Elle représente la suprématie de McLaren sur l'automobile sportive des années 1990. La McLaren F1 a été le premier modèle industrialisé par la firme britannique. Une voiture pensée et voulue par les têtes pensantes de l'époque qu'étaient Gordon Murray et Ron Dennis. 

À la fin des années 1980, Ron Dennis est arrivé à son but ultime. Celui de porter McLaren au firmament de la compétition automobile. Reste désormais à la maintenir au plus haut niveau. C’est la charge qui incombe aux pilotes que sont alors Ayrton Senna, Gerhard Berger, et des ingénieurs de la trempe de Gordon Murray.

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C’est d’ailleurs de ce dernier, après avoir tout gagné en Formule 1, que vient l’idée de créer une McLaren de route. L’homme qui a fait triompher Brabbham puis McLaren veut se lancer un nouveau défi. Une GT ultime, qui se voudrait la référence. Pour une marque qui n’existe pas, le challenge est immense. Mais Murray est convaincant. Porté par ses sucès en F1, le bureau executif de McLaren, dirigé par Ron Dennis, mais aussi par Mansour Ojjeh, Bob Hillman et Creighton Brown, décide de se lancer.

1993 - McLaren F1
1993 - McLaren F1
1993 - McLaren F1

Le projet se lance en 1989, avec la création de McLaren Cars. Gordon Murray en prend la tête. Évidemment, McLaren ne compte pas faire semblant, et l’entreprise investit dans la construction d’une usine, en face du siège de Woking, dans le Surrey.

"Concevoir cette voiture a été l’occasion de construire la voiture de sport ultime. "

Gordon Murray

Les choix techniques sont audacieux. Le carbone est omniprésent, autour des panneaux d’aluminium. Une technologie que McLaren maîtrise parfaitement : au début des années 1980, ce sont eux qui ont amené cette technique en Formule 1. La voiture ne s’en prive donc pas, comme l’explique Gordon Murray, lors de la présentation : "Pour beaucoup d’entre nous, chez McLaren, concevoir cette voiture a été l’occasion de construire la voiture de sport ultime. Nous nous sommes fixé comme objectif de développer la meilleure voiture de route du monde, en appliquant les technologies de la Formule 1, pour offrir des capacités dignes d’un Grand Prix. Une voiture construite pour les plus exigeants des acheteurs." Le décor est posé, non ?

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Trois de front

Mais contrairement à beaucoup de diseurs de bonne aventure, Gordon Murray applique ses paroles. La voiture présente une architecture jamais vue auparavant. Le pilote se trouve au milieu de la voiture. Et peut embarquer deux passagers ! Idéal pour la dynamique de l’auto, et surtout, incroyable ! Trois personnes dans une voiture de sport, en voilà une innovation ! Depuis la Matra Baghera, personne n’avait osé ! L'accès est aisé, avec les deux portes en élytres, et des rangements sont même pensés !

1993 - McLaren F1
1993 - McLaren F1
1993 - McLaren F1
1993 - McLaren F1

Côté aérodynamique, la voiture profite également de la longue expérience de Murray et des ingénieurs de McLaren. L’auto est développée dans une soufflerie à plancher mobile, au contraire de nombreuses de ses concurrentes. Murray, en maître de l’effet de sol, a développé un diffuseur arrière en trois parties qui plaque l’auto au sol. Et un système de ventilateur permet d’éviter les turbulences sous la voiture. De fait, même à très grande vitesse, la McLaren est d’une stabilité remarquable, et d’un CX de seulement 0,32.

1993 - McLaren F1
1993 - McLaren F1
1993 - McLaren F1

Un autre monde

Côté moteur, l’équipe technique a préféré jouer la fiabilité. Plutôt qu’un bloc turbocompressé, la voiture est équipée d’un V12 à deux fois double arbres à cames en tête. Il s’agit du V12 6,0 litres d’origine BMW et qui développe 627 chevaux. La boîte de vitesses est manuelle, et à six rapports. L’accélération s’en ressent : 3,4 secondes pour le 0-100 km/h, et le 400 m départ arrêté est abattu en 10,37 secondes. Démentiel. De quoi, surtout, propulser aisément la voiture d’à peine 1140 kg à plus de 380 km/h.

1993 - McLaren F1
1993 - McLaren F1

386, précisément. Ce qui en fera l’auto la plus rapide du monde, jusqu’à l’arrivée de la Bugatti Veyron. À la différence que la F1 se passe de turbocompresseur, et qu’elle peut emporter trois personnes à bord. Cela dit, elles ont en commun leur prix, exorbitant. À sa sortie, la McLaren valait un million de dollars, neuf. La voiture sera présentée à Monaco, en 1992, avant d’entrer en vraie production en 1994. Jusqu'en 1998, 106 exemplaires seront produits, dont 28 modèles de course.

La McLaren F1 s’est en effet imposée aux 24 Heures du Mans, en 1995, devançant les prototypes. Elle remportera également de nombreuses courses dans les championnats de Grand Tourisme, s’offrant même une version "longue queue", plus aérodynamique.

1995 - McLaren F1 LM
1995 - McLaren F1 LM
1995 - McLaren F1 LM

Pour McLaren, outre ce succès d’estime, c’est le début de son aventure industrielle. Ron Dennis flaire le bon coup. Après 1998, l’aventure se poursuivra avec la Mercedes SLR McLaren, puis le lancement de la marque telle qu’on la connaît aujourd’hui. Certes la P1 d’aujourd’hui est très performante, et McLaren promet une future supercar à trois places. Mais la McLaren F1 est le symbole de l’équipe de l’époque. Celle de Ron Dennis. De l’efficacité. Et de l’audace.

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