Tout cela pour réduire les efforts à consentir à l'avenir.

Sommes-nous face à un nouveau scandale lié aux rejets polluants ? Pour le moment pas encore, tout du moins pas au niveau du Dieselgate qui, pour rappel, avait révélé que certains constructeurs utilisaient des logiciels permettant de réduire artificiellement les émissions de NOx (oxyde d'azote) de ses voitures en phase d'homologation. Toujours dans un contexte environnemental assez sensible, la Commission européenne soupçonne maintenant les constructeurs, non pas de minimiser les valeurs d'émissions de CO2, mais de les gonfler. Incompréhensible selon vous ? Surtout au moment où plus une voiture est polluante, plus celle-ci est taxée ?

En y regardant de plus près, cette pratique pourrait avoir un effet bénéfique pour les constructeurs sur le long terme. En effet, alors que les discussions sur les objectifs européens pour 2025 et 2030 sont toujours en cours, maximiser − dans la limite du raisonnable − les valeurs d'émissions de CO2 permettraient alors de revoir à la baisse les objectifs de la Commission européenne. Pour rappel, dans la proposition de la Commission, les objectifs pour 2025 et 2030 sont définis en pourcentage de réduction. De ce fait, si les données de départ sont gonflées, cela réduira le niveau d'ambition de la proposition.

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Au mois de novembre 2017, la Commission avait demandé aux constructeurs de s'engager à diminuer de 15% supplémentaire leurs émissions entre 2020 et 2025, et de 30% avant 2030. Pour le moment rien n'est encore acté et on ignore si les constructeurs pourront concéder à ces efforts ou s'ils repousseront encore un peu plus ces deux échéances. Le passage aux nouvelles normes WLTP (plus proches des conditions réelles de conduite que l'ancien cycle NEDC) coûte d'ores et déjà assez cher aux constructeurs. Certains préfèrent même directement retirer quelques modèles vieillissants de leur gamme plutôt que de passer les tests d'homologation.

De simples soupçons seulement ? Ceux-ci se basent toutefois sur des faits. En effet, suite au passage au cycle d'homologation WLTP, des données recueillies par la DG Climat de la Commission, ainsi que par le JRC (Joint Resarch Center), son centre scientifique, mettent en lumière quelques incohérences. Le Financial Times et l'ONG Transport & Environnement ont eu accès à un document interne au sein duquel le Centre commun de recherche de la Commission européenne indique avoir identifié 114 dossiers dont les émissions moyennes déclarées par les constructeurs étaient plus élevées de 4,5% par rapport aux émissions mesurées.

Une étude plus approfondie menée sur deux voitures a montré que les conditions du test en normes WLTP ont été modifiées afin de maximiser la consommation de carburant (et donc directement les émissions de CO2) d'environ 5%. Sans préciser de quels véhicules il s'agit, les commissaires listent ces quelques éléments : surrégime, batterie à plat, Start & Stop désactivé... Pour le moment, rien n'est prévu pour sanctionner les déclarations trop élevées. Cette pratique ne serait pas généralisée à tous les constructeurs. De plus une enquête est en cours pour vérifier si les chiffres relevés sont corrects.