Essai Infiniti Q50 S - La conjugaison de deux philosophies antinomiques

Marque premium de l'alliance Renault-Nissan, Infiniti est aujourd'hui à un tournant de son histoire. Après huit années de présence sur le vieux continent, l’ambitieuse marque japonaise connait enfin le succès qu'elle mérite, encouragée par des chiffre de ventes records et une hausse de 177% des volumes écoulées sur le premier semestre 2016 par rapport à la même période de l'année passée. En d'autres mots, 9535 voitures vendues en Europe depuis le début de l'année, dont 6438 Q30, la nouvelle compacte de la marque sur qui repose l'avenir de la marque nipponne en Europe, et qui, pour l'instant, ne déçoit pas.

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Mais dans la gamme, avant l'Infiniti Q30, il y avait et il y a toujours la Q50 : une berline haut de gamme au design statutaire chargée de concurrencer les allemandes dans un segment ultra concurrentiel. Apparue en 2014, elle marque un tournant chez Infiniti en adoptant un style résolument plus sportif et plus européen que sa consoeur Q70 encore marquée par le conventionnalisme d'outre-Atlantique. Boucliers travaillés, jupes latérales proéminentes, regard agressif, pincements de carrosserie à foison sont autant d'éléments caractérisant la nouvelle philosophie de la marque.

Un habitacle soigné mais...

Berline premium oblige, l’intérieur a particulièrement été soigné avec l'utilisation de matériaux de bonne qualité mais pas forcément sous toutes les coutures. En effet, les parties supérieures ont le droit à un traitement qualitatif avec l'utilisation de cuir qui recouvre l'ensemble de la planche de bord ou encore cet insert en aluminium qui vient cercler la console centrale et ses commandes. Les parties inférieures subissent un traitement moins soigné avec des plastiques durs de qualité discutable. En revanche, l'assemblage est de très bonne facture, l'ergonomie est plutôt bien pensée avec ces deux écrans (dont un tactile) afin de contrôler les différentes fonctionnalités de la voiture et garder un œil sur les consommations.

Justement, ayant opté pour la version hybride pour notre test, la consommation est bien au cœur du sujet. Et cela, Infiniti ne l'oublie pas, avec tout un ensemble de sous-menus permettant de jeter un œil sur ses consommations instantanées ou sur la dernière tranche de kilomètres. D'une manière ludique, nous pouvons même nous amuser à augmenter notre score "écologique" via la fonction Eco Drive Report qui permet d'établir une corrélation entre les phases d'accélération, de décélération ou de temps d'utilisation du régulateur de vitesse. Une autre fonction permet également de voir en temps réel le flux d'énergie entre le moteur thermique et le moteur électrique, situé sur l'essieu arrière, afin de savoir lequel est sollicité quand ce n'est pas les deux la plupart du temps.

Infiniti Q50 S

Vers la bonne direction?

Avec un logo S apposé sur la malle, nous allons bien entendu être regardants sur le comportement dynamique de la voiture, ce qui n'est pas forcément gagné vu les 1901 kilos affichés sur la balance. Avant de se mouvoir sur nos petites routes d'Alsace, restons à l'intérieur et observons deux éléments : les palettes d'une part, fixes : elles sont réalisées en magnésium et directement reprises de la très radicale Nissan GT-R. De bonne augure?

Certes, mais l'Infiniti Q50 S adopte une nouvelle singularité mécanique qui ne transpire pas forcément le dynamisme. En effet, elle inaugure la technologie "Steer by Wire", une direction qui ne relie pas mécaniquement les organes mécaniques... Ainsi, la colonne de direction, le volant et la crémaillère sont indexés entre eux par un système électronique. Si panne il y a, un système mécanique est prévu en back-up pour reprendre le dessus.

Et sur la route, qu'est ce qu'elle donne cette direction? Plutôt mitigée, à vrai dire. La remontée d'informations est inexistante, toutes les aspérités de la route sont gommées. En bref, parfaite pour une conduite souple axée sur le confort. Oui, mais comme énoncé précédemment, la voiture possède un léger penchant sportif, et une fois le mode sport enclenché, même si la direction prend de la consistance, ce n'est pas suffisant et le manque d'informations pénalise le comportement dynamique.

Infiniti Q50 S

L'alliance de deux philosophies antinomiques?

Sportivité et confort. Deux adjectifs qui ne vont pas forcément de pair. Mais finalement, c'est ce qui pourrait caractériser au mieux notre Q50 S d'un week-end. Sportivité semble peut-être un peu exagéré; dynamique serait l'adjectif le plus adéquat.

Équipée d'un bloc V6 3.5 litres de 306 chevaux complété par un moteur électrique situé sur l'essieu arrière de 68 chevaux, l'Infiniti Q50 S développe 364 chevaux au régime de 6'800 tr/min et 564 Nm : de quoi abattre le 0 à 100 km/h en seulement 5,4 secondes dans un confort acoustique déconcertant. Le moteur V6 profère une sonorité très feutrée et se fond parfaitement à la philosophie de la voiture. En effet, n'attendez aucun crépitement au niveau de l'échappement, tout est clairement axé sur le confort. L'ensemble est associé à une boite automatique à sept rapports très bien étagée au passage de rapports aussi imperceptibles que l'alternance thermique – électrique.

L'alternance entre électrique et thermique est plutôt bien réglée, même si la pression sur la pédale de droite demande un certain temps d'adaptation afin de s'adonner aux joies du tout électrique distribué uniquement sur les roues arrière. En accélérant légèrement, nous pouvons assez aisément parvenir jusqu'à 70 km/h en tout électrique. Ensuite, le moteur thermique reprendra le dessus, et à ce moment, vous bénéficierez des quatre roues motrices. Les accélérations sont franches et chaque dépassement sur autoroute n'est qu'une formalité : la Q50 S est une voiture faite pour dévorer de l'asphalte.

Sur routes sinueuses, les impressions sont plus mitigées. Son poids avoisinant les deux tonnes ne l'aide pas vraiment et les limites sont assez rapidement atteintes. En effet, même si le moteur est volontaire et répondra instantanément à votre demande, le comportement adoptée par notre voiture n'est pas des plus rassurant. Le train avant s’affaisse rapidement, la faute à un amortissement à double piston DPS (Double-Piston Shock absorbers) trop souple qui a même parfois tendance à donner du roulis à la voiture. Autre point faible, les freins au dosage très délicat. Il est impératif d'adopter un freinage très progressif à usage dynamique afin de ne pas perdre rapidement le contrôle de la voiture et s'offrir par la même occasion quelques frayeurs.

Infiniti Q50 S

En conclusion

Ce serait faire la fine-bouche que d'incriminer cette voiture pour son dynamisme somme toute relatif. En tant que vraie routière, elle apportera une dose de plaisir supplémentaire par rapport à sa cousine équipée du moteur 2.2 litres diesel d'origine Mercedes. Au niveau des consommations, on oscille autour de 8,5 l/100 km à usage mixte. Une donnée plutôt intéressante pour une voiture motorisée d'un V6 de plus de 300 chevaux et étayée d'une charge supplémentaire due à l'apport du moteur électrique.

Il y a des voitures où le feeling passe plus facilement que d'autres. Pour l'Infiniti Q50 S, c'est encore différent, c'est une autre manière d'appréhender la conduite. Tantôt elle vous ravira par son confort de conduite et sa réactivité, tantôt elle vous horripilera par son manque de dynamisme et son comportement parfois pompeux sur routes sinueuses. Certes, elle ne doit pas se cantonner à ce type d'utilisation, mais globalement, un amortissement piloté aurait justement apporté ce petit plus qui lui manque aujourd'hui.

Points positifs Points négatifs
Design Poids conséquent
Motorisation V6 volontaire Absence de suspensions pilotées
Finitions soignées Direction atone
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