Deux des Bugatti Royale d'origine et une reconstruction trônent à Mulhouse.

Il en existe six. Ou plutôt six plus une reconstruction. Au milieu des années 1920, Bugatti, sous l'impulsion d'Ettore et Jean, son fils, dominent la compétition, et se font un vrai nom dans le luxe automobile, dans le prestige. Des ambitions de grandeur pour la firme alsacienne se font sentir, avec le lancement de la Type 41.

"Rien n'est trop beau, rien n'est trop cher", avec son 41e projet, Ettore Bugatti voulait approcher les grands de ce monde, les rois, reines, et dirigeants. Le surnom de Royale, pour cette incroyable limousine, n'est donc pas usurpé. Au Musée national de l'Automobile, à Mulhouse, deux Royale sont présentes, plus une reconstruction. Voici un petit historique de cette voiture extraordinaire.

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Grandeur...

Tout est fait pour accumuler les superlatifs dans la Royale. La voiture mesure six mètres de long sans carrosserie, 1,92 de large, l'empattement est de 4,3 mètres. Bref, il s'agit d'une automobile immense. Sous le capot, pour entraîner les 2,5 tonnes de la voiture, on retrouve un moteur d'origine aéronautique. L'excellent 8 cylindres provient d'un projet de Bugatti pour l'armée et développe environ 300 chevaux, le tout dans un silence remarquable. Selon la presse, la voiture possède une excellente tenue de route, et une souplesse mécanique remarquable. Un éléphant trône sur la calandre, il s'agit d'une sculpture réalisée par Rembrandt Bugatti, le frère sculpteur d'Ettore.

Bugatti Type 41 Royale Type #1 - Coach Weymann
Bugatti Type 41 Royale Type #1 - Coupé Napoléon
Bugatti Type 41 Royale Type #2 - Carrosserie Binder
Bugatti Type 41 Royale Type #6 - Berline de voyage
Bugatti Type 41 Royale Type #5 - Coach Kellner

...et décadence

Toute cette technologie doit convaincre les monarques du monde moderne. Le premier prototype, carrossé par Packard, est amené par Ettore Bugatti au Grand Prix de San Sebastian 1927, en Espagne, Alphonse XIII lui promet d'en acheter une, d'où le surnom Royale. Jamais il ne pourra tenir sa promesse, le monarque devant s'exiler avant la livraison de la voiture. Bugatti aura d'ailleurs beaucoup de mal à écouler cette Royale, qui coûtait au bas mot, trois fois plus cher que ses concurrentes.

Bugatti Type 41 Royale Type #1 - Torpedo Packard

Accidenté

Le premier châssis, celui vu à San Sebastian, a reçu plusieurs carrosseries. D'abord présenté en carrosserie Packard, la voiture reçu une disgracieuse carrosserie deux portes, dessinée par Bugatti, s'inspirant des carrosses du siècle précédent. Elle fut ensuite remplacée par un coach quatre porte, puis une carrosserie Weymann.

Bugatti Type 41 Royale Type #3 -1 - Torpedo Packard
Bugatti Type 41 Royale Type #1 - Carrosserie Packard

Cette dernière fut détruite après un accident, lorsque Bugatti s'endormit au volant. La carrosserie fut changée par la suite, avec un coupé de ville surnommé "Coupé Napoléon". Cette voiture appartient depuis 1963 à la Collection Schlumpf et est aujourd'hui le joyaux de la collection, avec son intérieur magnifique et son toit en verre.

Bugatti Type 41 Royale Type #1 - Coach 2 portes
Bugatti Type 41 Royale Type #1 - Coach 4 portes
Bugatti Type 41 Royale Type #1 - Coach Weymann
Bugatti Type 41 Royale Type #1 - Coach Weymann
Bugatti Type 41 Royale Type #1 - Coupé Napoléon

Sans feux

La "Esders" est le deuxième châssis fabriqué par Bugatti. Jean Bugatti dessine cette voiture pour Armand Esders, confectionneur, qui ne voulait pas conduire la nuit. Cette voiture se passe donc à l'origine de feux, et se présente dans une couleur verte du plus bel effet. L'auto sera rachetée peu avant la guerre, et recarrossée en coupé de ville par Binder. La voiture a longtemps été exposée aux États-Unis, avant d'être rachetée par Bugatti, et retrouver son Alsace natale.

Bugatti Type 41 Royale Type #2 - Roadster Esders
Bugatti Type 41 Royale Type #2 - Roadster Esders
Bugatti Type 41 Royale Type #7 (Reconstruction) - Roadster Esders
Bugatti Type 41 Royale Type #2 - Roadster Esders

Notons que la carrosserie Esders fera des émules. Les frères Schlumpf reconstruiront dans les années 1960, une septième Royale, reprenant les plans de la voiture sans feux, et via des pièces de l'usine de Molsheim, reproduiront ce dessin magnifique, aujourd'hui exposé à Mulhouse.

Bugatti Type 41 Royale Type #2 - Carrosserie Binder
Bugatti Type 41 Royale Type #2 - Coupé Binder
Bugatti Type 41 Royale Type #2 - Carrosserie Binder

Chez Ford

Produite pour le docteur Fuchs en 1932, cette Royale reçoit une carrosserie Weinberger élégante, qui est encore celle de la voiture aujourd'hui. Ce magnifique cabriolet deux portes fut retrouvé dans une casse à New York, son moteur fendu, en 1943. Restaurée par l'ingénieur en chef de General Motors, Charles Chayne, il l'offrit au musée Ford de Dearborn en 1959, où elle se trouve encore.

Bugatti Type 41 Royale Type #3 - Cabriolet Weinberger
Bugatti Type 41 Royale Type #3 - Cabriolet Weinberger

À l'anglaise

Plus austère, cette limousine carrossée par Park Ward, à Londres pour le Capitaine Foster, un membre de la famille Foster-Clark, magnat de l'alimentaire britannique. Lorsque la carrosserie fut prête, la consigne fut donnée que seul Jean Bugatti devait effectuer le démarrage. Un cérémonial suivi par toute l'usine Park Ward, qui passa, raconte-t-on, par un feu de bois allumé sous le moteur pour fluidifier l'huile. Par la suite, la voiture fut vendue à un collectionneur américain, avant de retourner en Alsace, dans la collection Schlumpf où elle trône aujourd'hui.

Bugatti Type 41 Royale Type #4 - Limousine Park Ward

Invendue

Carrossée par Kellner, cette cinquième Bugatti fut rachetée à Ebe Bugatti, la fille d'Ettore, contre 3000 francs et des réfrigérateurs par Briggs Cunningham. Il la gardera dans son musée jusqu'en 1986, date où ce dernier sera fermé. Elle a ensuite été vendue à plusieurs reprises, et depuis 2001, fait partie d'une collection privée, après une ventes aux enchères Bonhams.

Bugatti Type 41 Royale Type #5 - Coach Kellner
Bugatti Type 41 Royale Type #5 - Coach Kellner
Bugatti Type 41 Royale Type #5 - Coach Kellner

L'éléphant blanc

Elle aussi restée au sein de la famille Bugatti, la voiture sera cachée aux Allemands pendant la deuxième guerre. Carrossée en diligence ou berline de voyage, l'éléphant blanc comme on l'a surnommée, du fait de son faciès compliqué, cette sixième Bugatti connaîtra un destin similaire à la n°5.

Bugatti Type 41 Royale Type #6 - Berline de voyage
Bugatti Type 41 Royale Type #6 - Berline de voyage

Comme pour la Kellner, Briggs Cunningham en prendra possession au début des années 1950. Il la revendra au musée Harrah par la suite. Stockée au musée, la voiture sera revendue à la faillite de ce dernier. Elle sera rachetée par Jerry J. Moore aux enchères, avant que le fondateur de Domino's Pizza la reprenne pour 8 millions de dollars. Rachetée une nouvelle fois, elle est désormais exposée en Californie, au musée Blackhawk, désormais en jaune et noir.

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1927 - Bugatti Royale