Débarquée d’outre-Atlantique en 2013, la Tesla Model S a fait couler beaucoup d’encre depuis son arrivée. Déjà parce qu’elle est le fruit de l’imagination d’un visionnaire, Elon Musk, qui veut coloniser Mars, développer le solaire, révolutionner les transports avec son Hyperloop, casser les prix de l’aérospatial… D’autre part parce qu’elle a révolutionné la vision que l’on avait jusqu’à maintenant de la voiture électrique : déjà c’est une berline, et pas une voiturette, elle est luxueuse et élégante, et elle dispose d’une autonomie jusqu’alors jamais atteinte. En janvier dernier, Tesla, qui n’aime pas toujours communiquer sur les chiffres, avait vendu chez nous 1.000 Tesla Model S. Un chiffre qui paraît relativement faible mais qu’il faut mettre en perspective avec le positionnement premium de la voiture, clairement pas à la portée de toutes les bourses, et une certaine réticence, pour ne pas dire peur, de l’électrique, dans un pays où le diesel est roi.

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En perpétuelle évolution, la gamme Tesla a accueilli en avril dernier le premier restylage de la Model S. Modernisée esthétiquement, façon Model X, la berline électrique continue surtout d’évoluer de manière presque invisible, au gré des mises à jour du logiciel de la voiture. Car oui, cette Model S est un véritable ordinateur roulant. Presque trop en avance sur son temps ? Nous avons pris le volant de la Model S 90D, équipée de la dernière mise à jour 8.0 pour apporter une réponse. Et surtout essayer le fameux Autopilot !

Essai Tesla Model S 90D

Difficile de passer inaperçu !

Nouvelle face avant plus agressive gommant la "calandre" noire, façon Model X, feux Full LED adaptatifs plus élégants, presque comme des yeux maquillés aux cils interminables, la Tesla Model S restylée ne passe pas inaperçue. Même dans cette configuration Gris Nuit plutôt discrète, et les "petites" jantes de 19 pouces. Il faut dire qu’avec ses presque 5 mètres de long (4,979 m pour être précis), la berline en impose. Attention aux parkings trop étriqués !

Pas un conducteur ou presque ne vous double sans tourner la tête. Dans la rue, les piétons aussi sont électrisés par son regard. La Tesla Model S reste un ORNI (Objet Roulant Non Identifié), déjà parce que tout le monde a entendu parler de Tesla et de son fondateur fantasque, ensuite parce que voir cette masse se déplacer sans un bruit continue de surprendre. Et puis il y a des questions plus singulières : "Mais alors comment on fait pour ouvrir les portes ?", rapport aux poignées de portes chromées à flanc de carrosserie, qui se déploient quand on les effleure. Même plus de trois ans après son arrivée en France, la Tesla Model S attire autant qu’elle fascine !

Essai Tesla Model S 90D

Aussi dépouillée que technologique !

Une fois les portes sans contours de fenêtres ouvertes et les seuils chromés franchis, on rentre dans un cocon aussi dépouillé que technologique. Deux boutons seulement sur la planche de bord, à peine visibles : le warning, et l’ouverture de la boîte à gant. Et au centre, cet écran central de 17 pouces, gigantesque, qui concentre l’ensemble des commandes de la voiture. Mais avant de se pencher dessus, zoom sur l’habitabilité de cette berline électrique qui n’a rien à envier à une limousine. En termes d’espace en tout cas puisqu’à l’arrière, trois adultes peuvent voyager sans problèmes. A deux, l’absence d’accoudoir central est un peut dommage. Et puisque l’on parle de voyage, l’espace pour rentrer les bagages est gigantesque : 150 litres sous le capot avant, 744 litres à l’arrière, soit 894 litres au total, et jusqu’à 1645 litres une fois la banquette 40/60 rabattue.

Essai Tesla Model S 90D
Essai Tesla Model S 90D

Au milieu de cette ambiance sobre, chic, mais presque trop austère, les deux écrans accrochent l’oeil. Celui qui se loge derrière le volant, face au conducteur, présente une interface des plus simples, permettant de visionner de manière très intuitive les infos essentielles, vitesse et autonomie évidemment, mais aussi GPS et distance avec les obstacles environnants. Quant au grand écran de 17 pouces, aucun autre, ni ceux des Renault (Espace, Talisman…), pas même celui des Volvo (XC90, S90…), ne lui arrivent à la cheville. Navigation avec Google Maps, Spotify pour la musique, internet, en plein écran, en écran partagé, mettre la navigation au-dessus, la musique en dessous et vice-versa, il est possible de tout faire avec une simplicité déconcertante. Sans compter que bon nombre de fonctions de la voiture, de l’ouverture du toit vitré à la fermeture de la voiture, en passant par l’allumage des anti-brouillards, passent par cette gigantesque tablette. Attention de bien tout repérer avant de vous retrouver au volant et d’en avoir besoin ! Alors certes parfois la connexion 4G ou 3G intégrée à la voiture n’est pas assez bonne et la carte de navigation ne s’affiche pas, ou alors pixel par pixel. Mais à noter que l’interface utilisateur a quand même récemment été revue avec la dernière mise à jour 8.0, la plus importante jamais réalisée, avec 200 améliorations apportées, simplifications, notamment avec la commande vocale permettant d’accéder à certaines fonctions juste en appuyant sur une touche du volant. Dommage en revanche que la voix du GPS n’ait pas été mise à jour, elle paraît venir d’un autre temps !

Essai Tesla Model S 90D

Accélération jouissive… addictive même !

Une fois le tour du propriétaire fait à l’intérieur, l’heure est venue de tourner la clé. Enfin il suffit d’appuyer sur le frein et passer un D (Drive) sur le comodo (le même que celui des Mercedes automatiques) pour que l’auto s’allume… dans un silence monacal bien évidemment ! Et il faut bien avouer que déplacer une aussi grosse berline dans un silence complet reste très impressionnant. Quant à l’accélération, elle est carrément jouissive. Dans notre version 90D, la puissance est équivalente à celle d’une voiture thermique de 422 ch. Mais oublié le temps de réaction (de combustion en réalité), ici la puissance est disponible immédiatement. Et ça en devient jouissif ! Alors bien sûr, sur le papier, on parle d’un 0 à 100 km/h en 4,4 secondes. Mais dans la circulation, ça donne surtout une voiture qui s’insère mieux que n’importe quelle autre voiture, qui double en une poignée de secondes, débarque sur l’autoroute à la vitesse des autres voitures. Une accélération qui, dans la limite des limitations de vitesse évidemment, est sécurisante, et véritablement addictive. Mais attention, cela ne veut pas dire que la Tesla Model S donne envie d’être conduite vite. Le silence de l’électrique au contraire est très relaxant. Mais quand besoin est, elle accélère aussi vite qu’une Porsche 911 !

Essai Tesla Model S 90D

Et puis il y le fameux Autopilot. Celui est qui à tort est pris comme un système de conduite autonome, est en réalité semi-autonome, une aide à la conduite comme préfère le dire Tesla. La faute peut-être à une appellation ("Pilotage automatique en France"…) qui prête à confusion. Toujours est-il que le principe est simple.  Sur votre écran tableau de bord, deux icônes : l’une est un panneau de limitation de vitesse, l’autre un volant. Grisées, elles deviennent bleues quand la voiture estime possible leur mise en action. Il suffit alors de tirer une fois vers soi le comodo de gauche pour actionner le régulateur de vitesse adaptatif, bluffant, même en ville qui permet à la voiture de suivre les autos de devant, de freiner et de s’arrêter quand elles freinent et s’arrêtent, et redémarre tout seul. Et en tirant deux fois le comodo, c’est la direction qui devient automatique, plus besoin de tourner le volant, la voiture tourne seule. Attention tout de même, vous avez l ‘obligation de garder les mains dessus quand même, au cas où.

Le silence de l’électrique est très relaxant. Mais quand besoin est, la Tesla Model S accélère aussi vite qu’une Porsche 911 !

D’ailleurs le système vous rappelle régulièrement à l’ordre, pour sentir une résistance dans le volant. Et si sur plus de 300 km effectués en mode Autopilot, de jour comme de nuit, sous le soleil comme sous la pluie, le système s’est montré particulièrement performant et bluffant, il faut rester à tout moment vigilant, sur la vitesse comme la trajectoire. Il a même fallu reprendre la contrôle à 2-3 reprises, en doublant un camion ou en se rapprochant du terre plein central. Problème de radar ou limite humaine ? Une chose est sûre, c’est que le système fonctionne, on y prend même très vite goût, mais qu’il n’est peut-être pas encore totalement infaillible.

Dernier point sur l’autonomie : notre Tesla Model S 90D est donnée pour 557 kilomètres (NEDC). Mais évidemment plus la vitesse augmente, plus l’autonomie diminue. Ainsi, la voiture affichait encore 42 km au compteur quand nous nous sommes rendus à un Superchargeur pour refaire le plein d’électricité, après avoir roulé 313 km à la fois en ville et sur autoroute. Soit une autonomie de 350 km environ en tout.

Essai Tesla Model S 90D
Essai Tesla Model S 90D

Conclusion

Une fois qu’on a goûté à cette Tesla Model S, difficile de l’oublier. Pire encore : difficile de s’en passer, de repasser à un moteur thermique qui fait du bruit, une accélération avec inertie, des compteurs analogiques et une planche de bord… avec des boutons ! Sans oublier des stations de recharge gratuites, auxquelles on a le temps de faire connaissance avec d’autres propriétaires de Tesla qui rechargent eux aussi, tous ravis de leur voiture. L’un d’entre eux, propriétaire d’une P90D, nous a même confié beaucoup plus s’amuser à son volant que dans sa Porsche 911 (Type 991) Carrera GTS !

Alors évidemment il y a le prix qui rentre en ligne de compte. Et nul doute que c’est un frein pour la plupart d’entre nous. Dans le cas de notre Tesla Model S 90D, le prix de base était de 96 700 euros… bonus de 6 300 déjà enlevé. A cela on ajoute la peinture grise métallisée à 1 100€, le toit panoramique à 1 700€, les sièges en cuir noir à 2 800€ et bien sûr l’Autopilot à 3 300€… entre autres ! Soit un total de 121 090€. Pas donné d’autant que le gouvernement envisage de supprimer le bonus pour les voitures électriques premium. Et puis l’offre de Tesla évoluant très vite, depuis notre essai, le constructeur de Palo Alto propose désormais un Autopilot amélioré (voir l’article détaillé), à partir de 5 600€. Voire 8 900€ si vous souhaitez la panoplie pour le tout autonome, le jour où… Mais c’est le prix à payer pour rouler dans l’une des voitures les plus fascinantes et les plus, si ce n’est LA plus, technologique du moment !

 

Points positifs Points négatifs
Look très élégant Presque trop technologique

Accélérations fulgurantes

Autopilot pas infaillible

Silence de fonctionnement

Autonomie à géométrie variable

 

 

Tesla Model S

Moteur électrique Moteur synchrone à rotor bobiné en cuivre
Batterie Lithium-ion 90 kWh
Puissance 422 chevaux (310 kW) / 525 Nm
Temps de charge Prise domestique : 13 km/h / Superchargeur : 250 km en 20 minutes
Transmission Automatique à 1 rapport
Type de transmission 4 roues motrices
0-100 km/h 4,4 secondes
Vitesse de pointe 250 km/h
Poids 2,3 tonnes
Volume de coffre 894 litres
Places 5 (7 places en option à 4500€)
Distance en mode électrique 557 km NEDC
En vente 2016
Prix de base 103 000€
Prix de la version testée 121 090€

Faites partie de quelque chose de grand