Le très bon premier semestre de la Sécurité Routière serait dû au débat sur la loi...

Le délégué interministériel à la Sécurité Routière, Emmanuel Barbe, était invité dans Bourdin Direct ce matin, sur RMC, afin de s'exprimer au sujet des premiers retours sur la loi 80 km/h, qui faisaient état d'un doublement des excès de vitesse relevés. Il a bien confirmé que le chiffre a doublé en juillet et que l'explosion des infractions se situe précisément sur le réseau concerné par l'entrée en vigueur de la mesure.

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"Ce serait difficile de le nier d'autant que le doublement intervient sur les zones qui sont à 80, il est vraisemblable qu'un certain nombre d'automobilistes n'ont pas encore bien acquis cette vitesse", lance-t-il. "L'activité de conduire, c'est très routinier, ils ne font pas attention non plus aux panneaux qui annoncent tous les radars, et c'est pour cela qu'il y a eu ce doublement qui est plus fort chez les étrangers."

La justification par les panneaux n'est pas la plus logique puisque le réseau n'est pas encore adapté à la norme. En effet, des cas litigieux ont déjà eu lieu et le gouvernement avait assuré, lors de la publication du décret au Journal Officiel, que la loi entrait en vigueur et serait appliquée même avec l'absence de panneaux. Emmanuel Barbe assure toutefois que la loi n'a pas été strictement appliquée et qu'une grande tolérance a été appliquée dans un but pédagogique le mois dernier.

"Il y a eu une tolérance durant tout le mois de juillet, par les forces de l'ordre qui ont fait beaucoup d'interpellations qui se sont conclues avec des alternatives aux poursuites, donc on ne paie pas d'amende, on ne perd pas de point, et on passe une dizaine de minutes avec un volontaire de la sécurité routière. En revanche avec les radars c'est une chaîne automatique, il faut être à 86 km/h, c'est déjà sensiblement supérieur parce que sinon la chance d'être flashé est pratiquement nulle. Et donc comme nous pensons que cette mesure est utile, qu'il faut faire baisser la vitesse de tous, il n'y aura pas de tolérance."

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La pédagogie est terminée, place donc à la tombée des sanctions, ce qui devrait amener une nouvelle augmentation des infractions relevées et contraventions. Et pourtant, il révèle déjà le nombre d'excès de vitesse supplémentaires relevés, 243'000, et estime que les automobilistes attrapés une première fois feront plus attention par la suite. En attendant, si les 243'000 amendes sont payées de manière minorée, ce sont tout de même 10'935'000 euros qui auront été payés sur le mois de juillet.

"Le débat de conviction on a essayé de le conduire, mais il faut bien voir une chose, c'est que les routes sur lesquelles les élus voudraient rester à 90 sont en moyenne 3,5 fois plus mortelles que les routes normales. Cette mesure, le gouvernement croit à son efficacité et veut l'appliquer. Les personnes, environ 243'000, qui ont été flashées en plus, feront plus attention la fois d'après et ne seront plus flashées. Il y a un effet d'habitude et il ne faut pas être dans une attitude ambiguë qui consiste à dire qu'il faut baisser les vitesses parce que c'est efficace, mais à ne pas les respecter. Je le répète, les gendarmes ont fait beaucoup de pédagogie."

Le dépassement des camions, un faux débat selon lui

Selon le délégué, les nombreuses plaintes d'automobilistes et de routiers quant à l'obligation que les voitures ont de suivre les camions n'est pas un débat viable et assure même que ça a réduit les regroupements de voitures derrière les camions : "C'est un débat qui est très hypocrite, puisque lorsqu'on roulait à 90, il fallait un kilomètre pour doubler un camion qui roulait à 80, donc à part dans les zones de dépassement, c'était impossible sans faire d'excès de vitesse. Donc dire qu'on ne peut plus dépasser les camions, c'est extrêmement relatif vu qu'on peut continuer à rouler à 90 km/h sur les créneaux de dépassement."

"Ce qu'a montré l'expérimentation sur pratiquement deux ans, sur 86 kilomètres, c'est pratiquement l'inverse, c’est-à-dire qu'on a diminué ce qu'on appelle l'effet de peloton, c'est-à-dire un camion qui bloque beaucoup de voitures. Ce que j'essaie de dire, c'est qu'il y a pour l'instant des appréciations subjectives qui sont conditionnées par l'idée qu'on se fait de cette mesure. On fait les mesures, on va les publier régulièrement et se rendre compte qu'en réalité, baisser la vitesse a tendance à lisser les vitesses et augmenter l'écart entre les véhicules. Il y a donc une appréciation très subjective que je comprends, il faudrait être sourd pour ne pas comprendre que la mesure n'est pas populaire. Il faut laisser le temps au temps, on va se rendre compte que l'on ne perd pas beaucoup de temps et que l'on économise du carburant."

La justification de cette loi va devoir être réussie, alors qu'on enregistre depuis le début d'année des chiffres très positifs de la Sécurité Routière. Les six premiers mois de l'année ont été positifs, avec une centaine de vies épargnées, et avec la diminution attendue par le gouvernement suite à cette loi, ce sont entre 150 et 200 vies supplémentaires qui devraient être épargnées au deuxième semestre. Et s'il pourrait sembler impossible de lier la baisse de la mortalité au premier semestre avec une loi pas encore en vigueur, Emmanuel Barbe assure que le débat a aidé…

"Tout le débat très intense a eu des effets assurément positifs sur la sécurité routière, en juin on a fini avec 100 morts de moins par rapport à l'année précédente, 100 morts c'est considérable. Tout simplement parce qu'on a remis ce sujet en haut de l'actualité, on a rappelé inlassablement les 3400 morts par an, 10 morts par jour, et les 24'000 blessés grave, donc je pense que ça a amené une conscience. On a le sentiment, mais il faut se méfier des sentiments, que les gens roulent moins vite sur les routes bidirectionnelles qui ont fait l'objet de cette baisse, donc il faudra une confirmation dans les chiffres, parce que c'est vite sanctionné, ça marche ou ça ne marche pas."