Interview de Marc Prieto, professeur-HDR, titulaire de la Chaire Distribution & Services Automobiles, responsable du Master "E-Marketing, Mobilités, Automobile" de l’Essca.

Autopartage, covoiturage, location de véhicules entre particuliers… les usages liés à l’automobile évoluent. Ces phénomènes sont-ils toutefois aussi importants que la place que les titres des journaux leur accordent ? Marc Prieto, professeur à l’ESSCA (École de Supérieure des Sciences Commerciales d’Angers) et spécialiste des questions relatives à la consommation automobile nous aide à y voir plus clair.

Motor1 : Quelles sont selon vous les récentes grandes évolutions en matière de consommation automobile ?

Marc Prieto : La tendance du moment concerne les nouvelles pratiques d’utilisation de la voiture qui prennent une dimension plus importante grâce aux outils du numérique. On peut évidemment citer le covoiturage, l’autopartage ou la location de véhicules entre particuliers. Elles changent le rapport de l’usage à l’automobile. Ce n’est d’ailleurs pas un mouvement propre à l’automobile ; elles appartiennent en fait à ce que l’on désigne sous la terminologie d’économie collaborative. Pour autant, le modèle du propriétaire de voiture reste dominant. Plus récemment, c’est une perte de vitesse du Diesel que l’on constate. Celle-ci peut être reliée aux préoccupations environnementales qui impactent les décisions d’achat. La question principale est de savoir dans quelle mesure la sensibilité environnementale influence réellement le comportement au moment de l’achat et si l’on est éventuellement prêt à payer davantage pour acquérir un véhicule moins polluant.

Le marché du véhicule électrique a été particulièrement en verve l’an passé. Participe-t-il de ces nouvelles pratiques ?

Certes ; il a été favorisé par l’offre des grands constructeurs, en particulier de Renault et Nissan, mais aussi par les décisions des pouvoirs publics. On a pu observer un effet de mode, un engouement assez fort entre 2010 et 2012 notamment du fait de l’implication de Renault en matière de véhicules électriques. Depuis, les consommateurs, en tout cas dans le cas français, ont tout de même réalisé que le véhicule électrique ne peut pas tout résoudre et qu’il faut produire l’énergie qui le meut.

Le modèle dominant de la propriété peut-il à terme devenir minoritaire ?

Je ne m’aventurerai pas dans de la prospective. Le premier paramètre à prendre en compte est le coût d’usage. Dans les années récentes, les changements de comportement ont été intimement liés à l’évolution des coûts du carburant. Dès que l’on sort des grandes villes, l’autopartage n’est pas forcément adapté. Des enquêtes montrent que les consommateurs des grandes villes sont intéressés par l’autopartage mais seulement un quart d’entre eux sont prêts à partager leur propre véhicule dans un avenir proche ; je reste donc assez prudent. La plus importante problématique en matière de besoin de déplacement concerne la disponibilité d’un véhicule partagé, notamment lors des pics de demande. Il faut garder à l’esprit que l’automobile reste encore très associée à la liberté.

Constate-t-on des évolutions sur le marché de l’occasion ?

On assiste effectivement à un renforcement des marchés de l’occasion. Quand on évoque le marché automobile, on a tendance à se concentrer sur les véhicules neufs or la grande dynamique du marché automobile provient de celui de l’occasion. Les transactions y sont très actives. La première explication est bien entendu d’ordre économique. On peut aussi l’expliquer par la fiabilité et l’entretien accrus des véhicules. Enfin, le kilométrage moyen parcouru étant orienté à la baisse depuis une quinzaine d’années, la durée de vie des automobiles augmente. De nouveaux opérateurs en ligne apparaissent et ce marché est devenu très important pour la plupart des professionnels.

"La grande dynamique du marché automobile provient du marché de l’occasion."

Que traduit selon vous le développement du low cost ?

De plus en plus de ménages ont une disposition à payer une voiture plus faible parce qu’ils doivent faire face à de nouvelles dépenses liées à l’internet, aux smartphones, plus généralement aux produits issus des technologies de l’information et de la communication. Tout un pan de la population considère qu’une voiture familiale affichée à 25 000 € représente un prix trop élevé et qu’il est finalement plus acceptable de payer entre 10 000 € et 15 000 €. Cette logique peut aussi être reliée à la volonté de partager la voiture ; le statut social associé à l’automobile est en train de s’effriter. Le phénomène est particulièrement marqué parmi les jeunes générations.

Faites partie de quelque chose de grand