Premium, sportive et japonaise, le cocktail idéal ?

Depuis quelques années, Nissan se lance à l'assaut des références allemandes via sa marque premium Infiniti. Certes, la mission est compliquée et demande un travail de longue haleine, tant ce marché semble parfois profondément figé. Pourtant, cela n'effraie guère ce constructeur qui joue la carte d'un certain exotisme pour se faire connaître. Avec la Q50, la marque nipponne s'attaque au segment très concurrentiel des berlines compactes chics, largement dominé à l'heure actuelle par un trio germanique : la Mercedes Classe C, l'Audi A4 et la BMW Série 3.

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Lancée en 2013, la Q50 a légèrement évolué en 2016, en gagnant notamment une direction revue mais aussi et surtout une nouvelle motorisation prometteuse : le V6 3,0 litres bi-turbo de 405 chevaux, qui prend place sous le capot de cette Q50 S Red Sport 400. Sur le papier, le programme est donc alléchant, surtout au regard des chiffres annoncés par le constructeur. Mais qu'en est-il en conditions d'utilisation réelles ? Cette propulsion est-elle vraiment en mesure de faire de l'ombre aux Audi S4, BMW 340i et Mercedes-AMG C 43 ?

Essai Infiniti Q50 S

Ne pas trop en montrer

Sur le plan esthétique, l'Infiniti Q50 S Red Sport a fait le choix de la discrétion. Pourtant, un examen plus poussé finit par nous révéler quelques petits artifices spécifiques à cette variante sportive. Les jantes 19 pouces abritant d'imposants étriers de freins, les deux canules d'échappement à l'aspect particulièrement travaillé ou encore le petit logo S apposé sur la malle arrière annoncent, de manière il est vrai fort discrète, les ambitions de la voiture.

Pour le reste, on retrouve la ligne plutôt agréable de la Q50, à la fois dynamique et assez originale. Les flancs travaillés, la forme atypique de la custode et le regard agressif procurent à la voiture une identité à part, bien que l'ensemble ne soit pas non plus d'une extravagance folle. Mais, aussi mesurée soit-elle, cette audace esthétique est à mettre au crédit d'Infiniti, qui tente sur ce point de prendre ses distances avec le conformisme en vogue sur le marché du premium. 

Essai Infiniti Q50 S
Essai Infiniti Q50 S
Essai Infiniti Q50 S

À bord, les passagers apprécient des matériaux de belle facture et une qualité d'assemblage qui ne souffre guère la critique. Le dessin de la planche de bord n'appelle pas de commentaire particulier : tout cela est classique et plutôt agréable, quoiqu'un peu daté aujourd'hui. Cette finition haute profite en outre d'une belle sellerie cuir ainsi que d'inserts en aluminium sur les contre-portes et la console centrale, le tout distillant un incontestable cachet. Les deux écrans tactiles superposés (avec écran supérieur dédié à la navigation) apportent une petite touche d'originalité, bien que l'intérêt d'une telle configuration ne soit pas évident. Et même si l'ergonomie n'est pas exempte de tout reproche, on finit par s'habituer aux différentes commandes. Là aussi, Infiniti a jugé bon de ne pas insister outre-mesure sur le caractère sportif de la voiture, même si quelques éléments annoncent discrètement la couleur comme le pédalier et les repose-pieds également en aluminium.

Enfin, le volume de coffre et l'habitabilité sont dans la moyenne haute de la catégorie. Seule ombre au tableau, les formes compliquées de la soute ne permettent pas d'utiliser de manière optimale les 500 litres annoncés. Mais ce petit défaut n'altère en rien le tour de force de la Q50 S 3.0 T, qui parvient à concilier performances de haut-niveaux et aspects pratiques

Essai Infiniti Q50 S
Essai Infiniti Q50 S

Raisonnablement sportive 

Abordons maintenant le point principal, celui de la conduite de la Q50 S Red Sport. Nous l'avons évoqué en préambule, cette variante embarque un V6 3,0 litres bi-turbo délivrant 405 chevaux et 475 Nm de couple. Toutefois, cette cavalerie confortable doit composer avec un poids conséquent, la voiture pesant tout de même 1790 kilos. Mais disons-le immédiatement, cet embonpoint ne se ressent pas particulièrement au volant et la berline japonaise offre des performances de premier ordre. Ce six cylindres affiche en effet une santé éclatante et la quasi absence de temps de réponse du turbo est très appréciable. La boîte 7 rapports à double embrayage seconde parfaitement la mécanique, et des palettes au volant permettent au conducteur de prendre le relais pour s'amuser un peu. Les 5 modes de conduite sont bien calibrés et modifient efficacement le comportement global de la voiture (fermeté de la direction, temps de passage des rapports, sonorité moteur) selon les besoins du moment. La tenue de route est saine, même si le train arrière a tendance a glissé lorsqu'on sollicite fortement la pédale d'accélérateur. Surprenant au début, cette mobilité est efficacement tempérée par un ESP veillant au grain. Enfin, grâce à des mouvements de caisse plutôt contenus, la Q50 S Red Sport s'en sort sans encombres sur routes sinueuses.

Essai Infiniti Q50 S
Essai Infiniti Q50 S

Mais même en mode Sport, elle reste une voiture fort bien élevée et peut-être même un peu trop timorée. Car d'une manière générale, au-delà d'une efficacité globale vraiment redoutable, la voiture lisse beaucoup les sensations de conduite, sans doute un peu trop. Il est vrai que les performances diaboliques distillées par le moteur procurent déjà leur lot de sensations, avec notamment un 0 à 100 km/h avalé en 5,1 secondes, mais tout cela se fait dans une certaine froideur que certains pourraient regretter. La sonorité du moteur est assez quelconque et il faut vraiment monter dans les tours pour entendre le V6 entonner un chant réellement attrayant. Et le train arrière parfois mobile ne change finalement rien à l'affaire : cette Q50 S 3.0 T est une berline diablement efficace mais pas forcément très démonstrative.

En revanche, la direction à commande électrique Direct Adaptive Steering, jadis critiquée en raison d'un ressenti trop artificiel, est aujourd'hui agréable à l'usage, bien qu'un très léger flou persiste au point milieu. De plus, le freinage est à la hauteur des velléités sportives de la voitures, grâce notamment à des disques de freins largement dimensionnés (355 mm à l'avant et 350 mm à l'arrière). Globalement, il est donc possible d'exploiter le beau potentiel de cette mécanique en toute quiétude.

Essai Infiniti Q50 S
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Homogène et confortable

La clientèle de berline premium exige aussi (et avant tout) un confort de haut niveau. Et sur ce point là, la Q50 S 3,0 litres Red Sport n'a rien à envier à ses rivales. L'habitacle est parfaitement insonorisé et les irrégularités de la chaussée sont correctement absorbées par la voiture, et ce malgré d'imposantes jantes de 19 pouces. Les sièges accueillants et la boîte de vitesses très douce en conduite coulée viennent compléter ce tableau indéniablement positif. Cerise sur le gâteau, le système audio Bose doté de 16 haut-parleurs distille un son de qualité dans tout l'habitacle.

D'une manière générale, la Q50 S 3.0 T est donc une voiture très homogène, aussi bien capable d'évoluer sur autoroutes qu'en milieu urbain (même si la ville n'est pas le terrain de prédilection naturel d'une voiture de plus de 400 chevaux). Présent à tous les régimes, le moteur s'accommode parfaitement d'une utilisation quotidienne et sait même se montrer particulièrement docile à bas régime. Le silence de fonctionnement est d'ailleurs surprenant en ville, où la voiture évolue avec une aisance certaine (compte tenu de son pedigree). En bref, cette Infiniti pourra vous emmener loin sans vous faire souffrir. Elle est à ce titre une berline accomplie capable d'avaler les kilomètres sans broncher. Et il faut reconnaître que la réserve de puissance est fort appréciable même si - nous l'avons évoqué plus haut - le grand frisson n'est pas toujours au rendez-vous. 

Conclusion

Avec des tarifs débutant à 56'050 euros, l'Infiniti Q50 S Red Sport est plus abordable que ses concurrentes allemandes, sans que cela se fasse au détriment de la dotation qui comprend à peu près tout le nécessaire (sièges sport chauffants et électriques, ouverture sans clef, caméra de recul, phares LED automatiques etc). À titre de comparaison, une Mercedes-AMG C 43 réclame un effort financier d'au moins 66'700 euros, soit un surcoût de plus de 10'000 euros. En conséquence, la rapport prix/équipements de la Q50 plaide incontestablement en sa faveur. Et dans la mesure où performances et confort ne souffrent pas la critique, au contraire, il est clair que cette berline japonaise en donne pour son argent.

Hélas, il ne s'agit pas forcément d'un argument audible pour la clientèle des véhicules premium, particulièrement sensible à l'image du véhicule (quitte à dépenser quelques milliers d'euros supplémentaires). Dans ces conditions, la bonne éducation de la voiture pourrait presque être perçue comme contre-productive. Car même pétrie de qualités, la Q50 S Red Sport risque de continuer à connaître un relatif anonymat, y compris dans cette déclinaison sportive. Finalement, le coup aurait été presque parfait avec un soupçon de fantaisie supplémentaire. 

Photos : Yann Lethuillier - Guillaume Nédélec / Motor1.com

 

 

Points positifs Points négatifs
Performances Planche de bord un peu datée
Confort Coffre tarabiscoté
Homogénéité Trop raisonnable ?

Infiniti Q50 S Red Sport 400

Motorisation Essence, 6 cylindres en ligne, 2997 cm3, bi-turbo, 24 soupapes
Puissance 405 chevaux / 475 Nm
Transmission Boîte automatique 7 rapports
Type de transmission Propulsion
0-100 km/h 5,1 secondes
Vitesse de pointe 250 km/h
Poids 1790 kilos
Volume de coffre 500 litres
Places 5
Economie de carburant Urbaine : 13,3 l/100 / Extra-urbaine : 6,7 l/100 / Mixte : 9,1 l/100
En vente 2016
Prix de base 56'050 €
Prix de la version testée 63'890 €

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