C'est l'initiatrice du style néo-rétro, mais également l'instigatrice de la fin de Plymouth.

Dans notre rubrique "Étude de style", nous revenons sur les concept-cars marquants des constructeurs, et voyons quelle influence ils ont eu sur les voitures de série.

Le Salon de Détroit a, jusqu'à la crise des subprimes, en 2008, toujours été celui des concept-cars audacieux, souvent trop. Vitrine de l'automobile américaine, il se devait en effet de montrer l'imagination débordante des marques comme Chrysler, Dodge, Chevrolet, Cadillac, Ford, ou ces marques, aujourd'hui disparues, qu'étaient Oldsmobile, Plymouth ou encore Pontiac.

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La crise, à partir de 2008, a été l'une des causes de la disparition de nombreuses marques de l'automobile américaine, mais le problème était déjà présent bien avant. Les Big Three et la stratégie de fusionner les réseaux de concession, dès les années 1980, n'avaient pas aidé. Plymouth, propriété du groupe Chrysler, en est un exemple parfait.

Déjà en délicatesse depuis les années 1970, où Chrysler avait manqué de peu la faillite, Plymouth tente de survivre depuis 20 ans. Aussi, alors que le grand groupe commence à aller mieux, il est temps de penser à l'avenir du petit constructeur d'Auburn Hills, et de lui redonner de l'allant. L'idée est de reprendre la formule qui avait fonctionné pour la Dodge Viper : faire référence au glorieux passé des États-Unis dans l'automobile, et sortir une auto bestiale.

C'est ainsi que Chrysler donne, à l'aube des années 1990, carte blanche à ses ingénieurs pour créer cette fameuse Plymouth. Ce fonctionnement a très bien marché avec la Viper, autant continuer dans cet élan. Très vite, le directeur du design de Chrysler, Thomas C. Gale, se montre enthousiaste à l'idée de rendre hommage aux hot-rods des années 1930. L'idée n'est pas mauvaise, mais sous-entend un coupé à roues découvertes. Une voiture plaisir, donc, mais pas une voiture dont on a besoin. À vrai dire, la spécialité de Chrysler depuis quelques années…

1993 - Plymouth Prowler Concept et version de série

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Objet roulant non-identifiable

D'abord imaginé en coupé, le projet évolue rapidement. Le concept évoque déjà les lignes d'un certain PT Cruiser. Exit les portières à ouvertures inversées, la direction de Chrysler voit plutôt un roadster, toujours dans l'idée cependant de rappeler le passé. Les grandes lignes du projet Prowler, "rôdeur", en anglais, sont validées. Et c'est ainsi qu'en janvier 1993, au salon de Detroit, Chrysler présente un roadster à la ligne… torturée. Le public, curieux, se montre intéressé par la voiture, mais ce n'est pas non plus l'engouement de la Viper. Difficile de passer après le vil serpent.

Il faut dire aussi que la Plymouth Prowler ressemble à un ORNI (objet roulant non-identifié) dans le milieu automobile des années 1990. Comme un crochet que l'on prend dans un combat de boxe ! Revenons à l'époque : en 1993, Internet n'existe pas, les portables ne sont qu'une vague idée du futur. En France, Dire Straits, Witney Houston, Jordy ou What Is Love de Haddaway trustent le Top 50, tandis que Les Visiteurs et Jurassic Park sont les succès du grand écran. La Plymouth débarque dans cette période du pré-internet, et initie l'idée du néo-rétro, bien avant les Mini et autres VW Beetle. Alors que l'on rentre dans l'ère du bio-design et ses lignes très arrondies, le Prowler vient comme un cheveu sur la soupe.

 

L'avant, déjà, se veut particulièrement audacieux, avec cette énorme calandre qui vient couper l'élan d'un long capot. Habilement, les feux, très fins, sont intégrés dans la ligne de la voiture. On ne peut que regretter ces pare-chocs, en plastique, très hauts et épais. Obligatoires pour respecter les normes américaines, ils viennent donner un effet pataud à l'avant, mais démontrent une autre ambition de Plymouth, celui de présenter une voiture proche de la série. À quelques détails près, on peut déjà la conduire sur route. D'autant que l'auto présente une avancée technologique majeure : elle est l'une des premières voitures à utiliser massivement l'aluminium pour alléger sa carrosserie.

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Un petit pare-brise fait office de saute-vent, pour protéger les deux occupants, et la voiture se termine avec un arrière abrupt et très large. Sur les flancs, pour compenser la faible largeur de la voiture, des élargisseurs apparaissent, et donnent un côté assez dynamique au profil.

1993 - Plymouth Prowler Concept et version de série
1993 - Plymouth Prowler Concept et version de série
1993 - Plymouth Prowler Concept et version de série

Finalement, c'est l'arrière qui créé un déséquilibre total dans la ligne générale de l'auto, en comparaison de l'avant, qui se veut très fin, à l'image des speedster des années 1930. L'idée de séparer les roues de la carrosserie, comme sur une Caterham n'est pas idiote, et donne un caractère d'unicité à cette voiture. Toutefois, ce qui fonctionnait sur des voitures dans les années 1930 n'est pas forcément la bonne formule en 1993.

1993 - Plymouth Prowler Concept et version de série
1993 - Plymouth Prowler Concept et version de série
1993 - Plymouth Prowler Concept et version de série
1993 - Plymouth Prowler Concept et version de série
1993 - Plymouth Prowler Concept et version de série

À l'intérieur aussi, on retrouve cette idée de néo-rétro. Comme dans les voitures des années 1930, les compteurs sont centrés avec un entourage couleur carrosserie. C'est la seule originalité de l'habitacle, qui n'est qu'un rappel des productions américaines des années 1990, avec des plastiques noirs omniprésents et des planches de bord… classiques.

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Fautes de goût

Enfin, sous le long capot avant, c'est un V6 qui trône. Le sacrilège. Surtout pour une voiture qui se veut un hommage aux hot-rods bien connus pour leurs énormes V8 ! Le V6 a beau être plus performant que les V8 Chrysler de l'époque, cela ne vient pas réparer l'hérésie. Pourtant, le groupe Chrysler croit en son projet, et comme pour la Viper, l'industrialise.

Autres concepts
Autres concepts

Quatre ans après sa présentation, en 1997, le Prowler sort des usines du groupe, avec une version très proche du concept-car. Il va peiner à convaincre, avec 11'702 exemplaires vendus jusqu'en 2002. Il faut le dire, la ligne ne plait pas, et les performances ne sont pas aussi impressionnantes qu'attendues, même l'intérieur semble démontrer le manque d'ambition. La deuxième version, arrivée en 1999 est censée l'améliorer. Cependant, le mal est fait, même le concept Howler, présenté au Sema Show de 1999 ne vient pas relancer l'intérêt.

Une erreur de casting qui va accélérer la chute de Plymouth. La marque américaine va disparaître en 2001. Pour une auto qui devait relancer cette dernière, l'échec est total !

Autres concepts
Autres concepts

Pourtant, la Plymouth va lancer une nouvelle mode. Celle du néo-rétro. Très vite, VW avec sa Beetle puis son Microbus, puis BMW, avec la Mini, vont flairer le bon coup. Chrysler va également jouer sur cette partition sur ses futurs modèles, comme le PT Cruiser ou la 300C. Toutefois, le plus efficace dans ce domaine sera Ford, avec ses GT40 Concept et autres Mustang. Le bilan n'est donc pas si noir pour la Plymouth, qui est même en train de devenir un collector !

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