Motor1 poursuit son dossier sur les politiques actuelles des agglomérations françaises en matière d’automobile. Pour ce troisième article, nous avons choisi de nous rapprocher des véhicules tout en commençant à nous intéresser à l’une des villes modèles en matière de mobilité, à savoir Grenoble (38). C’est donc tout naturellement que nous avons cherché à comprendre l’objectif poursuivi et les résultats obtenus par Toyota à travers la mise à disposition d’une flotte de soixante-dix i-ROAD et COMS.

Avec cinq autres partenaires que sont Grenoble-Alpes Métropole, la Ville de Grenoble, EDF, Sodetrel (qui commercialise des services pour les collectivités territoriales, les syndicats d’énergie et les entreprises ayant des projets d’infrastructures de charge) et Cité Lib, l’opérateur d’auto-partage à Grenoble, le géant japonais participe au service Cité Lib by Ha:mo dont l’objectif consiste à "proposer une mobilité urbaine innovante et écologique qui permette de compléter l’offre de transports en commun, de remplacer une partie des déplacements en voiture dans les centres urbains et de soutenir le développement des modes de déplacement doux".

L’expérimentation, dont les résultats ont été assez systématiquement décriés dans la presse à l’automne 2015, se déroule sur trois années. Il y a un an de cela, il s’agissait de parvenir au déploiement du service. La deuxième année aura quant à elle été consacrée premièrement à augmenter le nombre d’adhérents et d’usages ainsi que, deuxièmement, à analyser le besoin de la clientèle et sa satisfaction. La dernière année, qui débute donc, doit quant à elle permettre la validation du modèle d’affaire. Avec Cité Lib by Ha:mo, les six partenaires du projet offrent un parc de véhicules très compacts d’auto-partage entièrement électriques qui complète l’offre multimodale des transports de Grenoble.

 

Dossier politique automobile #3

La stratégie de Toyota

Pour le constructeur japonais, le "mouvement de limitation de l’accès des automobiles aux centres-villes est en marche et est inévitable". C’est ce que nous a expliqué Rody El Chammas, chef de projet au bureau de Paris de Toyota Motor Europe, qui a bien voulu répondre à nos questions. Ce dernier rappelle les deux axes qui selon Toyota déterminent la mobilité au sens large : premièrement l’autonomie souhaitée par le client et deuxièmement le gabarit.

Lire aussi : L’automobile dans les villes françaises aujourd’hui" – 1. Faut-il opter pour des péages urbains ou des permis d’émission ?

Au centre de la stratégie mise en place par Toyota en matière de mobilité figurent bien entendu les véhicules hybrides. Pour les longues distances, Toyota s’oriente en revanche vers la solution hydrogène. Toutefois, comme le rappelle le chef de projet, "les véhicules électriques sont très intéressants pour les distances courtes et pour les petits gabarits". Ajouter le paramètre auto-partage ne fait dès lors que renforcer l’attrait d’un véhicule électrique pour un usage urbain. Rody El Chammas insiste sur le caractère multimodal du service puisque "71 % des utilisateurs de Cité Lib by Ha:mo ont pour habitude de jongler entre différents modes de transports (transports en commun, vélo et/ou voiture) au moins une fois par semaine".

Grenoble, une ville à la taille idéale

Si les efforts en matière de mobilité menés depuis quelques dizaines d’années par la ville de Grenoble sont connus, le chef de projet explique que c’est pour sa taille, qualifiée d’idéale, que celle-ci a été retenue par Toyota : "il nous fallait trouver une ville intermédiaire disposant de suffisamment de kilomètres carrés pour tester ce service". Mais Rody El Chammas avoue que l’une des tâches à accomplir durant la dernière année de test consiste "à déterminer, si elle existe, la taille appropriée d’une ville pour un tel dispositif d’auto-partage de véhicules électriques ultra compacts". Le représentant de la marque japonaise convient que "le fait d’habiter à proximité de l’une des vingt-sept stations de recharge incite à l’utilisation soit des i-ROAD soit des COMS" (l’i-ROAD est un tricycle bi-place équipé d’un système de prise d'angle dénommé "Active Lean" alors que le COMS est une quatre-roues monoplace dotée d’un coffre – ndlr).

Indéniablement, c’est le véhicule le plus innovant, l’i-ROAD, qui a la côte auprès des utilisateurs, Toyota ayant annoncé qu’il représente 60 % des trajets. On apprend par ailleurs que 75 % des trajets sont effectués en trace directe (d’une borne à une autre, trajet qui s’oppose à celui effectué "en boucle", avec un départ et un retour à la même borne). Toyota est aussi fier d’afficher un taux de satisfaction de 92 % de la part des utilisateurs et d’indiquer que plusieurs améliorations ont déjà été apportées soit aux véhicules soit au service. Mentionnons notamment des suspensions revues pour l’i-ROAD, une augmentation de la durée entre le moment de la réservation et le départ (porté de 30 à 60 minutes) ou encore une simplification des tarifs. Le délégué aux déplacements et à la logistique urbaine et conseiller municipal de Grenoble, Jacques Wiart, que nous avons interrogé par ailleurs, avait pointé plusieurs voies d’amélioration, dont une implantation en périphérie ou un meilleur ciblage des utilisateurs.

Dossier politique automobile #3
Dossier politique automobile #3

L’année à venir sera déterminante

La dernière année d’expérimentation sera particulièrement importante. "Aucune décision quant à la poursuite de Cité Lib by Ha:mo n’a encore été prise", assure Rody El Chammas. Toyota et ses partenaires sont en train de préparer un programme d’évaluation et de travailler sur un modèle d’affaire. "Il s’agit de comprendre l’attractivité d’un modèle par rapport à un autre et, pourquoi pas, d’envisager carrément un autre modèle", précise le chef de projet. On le voit, tout est encore ouvert.

Et plusieurs villes s’intéressent à cette expérimentation : "nous avons rencontré pas mal de monde mais il est encore trop pour tirer la moindre conclusion", assure Rody El Chammas. D’autant que ce dernier convient de changer des habitudes bien ancrées : "Notre modèle exige une complémentarité entre transports en commun et mobilité personnelle. Il faut du temps pour créer à la fois une demande et de nouveaux usages". Et de tempérer tout enthousiasme prématuré : "Nous ne sommes pas prêts pour dupliquer le système même si cela demeure l’objectif, à terme".

Lire aussi : "L’automobile dans les villes françaises aujourd’hui" – 2. "Raisonner en termes d’espace"

Des i-ROAD des COMS également présentes au Japon

Toyota pourtant semble croire en ces véhicules électriques ultra compacts en auto-partage et mène d’autres expérimentations au Japon. Le constructeur a mis en place des COMS depuis 2013 à Toyota City, des COMS et des i-ROAD à Tokyo dans des espaces "oubliés" de parkings ainsi que des COMS dans les régions touristiques de Okinawa.

Dossier politique des villes #3