L'un des plus grands restaurateurs Français nous ouvre ses portes !

Lecoq : voici un grand nom de la restauration française. Aujourd’hui, la Carrosserie Lecoq, fondée en 1963 par André Lecoq et qui appartient depuis 2006 au groupe Albax, a beaucoup changé. Son site parisien se trouve à Bezons (95) dans des locaux modernes s’étendant sur 3 500 m2 qui accueillent 35 employés. Depuis l’an passé, il a été rejoint par un second, installé sur la Côte d’Azur, à Mandelieu (06), celui-ci étant spécialisé dans la réparation de véhicules de haut de gamme contemporains.

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Il n’y a pas que la restauration dans la vie ! 

Eh oui ! la Carrosserie Lecoq, c’est certes aujourd’hui encore la restauration d’anciennes de toutes époques mais aussi la réparation de contemporaines de luxe et de sport, l’entretien, le remisage, le prototypage – en réponse à des demandes très particulières de constructeurs automobiles – ou encore la personnalisation. Dans ce dernier cas, la terminologie mise en avant par Lecoq est le "bespoke", à l’instar de départements idoines de grands constructeurs.

Carrosserie Lecoq

Thomas Alunni, directeur adjoint de Lecoq Paris mais également en charge du développement, du commerce et de la communication du carrossier, nous a précisément expliqué ce que revêt cette activité : "le changement de couleur, la transformation de sellerie, la sonorisation, y compris d’anciennes, les aménagements en tout genre".

Lors de cette visite pour laquelle Thomas Alunni a justement été notre guide, nous avons d’ailleurs pu apercevoir une Autobianchi en cours de transformation en… jardinière (la plus connue des jardinières automobiles étant la Fiat 500 éponyme). Le directeur adjoint, qui nous rappelle que le site de Mandelieu, dénommé Lecoq Riviera, "a été ouvert il y a un an seulement", nous précise en outre "qu’il convient encore de communiquer autour de ce deuxième site". L’activité d’entretien, qui représente un pourcentage marginal du chiffre d’affaire (CA) – la carrosserie moderne, les réparations structurelles et techniques ainsi que la restauration constituant de  70 à 75 % du CA – permet à la Carrosserie Lecoq "d’assurer un service de qualité et de proximité pour répondre à une demande de la clientèle de la maison".

Que la visite commence !

Arriver chez Lecoq suscite d’emblée un choc. Le parking extérieur est rempli de modernes et de contemporaines. Le jour de notre visite, les Ferrari se comptaient sur plus d’une main. Mais pénétrer dans l’antre en procure un second ! Le hall d’accueil y fait office de showroom. Anciennes et modernes en attente de réception par leurs heureux propriétaires y proposent un merveilleux mélange des genres qui ravit forcément. Les locaux, encore récents, ont permis de bien distinguer les unes des autres les aires de travail. Trois grandes zones sont dessinées : entretien et réparation de modernes en rentrant à gauche ; le saint des saints qui, au milieu, est réservé à la restauration ; la peinture, la finition et la préparation sur la droite.

Carrosserie Lecoq
Carrosserie Lecoq

Nous entamons notre visite par l’entretien – et il est déjà impossible de ne pas avoir la tête qui tourne entre Corvette, Tesla Roadster, etc. – et nous dirigeons rapidement vers l’atelier "aluminium", la grande spécialité de la Carrosserie Lecoq. De nombreuses voitures de sport et de luxe utilisant ce matériau, Lecoq a choisi d’investir dans ce domaine. Ici sont réparés aussi bien des véhicules de clients directs que d’autres confiés par des concessionnaires. C’est dire la qualité du travail réalisé. Les marbres doivent être agréés par les différentes marques. Thomas Alunni évoque un tarif de "l’ordre de 100 000 euros à 150 000 euros pour chaque marbre". À cela s’ajoutent différents éléments, comme les platines, correspondant à chaque modèle, ce qui représente un coût supérieur à une dizaine de milliers d’euros.

Thomas Alunni évoque un tarif de "l’ordre de 100 000 euros à 150 000 euros pour chaque marbre".

Chez Lecoq Riviera, qui emploie un total de 30 personnes, "quatre postes, un peu plus réduits en superficie, s’ajoutent aux deux de Bezons", précise Thomas Alunni. Au fil de la conversation, ce dernier nous révèle que la clientèle est finalement très variée. Certains propriétaires sont simplement pressés de récupérer leurs automobiles, d’autres sont clairement passionnés ; il y a des collectionneurs ou des propriétaires d’un seul modèle. En tout état de cause, il s’agit "de s’adapter, de créer de l’intimité avec le client". Nous arrivons alors dans l’atelier "moteur". Deux personnes y œuvrent. Selon le directeur adjoint, les avantages d’avoir intégré cet atelier sont liés à une "simplification du processus, à une meilleure maîtrise des délais et des coûts". Moteurs mais aussi boîtes ou embrayages s’offrent à nous. Il y a là notamment un "Colombo" (soit un V12 Ferrari), un 8-cylindres en ligne de Renault Nervastella Sport, un 6-cylindres en ligne Jaguar… On apprend du responsable de cet atelier qu’un montage suivi d’un remontage de V12 Colombo nécessite environ 150 heures de travail.

Carrosserie Lecoq

On l’aura compris, la Carrosserie Lecoq peut presque réceptionner une épave et la remettre en parfait état. En effet, "à l’exception de l’usinage de pièces, du sablage voire de la cataphorèse et du chromage", les autres opérations peuvent être accomplies par les spécialistes qui sont ici partout à l’œuvre. Mais il est déjà temps de visiter la partie consacrée à la sellerie. Le jour de notre visite la réfection complète de sièges de Volkswagen Combi, assortie d’une personnalisation, s’opère sous nos yeux. On ne peut qu’être impressionné par la "belle ouvrage". Nous poursuivons avec la partie centrale du lieu. Vous l’aurez déduit : nous avons maintenant affaire à la restauration. Comme le reste du site, l’atmosphère y est lumineuse. Thomas Alunni nous prévient que cette partie peut aussi être celle des mauvaises surprises. Un véhicule en apparence sain et ne devant a priori nécessiter qu’une restauration légère peut y révéler des séquelles anciennes. La ligne de la Carrosserie Lecoq est quoi qu’il en soit limpide : "garder la valeur intrinsèque du bien car moins on remplace mieux on se porte", insiste Thomas Alunni. Ce jour-là, une Citroën DS Cabriolet d’usine, plusieurs Dino, une Ferrari 330 GTC et bien d’autres merveilles sont "dans tous leurs états".

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Certains véhicules sont en train d’être "coursifiés" puisque la Carrosserie prépare des véhicules historiques de compétition et peut même pratiquer l’assistance. Dans cette partie de la Carrosserie Lecoq comme dans les autres d’ailleurs, l’attention et le soin portés aux formes, aux matières, la passion des hommes et des femmes au service de véhicules d’exception frappe. À peine le temps de quitter ce secteur plein d’images en tête que l’on tombe sur une Rolls Royce Camargue dont la peinture va être changée. Nous sommes alors dans l’aire dite de préparation. Cette dernière permet d’effectuer toutes sortes de petites opérations ou du marouflage. Plus loin ce sont deux cabines de peinture qui nous attendent. Entre les deux prend place un laboratoire dans lequel toute alchimie est presque rendue possible par le maître du lieu. Une admirable coque nue d’ASA 1000 les jouxte. L’ambiance est décidément surréaliste. Enfin, la présence de deux tunnels de finition dans lesquels peut être accompli le poli lustrage dont la Carrosserie Lecoq s’est également fait une spécialité nous indique que nous allons rejoindre notre point de départ.

Carrosserie Lecoq

Une richesse primordiale

Bien entendu, la Carrosserie Lecoq ne serait rien sans le savoir-faire de son personnel. Celui-ci est véritablement essentiel. Entre apprentissage et transmission, jeunes et professionnels aguerris, la composition du cocktail est sans doute secrète ! Encore que… Thomas Alunni observe que "les rares écoles qui forment aux métiers à l’œuvre chez Lecoq sont à des années-lumière de ce qui se fait ici" et révèle qu’une "politique de formation des apprentis avec, pour certains, des embauches à la clé" est mise en place. Il précise aussi les critères d’embauche d’un jeune : "avoir un bon bulletin, un baccalauréat obtenu avec une mention 'bien' voire 'très bien', ne pas se cantonner aux seules compétences techniques, présenter un esprit d’équipe, être passionné, être acharné, exigeant au quotidien, être conscient de l’existence de processus contraignants, faire preuve de malice, d’ingéniosité, de polyvalence à l’intérieur même d’une spécialité".

L’adaptation aux nouvelles technologies oblige d’ailleurs à des formations permanentes, "soit online soit chez les constructeurs en fonction de leurs cahiers des charges, ce qui représente des investissements très lourds, qui viennent donc s’ajouter à ceux nécessaires aux équipements".

Carrosserie Lecoq
Carrosserie Lecoq

C’est déjà demain…

Si de l’aveu même de Thomas Alunni l’activité de la Carrosserie Lecoq est "orientée à la hausse", il ne semble pas question de se reposer sur ses lauriers du côté de Bezons ! Plusieurs nouveaux agréments auprès de constructeurs pour la réparation "aluminium" sont ainsi en projet. Le moment venu, ils s’ajouteront ainsi à ceux déjà obtenus auprès de Ferrari, Jaguar, Land Rover ou encore Tesla. Une clientèle plus étrangère pourrait-elle être visée, notamment en matière de restauration ? Pas dans l’immédiat, l’objectif étant plutôt de consolider les activités actuelles.

La Carrosserie Lecoq commercialise depuis peu une ligne de produits d’entretien et va lui adjoindre plusieurs produits dérivés (des polos, une casquette, etc.) et autres "goodies". L’obtention récente du label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) est d’ailleurs un motif de satisfaction qui va renforcer la réputation de l’entreprise. Pourtant, un projet ambitieux pointe à l’horizon : "nous envisageons la création d’une école des métiers de la restauration et de la réparation de véhicules haut de gamme d’ici cinq ans, ceci afin de faire de Lecoq une école de référence". Savoir-faire, formation et transmission, toujours !

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Reportage carrosserie Lecoq