Levée des sanctions internationales aidant, les groupes automobiles français ont concrètement annoncé leurs intentions de développer leurs affaires en Iran. Revenons en détail sur les projets respectifs de PSA et de Renault.

Afin de comprendre la nécessité pour des groupes tels que PSA et Renault de s’implanter durablement sur le marché iranien, il s’agit d’abord de fixer quelques repères. Le marché iranien constitue le premier marché automobile de la région Moyen-Orient et Afrique. Il a atteint en 2011 un pic à 1,6 million de véhicules et pourrait atteindre 1,8 million d’unités par an à l’horizon 2025. En 2014, l’Iran se situait au 18ème rang mondial en volume de production de véhicules, juste derrière la Turquie et la République Tchèque. Sa capacité de production est élevée, autour de 2,4 millions d’unités par an. 70 % de la population, qui compte environ 80 millions d’habitants, réside en zone urbaine et 15 millions de personnes vivent dans l’agglomération de la capitale Téhéran. Le taux d’équipement est de 201 véhicules pour 1 000 habitants lorsque la moyenne mondiale s’établi à 161 véhicules.

 

Dossier voitures françaises en Iran

Une présence française historique

La "ruée" des groupes français sur l’Iran ne date pas d’hier. Les relations entre la France et l’Iran ont été historiquement fortes et les constructeurs automobiles en ont logiquement profité. Dès 1966, Citroën, à l’époque encore indépendant de Peugeot, participait à la création de la Société Anonyme Iranienne de Production Automobile Citroën. Entre 1968 et… 1997 (sic) 120 000 Dyane seront produites. En 1975, cette entreprise était rebaptisée SAIPA (Société Anonyme Iranienne de Production Automobile). L’essentiel était déjà fait pour que PSA (Citroën et Peugeot) puisse continuer, après la révolution iranienne de 1979, ses collaborations avec les entreprises publiques SAIPA et Iran Khodro, recyclant au compte-goutte des modèles occidentaux (Peugeot 405 puis 206 avec Iran Khodro, Citroën Xantia puis C5 par exemple) à travers l’envoi de CKD (ensemble de pièces détachées nécessaires à l’assemblage d’un véhicule).

La façon de faire de Renault n’allait logiquement guère différer. La Renault 5, sous le nom Saipa 5, allait faire carrière entre 1975 et 1994. Ces dernières années, Renault a notamment introduit la Logan de première génération sous le nom Tondar, en partenariat avec Iran Khodro. Il faut retenir que les deux principaux constructeurs iraniens, Iran Khodro et Saipa, sont des entreprises publiques.

PSA à la manœuvre

Le 8 août 2016 a été enregistrée en Iran la joint-venture IKAP entre Iran Khodro et Peugeot. Au cours des cinq prochaines années, cette dernière, dont le capital sera réparti à 50/50, pourra investir jusqu’à 400 millions d’euros en capacités industrielles et en recherche et développement. L’investissement doit contribuer à la production et à la commercialisation des modèles Peugeot 208, 2008 et 301, équipés de motorisations de dernière génération. C’est un changement assez fondamental : des modèles actuels vont pouvoir sortir des lignes de production de l’usine de Téhéran au cours du second semestre 2017, la capacité de production pouvant rapidement atteindre 200 000 véhicules/an.

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Chez Citroën, l’accord passera à nouveau par Seipa pour un retour effectif sur le marché iranien. Un investissement supérieur à 300 millions d'euros se concrétisera pour la production locale, à partir de 2018, de trois modèles dont l’identité n’est pas connue à ce jour et la commercialisation, début 2017, de Citroën importées. L’accord passe là aussi par la mise en place d’une joint-venture alors que véhicules seront produits sur le site de Kashan dont le groupe PSA deviendra propriétaire à hauteur de 50 %. Même "la petite dernière", DS, sera de la partie. Le groupe Arian basé à Téhéran distribuera et assurera le service après-vente de DS dans les mois à venir en respectant les standards de la marque. Les deux premiers modèles retenus sont les DS 5 et DS 6.

Renault se distingue

C’est pourtant le groupe Renault qui semble le mieux placé. Une joint-venture va été créée avec IDRO, fond d’investissement et de rénovation de l’industrie en Iran, dont Renault sera actionnaire majoritaire. La joint-venture intègrera d’une part un centre d’ingénierie et d’achat qui favorisera le développement des fournisseurs locaux et, d’autre part, une usine d’une capacité de production de 150 000 véhicules par an. Celle-ci s’ajoutera aux capacités existantes du groupe (200 000 véhicules) dans le pays. Les premiers véhicules produits dans cette usine seront les Symbol (Logan actuelle) et Duster, ce à partir de 2018.

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Mais, pour la première fois en Iran, Renault disposera en outre de son propre réseau de distribution avec des showrooms et un service après-vente aux standards de la marque. C’est là tout l’avantage pour le groupe au losange, comme le souligne Rié Yamané, attaché de presse corporate du groupe : "nous allons avoir la possibilité de produire au nom de Renault et devenir ainsi un constructeur local ; c’est une différence fondamentale", sous-entendu par rapport aux concurrents occidentaux, dont les marques du groupe PSA. Renault a clairement affiché ses ambitions, visant une part de marché de 20 % en 2020 (elle était de 7,2 % à fin septembre 2016). L’attaché de presse remarque que cet accord est "la preuve d’une grande confiance de la part de l’Etat iranien".

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