Essai Mercedes Classe E All-Terrain - L'aventurière (trop) chic

La gamme des SUV étant déjà bien chargée chez Mercedes, le constructeur allemand a décidé de se lancer sur une nouvelle niche : celle des breaks premium surélevés. Ou des breaks baroudeurs. Ou des breaks tout-chemin. Bref, un créneau déjà investi depuis longtemps par Volvo avec sa V70 Cross Country (1997) puis Audi avec l’A6 Allroad débarquée en 2000. Mais rendons à César ce qui lui appartient, la paternité de cette catégorie crossover, au sens propre du terme (entre deux segments) est attribuée au Subaru Outback, débarqué en 1995.

Et si depuis, d’autres s’y sont mis, Peugeot avec le 508 RXH, Skoda avec l’Octavia Scout ou encore Volkswagen avec la Passat Alltrack, avec sa nouvelle Classe E All-Terrain, c’est bien ses concurrents allemands et suédois que vise Mercedes. Toujours en appliquant la même formule : un break élégant, quelques protections en guise de bottes, une garde au sol surélevée, et surtout quatre roues motrices. Il paraît que c’est chic pour aller à la campagne le week-end. Mais ces attributs sont-ils suffisants pour faire de ce break premium le parfait gentleman farmer ? La firme à l’Etoile n’arrive-t-elle pas trop tard sur le terrain ?

Essai Mercedes Classe E All-Terrain

Esprit de liberté

Avez-vous déjà vu quelqu’un en costume et en bottes ? Sûrement jamais. Et pourtant, ça ne choque plus personne sur les automobiles. Il faut dire que ce côté un peu "bad ass", rebelle, sur une voiture essentiellement bourgeoise ajoute souvent un supplément de personnalité. Et de charme. C’est le cas sur cette Mercedes Classe E All-Terrain qui fait oublier les lignes somme toute très classiques du break classique. Et il suffit de pas grand-chose : sabots de protection à l’avant et à l’arrière, calandre spéciale, barres de toit (finition aluminium quand même !), bas de caisse et passages de roues protégés par des pièces en plastique brut et une garde au sol relevée de 29 mm... Et c’est tout !

S’en dégage une certaine musculature que n’a pas la Classe E break "classique", et un esprit de liberté qui donne envie de se dégager des villes. C’est bien là toute l’ambiguïté du break Classe E All-Terrain, c’est que partir dans les chemins avec des jantes de 20 pouces, une option dont notre modèle d’essai est équipé, il faut vouloir prendre le risque.

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Pas si rebelle que ça...

Et c’est pareil quand on découvre l’habitacle. Franchement, on n’a pas envie une seule seconde de laisser de la boue sur les moquettes, ni prendre le risque de salir le cuir, pas même de laisser grimper dans le coffre votre épagneul après une journée à gambader dans  les champs… Ça reste une Mercedes. On n’est pas dans un Land Rover Defender. Donc les moquettes sont épaisses, les sièges en cuir enveloppants, les matériaux flatteurs, l’éclairage intérieur offre 64 couleurs… Ce qui ne sert à rien, mais est toujours aussi beau à regarder de nuit. D’ailleurs, de manière générale, tout est très beau dans cette Mercedes Classe E All Terrain !

Essai Mercedes Classe E All-Terrain
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Au milieu de cette débauche de luxe, de ces gigantesques écrans de 12,3 pouces collés l’un à l’autre sous une même vitre, et avec une excellente résolution, de ces (23 !) haut-parleurs métalliques signés Burmester (1450 watts !), il y a toujours quelque chose qui cloche : l’ergonomie. Les réglages des sièges sont toujours positionnés sur la portière et non pas, naturellement, sur les sièges, l’écran central n’est toujours pas tactile (surtout pas de traces de doigts !) et se contrôle difficilement de la molette , elle même encastrée sous un pavé tactile. C’est comme tout, faut s’y faire, mais même la navigation n’est pas intuitive.

Zoom sur le coffre qui est aussi l’une des raisons de vivre de cette Mercedes Classe E All Terrain. Même s’il s’agit de ne surtout pas le salir, il est immense : de 640 à 1820 litres ! Et pour bien le compartimenter, Mercedes a pensé à mettre à filet de protection entre l’habitacle et le coffre.

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Confort avant tout

Reste maintenant à savoir si tout cet attirail d’aventurière ne joue pas trop sur le comportement routier de cette Mercedes. Notre modèle d’essai était équipé du moteur 4 cylindres 220d, lequel délivre 194 chevaux et 400 Nm de couple. C’est pour l’heure le seul bloc proposé sur la Classe E All Terrain. Mais heureusement, il envoute dès les premiers tours de roues par sa douceur de fonctionnement. Tout d’abord de par le silence qui règne à bord. Ensuite par la suspension pneumatique AirMatic qui filtre toutes les irrégularités de la route. Mieux encore que sur le break classique. Enfin grâce à cette boîte de vitesses automatiques à 9 rapports qui enchaînent les rapports avec onctuosité. Mais il y a un mais : tout ça est vrai à allure modérée, en conduite coulée. Mais dès qu’il faut mettre un peu plus de rythme, les 1920 kilos se font sentir. Déjà parce qu’ils pénalisent les 194 bourrins à la relance, ensuite parce que la suspension, même en mode Sport, reste presque trop confortable, au détriment du dynamisme. Quand même pas de quoi entacher l’impression générale de confort Pullman qui se dégage de se break surélevé.

Essai Mercedes Classe E All-Terrain
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Et puisqu’il en est question, il faudrait peut être aussi sortir des routes goudronnées pour voir de quoi est capable cette Classe E All-Terrain. Sur chemins bosselés. Par non plus à travers bois. C’est là qu’il est possible d’enclencher le mode All-Terrain, qui relève la suspension pneumatique pour porter la garde au sol à 15,6 cm. Et ce jusqu’à 31 km/h. Largement de quoi crapahuter, d’autant que la transmission intégrale 4Matic s’en mêle. Mais elle ne s’aventurera sûrement pas plus loin que le relais de chasse qui se trouve au bout de l’allée.

Bon point enfin pour la consommation de cette Mercedes Classe All Terrain 220d qui se montre très raisonnable, autour des 7 litres aux 100 kilomètres.

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Conclusion

Vous l’aurez compris, cette Mercedes Classe E All Terrain est plus luxueuse qu’elle n’est réellement pratique, et mieux élevée que son look rebelle veut bien le laisser croire. Pour autant, elle ne rechigne ni à prendre la route, où elle se montre d’un confort royal, ni à prendre les chemins de traverse, pourvu qu’ils soient balisés. Une certaine idée de la polyvalence dont les clients de ce genre d’engins ne sont évidemment pas dupes.

Et il suffit de regarder la fiche tarifaire pour comprendre que les sorties dans la boue seront limitées. 63’200 €, c’est le tarif de base de cette version baroudeur. C’est près de 10’000 € d’écart  avec la Classe E break 220d de base. Et 6000 € d’écart avec cette dernière en finition Fascination sur laquelle se base la All-Terrain. Notre modèle d’essai monte même lui à 85’800 € avec un catalogue d’options bien fourni : toit ouvrant électrique à 2200 €, pack d’assistance à la conduite à 2400 €, Pack Exclusif Designo avec cuir noir et garnitures grises à 3900 €, jantes de 20 pouces à 800 €, teinte extérieure rouge à 1600 €… Ça grimpe très vite !

Par rapport à la concurrence, la Mercedes Classe E All Terrain se montre également légèrement plus onéreuse. A motorisation et équipement équivalents (et même plus riche !), la Volvo V90 Cross Country D4 est proposée à partir de 60’750 €.

Photos : Mael Pilven - Yann Lethuillier / Motor1.com

Points positifs Points négatifs
Look de baroudeur chic Véhicule lourd
Habitacle et confort très soignés Qualités offroad limitées
Moteur doux et sobre Prix supérieur à la concurrence

 

 
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