Elle devait être l'annonce de la renaissance, ce sera l'inverse.

Dans notre rubrique "Étude de style", nous revenons sur les concept-cars marquants des constructeurs, et voyons quelle influence ils ont eu sur les voitures de série.

Un passé brillant est parfois plus difficile à assumer qu’une carrière en dents de scie. C’est là toute la dramaturgie de l’histoire de Lancia. Brillant constructeur d’autos de luxe de l’Italie d’avant-guerre, Lancia devient, après-guerre, un constructeur innovant, avec l’Aurelia, qui en 1950, devient la première auto à recevoir quatre suspensions indépendantes. Malgré quelques difficultés dans les années 1960, et un rachat par Fiat en 1969, Lancia garde cette excellente réputation, d’autant plus avec ses victoires en rallyes, avec les Fulvia, les Stratos, puis à partir de 1979, les Delta.

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Le problème de Lancia intervient à partir de 1986, et le rachat par Fiat de son pire ennemi : Alfa Romeo. La marque de Vincenzo Lancia perd de sa superbe. Lorsqu’en 1992, la carrière de la désormais mythique Delta se termine, la gamme Lancia n’offre plus vraiment de voitures séduisantes. Les Thema, Dedra ou autres Kappa n’attirent pas. Aussi, chez les dirigeants du groupe Fiat, on souhaite relancer l’intérêt pour la marque italienne. Exit l’aspect sportif, pourtant tenace, bonjour l’esprit premium à l’italienne.

À l'italienne !

Pour cela, il faut offrir une ligne qui sort de l’ordinaire. À l’époque, on ne se doute pas encore que les standards allemands sont l’unique solution pour vendre des berlines en Europe. Les Français estiment, avec la Renault Safrane ou la Citroën XM, que l’on peut offrir une voie alternative. C’est aussi l’esprit de Lancia. L’idée est donc de sortir une berline routière novatrice, qui démontrera les capacités de Lancia à proposer autre chose.

1998 - Lancia Dialagos
1998 - Lancia Dialagos
1998 - Lancia Dialagos
1998 - Lancia Dialagos
1998 - Lancia Dialagos

Les premières études sont lancées à partir de 1996. Cinq maquettes sont nécessaires pour définir le style définitif de cette future berline. L’idée est qu’elle soit prête pour le salon de Turin 1998. Trois études proposées par les designers sont retenues : Arca, Agora et Tikal. Les deux premières vont fusionner, sous la houlette de Pietro Camardella, qui a notamment travaillé sur les Ferrari F40 ou 456 GT. En sort la Dialogos définitive, présentée, comme annoncé, au salon de Turin 1998.

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1998 est une époque encore charnière pour le dessin automobile. Une période où Titanic cartonne dans les cinémas, tandis que Vivo Per Lei d’Andrea Boccelli et Hélène Segara est le premier succès de l’année. Un film sur un naufrage et une chanson italo-française : le présage est idéal pour lancer un haut de gamme novateur, non ? Plus sérieusement, les marques se retrouvent encore influencées par le bio-design des années 1990, l’envie d’inventer le futur, et celui de revisiter le passé. Vaste programme. Que Lancia tente de relever avec sa Dialogos.

1998 - Lancia Dialagos

Le concept car surprend par son originalité. Comme à l’ancienne, on retrouve un très long capot dont la proue reçoit une énorme calandre. À l’image de ce qu’Alfa Romeo a tenté avec sa 156, la Dialogos veut mettre en avant son identité historique. Ainsi, l’énorme calandre en pentagone est entourée par deux feux de formes similaires. L’idée étant de faire un clin d’œil à l’un des succès de la marque dans les années 1950 : l’Aurelia B20.

Le capot, bombé, légèrement boursouflé, fait penser à celui de la Citroën DS. Des feux, deux longues lignes filent vers l’arrière, venant rythmer un profil trois volumes épuré. En limitant au maximum les arêtes, Lancia imagine ici le futur. Les prochaines autos se passeront d’éléments de design compliqués. Le détail est poussé jusqu’à la disparition des poignées de portes.

 

Cette idée de lignes épurées se retrouve jusque dans le dessin de la poupe, avec des feux boomerang, très fins, comme sur la Maserati 3200 GT. L’autre marqueur important par rapport aux productions Lancia de l’époque, c’est cette idée d’arrondir les angles. La formule qui a fonctionné sur les nouvelles Alfa Romeo est reprise sur les Lancia. C’est peut-être là la vraie erreur de design. Désormais, il est acté que Lancia a un temps de retard sur Alfa Romeo.

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Du moins sur le design extérieur. Car l’intérieur offre le meilleur de la technologie du groupe Fiat de l’époque. Intérieur en cuir beige, très italien, espace et agencement travaillé, écrans multimédia omniprésents : sans le vouloir, dès 1998, Lancia propose la synthèse de ce que recherchent les constructeurs d’aujourd’hui. D’une part, la vraie marque de cette auto, ce sont ces portes à antagonisme, qui offrent une ouverture totale sur l’habitacle, et une impression d’espace surprenante. Sur la planche de bord, marquée par ce volant qui tient plus du guidon, pas de fioritures. On va au plus simple, sans fioritures, mais dans le luxe le plus élégant possible.

20 ans trop tôt ?

Côté technique, pas de moteur sur cette Dialogos, mais un système de suspension innovant, qui suit un axe virtuel, et qui permet de déplacer l’axe des roues en fonction des imperfections de la route.

Surtout, la Dialogos échange avec son conducteur, via la carte main libre. La voiture le reconnaît, ouvre les portes automatiquement, tourne le fauteuil pour accueillir son occupant, abaisse la hauteur de caisse en fonction et se met en fonctionnement à son approche. Elle reçoit également des radars et des caméras de recul. Imaginez cela il y a vingt ans. On est clairement dans l’annonce de l’avenir.

1998 - Lancia Dialagos
1998 - Lancia Dialagos

Pour Lancia notamment. Le dessin de cette Dialogos n’est autre que celui que l’on retrouvera, pratiquement tel quel, sur la berline Thesis. Le côté baroque qu’inspire la voiture sera également la marque de fabrique des futures Delta et Ypsilon, mais sans jamais vraiment convaincre. Étonnamment, la surprenante étude Dialogos, encensée lors de sa présentation, ne trouvera jamais le succès en série. Un échec pour Lancia, que le groupe Fiat ne lui pardonnera pas.

Après cet ultime coup d’éclat, le groupe va petit-à-petit délaisser sa firme premium, qui désormais, s’éteint en Italie. Tristement, le dialogue de Lancia avec l’automobile, entamé en 1906, prend fin.

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