Découvrez dix anecdotes marquantes des 24 Heures du Mans avec Motor1.com.

Ford a remporté la 36e édition des 24 Heures du Mans disputées exceptionnellement en septembre. Mais le héros de la course demeurait Henri Pescarolo, avec une course effrénée sous la pluie et… sans essuie-glace au volant de sa Matra.

Une fois n'est pas coutume, les 24 Heures du Mans se disputaient fin septembre (28 et 29) au lieu de la traditionnelle mi-juin. Un changement de date imposé par les "événements" ayant paralysé la France en mai de cette même année 1968, mais qui permet au double tour d'horloge sarthois de constituer la finale du Championnat du monde des voitures de sport, et l'aboutissement du duel entre le clan Porsche et l'équipe Ford.

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Ford GT40 Le Mans 1968 3

Autre changement notable : la Chicane Ford fait son apparition avant la ligne droite des stands, pour casser la vitesse des voitures. La vitesse, c'est justement la préoccupation de la Commission Sportive Internationale après une édition 1967 qui avait battu tous les records au summum du duel Ford/Ferrari. Décision était ainsi prise de limiter à 3 litres la cylindrée des prototypes et à 5 litres celle des voitures de sport, à la condition également que ces derniers modèles fassent l'objet d'une production minimum de 50 exemplaires.

Ferrari hors-jeu

Exit ainsi les moteurs 7 litres des Ford GT40 vainqueurs l'année précédente mais aussi les Chaparral 2F et leur bloc Chevrolet de 7 litres de cylindrée également. Pire encore, les prototypes Ferrari 330 P4 et leur V12 de 4 litres étaient également écartés de la nouvelle réglementation, ce qui entraînait la colère d'Enzo Ferrari, qui désertait l'endurance, même si un point du règlement aurait pu lui permettre d'intégrer les moteurs de ses F1 sur ses protos.

Les Porsche 908 et leur moteur 3 litres (quatre exemplaires au départ) arrivaient ainsi au Mans avec l'étiquette de favoris, confortées par leurs succès à Daytona, Sebring, la Targa Florio, au Nürburgring et en Autriche. Mais Ford est encore bien présent avec des GT40 désormais mues par un moteur V8 de cylindrée désormais portée à 4,9 litres. Les belles Américaines, dont trois exemplaires sont engagés dans la Sarthe, se sont de leur côté imposées à Brands Hatch, Monza, Spa et Watkins Glen.

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Porsche 908 Le Mans 1968

Une météo automnale

Le plateau était complété par quatre nouvelles Alpine Renault A220, six Alfa Roméo T33 et une valeureuse Matra 630, qui effectuait là sa première sortie de l'année avec les Français Henri Pescarolo et Johnny Servoz-Gavin, troquant pour l'occasion son moteur 1,9 litres BRM aligné en 1967 contre un V12 3 litres maison. Voilà pour les têtes d'affiche. 54 voitures composaient le plateau de cette 36e édition des 24 Heures du Mans.

À date automnale, météo automnale, et c'est sous un ciel bien plombé et une piste détrempée que les concurrents s'élançaient au signal de Giovanni Agnelli, le président de Fiat. Porsche prenait rapidement les devants avec les quatre 908 se positionnant aux premiers rangs devant Mauro Bianchi sur l'une des Alpine A220. Juste derrière, la Ford GT de Willy Mairesse tapait durement dans les Hunaudières dès le premier tour, le pilote belge étant sérieusement blessé dans l'accident.

Ayant choisi de partir en pneus slicks sur une piste humide, Porsche tirait les bénéfices de sa stratégie à mesure que la piste sèchait, et les 908 creusaient rapidement l'écart en tête alors que Ford, qui avait fait le choix inverse, perdait encore du temps à troquer des pneus pluie pour des pneus slicks sur ses GT40.

La machine Porsche s'enraye

Mais la machine allemande n'allait pas tarder à s'enrayer après trois heures menés à un train d'enfer. Jo Siffert abandonnait sur la #31 vers 18h, en proie à une casse de transmission. Sur la #33, Rolf Stommelen perdait un temps précieux dans les stands pour faire réparer un embrayage récalcitrant. Buzetta et Patrick se portaient alors en tête sur la #34 mais étaient eux aussi contrariés par des ennuis d'alternateur alors que la nuit tombait  (déjà) sur Le Mans, mois de septembre oblige.

Après un début de course compliqué, c'est bien Ford qui émergeait en tête avec les GT 40 de Lucien Bianchi et la voiture sœur de Paul Hawkins aux deux premiers rangs. Mais ce dernier renonçait à son tour peu après minuit, alors qu'une forte pluie faisait son apparition.

Porsche 908 Le Mans 1968 3

Alors que l'équipage Bianchi-Rodriguez taillait la route en tête, l'attention du public se tournait vers la Matra, désormais deuxième. Mais, alors que la pluie redoublait, Johnny Servoz-Gavin stoppait à son stand en proie à un problème d'essuie-glace évidemment mal venu.  Mais son équipier Henri Pescarolo refusait de s'avouer vaincu par les éléments, sautait dans le baquet de la 630 et alignait les relais à un train d'enfer, et à l'aveuglette, en cette fin de nuit, et c'est une foule enthousiaste qui saluait l'exploit de "Pesca" et de la Matra, qui ne pouvait cependant empêcher l'Alfa #39 de lui ravir la deuxième place au petit matin.

"Seul un candidat au suicide aurait pu y trouver son plaisir ; je n'étais pas du bois dont on fait les cercueils"

- Johnny Servoz-Gavin, équipier d'Henri Pescarolo sur la Matra.

 

Matra Pescarolo Le Mans 1968

"C'était de la folie douce de rouler dans de telles conditions, seul un candidat au suicide aurait pu y trouver son plaisir ; je n'étais pas du bois dont on fait les cercueils", expliquait Johnny Servoz-Gavin dans son livre de mémoires Mes excès de vitesse. "Je stoppai près des stands et annonçai à tout le monde que si Henri voulait continuer, c'était son affaire mais que l'on ne compte plus sur moi. J'étais conscient de mes propres limites et je ne voulais pas m'amuser à les dépasser pour les honneurs publicitaires d'une marque de voiture."

"(…) Henri accepta de continuer. Cela me fit mal de le voir repartir mais il était imperturbable et dix mille fois plus calme que moi. Je ne pus que l'admirer et lui tirer un grand coup de chapeau pour les deux relais qu'il accomplit."

Un abandon crève-coeur pour Matra

Après son tour de force, et alors que la pluie devenait moins forte, Pescarolo cédait le volant à Servoz-Gavin. Mais, de retour dans la voiture, il connaissait une première alerte avec une crevaison aux alentours de midi. Après un bref passage aux stands, la Matra devait définitivement renoncer après avoir cette fois éclaté un pneu dans la ligne droite des Hunaudières.

Imperturbables, Pedro Rodriguez et Lucien Bianchi s'imposaient au volant de leur Ford GT40 avec pas moins de cinq tours d'avance sur la Porsche 907L de l'inattendu duo suisse Rico Steinemann et Dieter Spoerry, alors que Porsche se consolait (?) avec la troisième place du podium pour Jochen Neespach et Rolf Stommelen, qui concluait l'épreuve devant trois Alfa Roméo T33/2 et la Ferrari 250LM privée de Piper et Attwood.

Ford GT40 Le Mans 1968 2

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