pour développer les transports en commun. Mais ce n’est ni possible partout ni forcément souhaitable tant la ville s’étend vers la périphérie. Mieux vaut alors inciter à un meilleur taux de remplissage des automobiles. Les solutions sont connues. Une première passe par la mise en place de parkings dits de dissuasion à l’entrée des centres-villes comme cela se pratique de manière efficace par exemple à Genève. Une deuxième consiste à développer les voies réservées aux véhicules transportant deux ou trois passagers, comme cela est expérimenté aux Etats-Unis (type "high occupancy vehicule lane" – ndlr). Une troisième tient à l’invention de nouvelles modalités de partage et de co-voiturage." A titre d’exemple, Yves Crozet cite la communauté d'auto-stoppeurs connectés Microstop qui souhaitent "partager leurs trajets afin de réduire le nombre de véhicules en circulation, et par conséquent les émissions de carbone", dixit le site officiel du service.

L’automobile dans les villes françaises aujourd’hui

Selon l’économiste, des freins empêchent d’optimiser l’usage de l’espace. Outre la politique politicienne, Yves Crozet fait état d’une mauvaise appréhension de la frontière entre public et privé, en premier lieu de la part des pouvoirs publics. Le professeur estime qu’elle s’est déplacée et qu’en matière de co-voiturage par exemple les villes ne sont pas forcément les plus à même d’apporter une réponse et qu’elles ont sans doute intérêt à collaborer avec des opérateurs privés, ce qui se pratique d’ailleurs déjà pour différents transports publics. Il pointe aussi du doigt certaines chimères. "On tend à faire croire que la voiture connectée ou la voiture autonome va réduire les problèmes de circulation, de congestion ; c’est tout simplement faux", martèle-t-il.

Les péages urbains servent à rapporter de l’argent

Concernant les péages en centre-ville, Yves Crozet estime qu’ils ne sont "valables que pour les très grandes agglomérations" et observe "qu’ils ne suppriment pas la congestion". L’économiste note que les péages sont d’abord mis en place pour "rapporter de l’argent". Et de conclure : "nous avons jusqu’à présent fonctionné dans une logique d’abondance. Cette période est révolue".

Co-voiturage afin d’améliorer le taux de remplissage des automobiles en ville, voiries spécifiques destinées "aux bons usages", les solutions avancées par Yves Crozet ne semblent pas pour "demain la veille". Il est temps de nous rapprocher du terrain et d’aller notamment voir ce qui se fait par exemple aujourd’hui à Grenoble ou à Paris.

Lire aussi : "L’automobile dans les villes françaises aujourd’hui" – 1. Faut-il opter pour des péages urbains ou des permis d’émission ?

Pour aller plus loin :

Les transports et le financement de la mobilité, Yves Crozet, Fondation pour l’innovation politique, 2015

Transports et mobilité durable en Ile-de-France : enjeux et issues, Yves Crozet, Pouvoirs Locaux : les cahiers de la décentralisation / Institut de la décentralisation, Institut de la décentralisation, 2007

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