Pleins feux sur les systèmes de vision !

Qu’il est loin le temps où les éclairages paraissaient quasiment interchangeables d’un véhicule ou d’une marque à l’autre ! De nos jours, les constructeurs communiquent d’ailleurs régulièrement, notamment à travers l’introduction de concepts, autour de l’enjeu qui consiste certes à voir mais également à être vu.

Dossier éclairage
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Qu’est-ce qu’un système de vision ?

La question peut sans doute paraître naïve au premier abord mais d’un interlocuteur à l’autre la manière de considérer les éclairages peut toutefois sensiblement varier. Selon Christophe Le Lignié, Visibility Business Group R&D et Product Marketing Director de Valeo, celui-ci assure deux fonctions : "Voir, c’est-à-dire assurer de la visibilité au conducteur, et être vu, par les autres véhicules mais aussi par les piétons".

Manuel Panay, Automotive Global Account Manager d’Osram, insiste aussi sur le confort : "Système longtemps relativement basique issu de la réglementation, il est en train de se transformer. L’éclairage est devenu beaucoup plus adaptatif pour le conducteur, offrant à la fois plus d’énergie et plus de confort. Son exploitation doit éviter toute forme d’éblouissement". Mais qu’en disent les constructeurs ?

Whilk Gonçalves, responsable de l’innovation en charge de l’éclairage et de la signalisation de PSA, souligne pour sa part l’aspect dynamique puisqu’un éclairage "s’adapte aujourd’hui à son environnement, aux acteurs qui l’entourent". Si, de l’aveu même de Manuel Panay, "les constructeurs allemands sont sans cesse en avance de phase afin de développer de nouvelles technologies", Pascal Chatelain, chef de projet Xlab chez Renault et designer de métier, apporte une nuance dans l’approche du constructeur au losange : "Tout en se conformant à la réglementation et en privilégiant le confort de l’utilisateur, il convient de ne pas aller au-delà du nécessaire. En effet, chaque pièce, chaque élément doit à la fois avoir son utilité et être attractif".

 

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L’impact de la technologie

Pour Christophe Le Ligné, il est évident que la technologie a joué un rôle déterminant ces dernières années : "Le remplacement des lampes par les LED a notamment autorisé une plus grande liberté de style, diminuant les contraintes des designers". S’il est rejoint sur cet aspect par Whilk Gonçalves, le responsable de l’innovation de PSA ajoute que "le développement de l’automatisme a permis de délivrer le client des tâches de décision".

Pour illustrer ce dernier aspect, il remarque que le "temps d’utilisation des feux de croisement est nettement supérieur à ce qu’il était auparavant", ce qui, souligne-t-il au passage, "a contribué à renforcer la sécurité". Pascal Chatelain n’hésite pas à évoquer une "rupture" permise par l’introduction des LED. Laquelle n’est évidemment pas sans effet sur le design.

"Dessiner la lumière"

"Les ampoules imposaient d’importantes contraintes en matière thermique et de puissance. L’arrivée des LED a permis d’affiner, d’allonger les signatures lumineuses. Maintenant on peut véritablement dessiner la lumière. Pour un designer, il s’agit là presque de l’accomplissement d’un rêve. Qui plus est, le fait que l’aspect des éclairages varie en fonction de leur état allumé ou éteint ouvre de nouvelles perspectives. La miniaturisation des systèmes d’éclairage a en outre facilité le dessin d’une fonction sans se soucier de la taille au point de faire des éclairages une forme comme une autre, parmi d’autres", précise Pascal Chatelain.

Whilk Gonçalves s’attarde sur deux autres dimensions nouvellement acquises par les designers : "Premièrement l’effet de transparence et deuxièmement la possibilité de regarder à l’intérieur des systèmes de vision. Les feux ont gagné un nouveau statut, ils ont été valorisés, que ce soit à l’état éteint ou à l’arrêt du véhicule". Ces considérations concernent également les équipementiers comme Valeo. Christophe Le Lignié explique en effet que "Valeo dispose de ses propres stylistes. Le travail mené avec les constructeurs automobiles est accompli très en amont. Ces derniers viennent nous voir ou nous consultent pour connaître les technologies qui pourraient leur être utiles. Durant la phase d’étude, nous réalisons des maquettes avec eux."

 

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Mais dans ce domaine comme en bien d’autres dès lors qu’il s’agit de répondre à des besoins spécifiques, la confidentialité règne : "Nous dédions une partie de notre personnel sur certaines parties de l’année à des projets de constructeurs. A l’égard des constructeurs, avec lesquels sont bien entendu signés des contrats de confidentialité, nous jouons un rôle de facilitateurs de solutions", précise Manuel Panay. Pascal Chatelain revendique cependant une "part de candeur" face aux possibilités offertes par la technologie : "Si lors de l’apparition des LED, autour de l’année 2008, nous avons dû passer par une phase d’apprentissage et de compréhension, nous savons dorénavant clairement exprimer ce que nous voulons et ce que nous ne voulons pas. Nous ne souhaitons d’ailleurs pas nous laisser enfermer par la technologie", justifie-t-il.

Des véhicules "communiquants"

Plusieurs des évolutions susceptibles de toucher à l’éclairage extérieur des véhicules ont déjà été vues sur des concepts. Christophe Le Ligné dresse, pour Valeo, un état des lieux : "Parmi les grandes évolutions à venir, il faut s’attendre à voir les éclairages 3D se développer, notamment à l’arrière. Ces derniers autoriseront de nouvelles évolutions en matière de style. Les systèmes de vision vont aussi permettre une plus grande communication entre véhicules, par exemple par l’affichage de pictogrammes sur les feux arrière, le tout au service de la sécurité. On peut par exemple aussi imaginer des systèmes lumineux permettant de signaler qu’un conducteur s’apprête à sortir de son véhicule."

 

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Et le véhicule autonome dans tout ça ? Pour Whilk Gonçalves, son développement ne suscitera pas de besoin spécifique : "Le véhicule autonome ne présente pas d’exigence particulière en matière d’éclairage. Il serait toutefois possible d’envisager des systèmes plus simples. C’est plutôt du côté de la réalité augmentée qu’il s’agit de chercher les moyens de faire évoluer la manière de voir et d’être vu. La réalité augmentée devrait permettre de signaler plus précisément des actions comme se garer ou changer de voie lesquelles sont jusqu’à présent essentiellement permises par le déclenchement d’un clignotant." Christophe Le Ligné n’en souligne pas moins que parce que le véhicule autonome implique "une multiplication du nombre de caméras, le besoin de lumière va croître, celles-ci ne pouvant pas fonctionner sans. L’éclairage sera en outre plus interactif, entre piétons et véhicules. Il sera plus prévenant aussi bien à l’avant qu’à l’arrière." Manuel Panay ajoute que "l’exploration des champs autour du véhicule nécessitera d’être beaucoup plus précise".

Contribuant largement à l’identité visuelle des véhicules et des marques, l’éclairage a, sous l’impulsion d’une évolution des technologies, permis aux designers de défricher de nouveaux terrains. Plus que jamais il servira manifestement demain le confort et la communication entre les véhicules et leur environnement.

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