Le chef du design d'Aston Martin qui a un petit faible pour deux constructeurs français !

Suite de notre entrevue exclusive avec le directeur du design d'Aston Martin Lagonda, Marek Reichman. Rencontré à l'occasion du Festival Automobile International, il nous avait livré les "secrets de fabrication" de l'incroyable AM-RB 001, cette hypercar développée en partenariat avec Red Bull Racing, et qui devrait pulvériser la concurrence dès son arrivée en 2019. Mais si ce projet revêt évidemment une importance capitale pour Aston Martin, notamment en tant que vitrine du design et technologique, l'arrivée de la DB11 sur nos routes ces derniers mois (notre essai vidéo ici !) marque également une nouvelle étape pour la firme britannique qui a fêté ses 104 ans.

Voir : Essai vidéo Aston Martin DB11 - Le Grand Tourisme par excellence ! 

Nouveaux designs, nouvelle plateforme, nouveaux moteurs, nouveau partenariat technologique avec Daimler, autant d'éléments qui donnent le second souffle dont Aston Martin avait bien besoin. Et à raison d'une nouveauté tous les 9 mois, nous devrions très prochainement, dès le salon de Genève au mois de mars de cette année, découvrir un nouveau modèle dans la même veine que la DB11. Marek Reichman nous parle de ce vent de nouveautés qui souffle au sein de la firme de Gaydon :

MOTOR1 : Comment décririez-vous en trois mots le design d’Aston Martin ?

Marek Reichman : Trois mots pour un designer, c’est toujours difficile : beauté, technologie et artisanat. Et si l’on combine ces trois mots, on a une Aston Martin. La beauté s’exprime à travers les proportions, la technologie à travers les innovations comme sur la DB11, et la fabrication reste manuelle, de la même manière qu’une F1 est fabriquée à la main.

Beauté, technologie et artisanat. Si l’on combine ces trois mots, on a une Aston Martin.

La DB11 est la première représentante d’une nouvelle ère pour Aston Martin. Quels sont les prochains modèles ?

C’est ce que nous appelons notre "Second Century Plan" (littéralement le plan du second siècle, ndlr). Cela commence avec la DB11, et tous les 9 mois nous présenterons quelque chose de nouveau. La nouvelle Vantage arrive, puis nous aurons un gros lancement, puis un dérivé de la DB11, vous vous doutez que c’est la DB11 Volante. Et le SUV arrivera en 2019. Nous travaillons aussi sur la nouvelle usine qui commence à sortir de terre au Pays de Galles où il sera produit. Le premier DBX sera présenté au public fin 2019, pour une arrivée sur les routes en 2020. Tout ça fait partie de notre plan qui est extrêmement important pour nous. Nous investissons plus dans ce renouvellement complet de la gamme que nous ne l’avons fait en 104 ans d’histoire. C’est une période cruciale et qui commence bien avec une DB11 dont la première année de production a été entièrement vendue. Et ça risque d’être la même chose rapidement pour la seconde année.

2015 Aston Martin DBX concept
2015 Aston Martin DBX concept

D’où vous est venue votre inspiration pour la DB11 ?

Pour moi il y a la notion d’héritage, même si l’on n’est pas une entreprise qui regarde derrière. Nous honorons le passé mais nous nous focalisons sur demain, le design devait donc représenter ce long héritage des modèles DB. Il fallait se remémorer où la ligne DB a commencé, avec la DB2/4, la fameuse DB55, et même la plus récente DB9. C’est donc une question de proportions, en gardant le caractère chic que les voitures DB expriment, mais également  penser à la technologie d’aujourd’hui, à ce qu’il est possible de produire avec les moyens modernes, et exprimer une identité qui puisse durer pour les 30 années à venir. Ça paraît très difficile à faire. Mais regarder la carrosserie, c’est comme regarder un costume qui sort du pressing. Les lignes sont parfaites, élégantes, puissantes, et expriment tout ça à travers la carrosserie. Et je m’inspire aussi beaucoup de la nature. Pour résumer, mon inspiration vient de l’héritage de la marque, de la représentation du symbole DB, de ce que représente Aston Martin, et de la nature comme les réactions d’un puissant requin, la musculature d’un athlète… Nous sommes une marque qui exprime son émotion à travers ses lignes. Donc quand vous voyez une de nos voitures, vous devez dire "Wouaouh", vous devez avoir le souffle coupé. Et de manière générale, ce que nous dessinons va jusqu’en production.

Aston Martin DB11
Aston Martin DB11

Comment faites-vous pour imaginer la plus belle voiture du monde avec 4 ans d’avance ?

Ce que je fais toujours dès que j’ai les premiers dessins, c’est que je les montre à mon équipe de design et s’ils sont unanimes, alors on est dans la bonne direction. Parfois je le montre aussi au-delà de mon équipe de design, à des cadres dirigeants d’Aston Martin par exemple, et s’ils ont un choc en voyant les dessins, on est bons. Mais s’ils ne sont pas étonnés, alors je sais qu’il faut que je retravaille, car c’est ce qu’ils doivent ressentir en regardant quelque chose qui ne sera produit que 4 ans plus tard. Mon design doit questionner. Alors du moment que mes dessins questionnent, je sais que je vais dans la bonne direction.

Aston Martin DB4 GT Continuation

 

Êtes-vous aussi impliqués dans le retour de voitures historiques comme par exemple la DB4 GT ?

Oui, ça fait également partie de mes fonctions. Vous ne vous imaginez pas tous les soucis que la reproduction d’une voiture comme ça soulèvent, notamment en utilisant des technologies modernes. Par exemple, si vous voulez scanner au laser une DB4 GT d’époque, vous verrez que le côté droit et le côté gauche ne sont pas identiques. Chaque car a été façonnée à la main, et les écarts ne sont pas que d’un petit millimètre. Parfois, vous avez 10, 15, 20 millimètres de différence, donc mon rôle est justement de pouvoir scanner les anciennes voitures et de dessiner les "nouvelles" lignes, pour pouvoir faire les outils adéquats. Puis nous répliquons de manière très fidèle la DB4 GT d’origine. Donc même si les formes originales et la façon dont les panneaux de carrosserie ont été pressés et façonnés n’ont pas une précision de 100%, nous les recréerons ainsi.

Citroën et DS au Salon Rétromobile 2017
Renault au Salon Rétromobile 2017

Dernière question : Pour quel(s) constructeur(s) français aimeriez-vous travailler ?

(Rires). Vous savez je suis très chanceux de connaître des designers de tous les horizons. Mais je dois dire que l’une des raisons qui m’a poussé à devenir designer, c’est parce que très tôt j’ai admiré les voitures de Citroën. Je suis aussi un très bon ami de Laurent Van Den Acker, à la tête du design de Renault depuis quelques années. Je pense que certaines marques automobiles françaises provoquent des émotions. Elles ont également une histoire fascinante et un véritable art reconnu en design. Pour moi, elles sont deux. Il y a Renault, également grâce à Patrick Le Quément qui a réalisé un travail incroyable pour nous tous designers. Et puis il y a Citroën, avec les DS, les 2CV, des voitures exceptionnelles, et toujours aujourd’hui. Voilà les deux marques avec lesquelles j’aimerais peut-être un jour pouvoir collaborer.

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