C'est ce que dit le comité créé par 40 millions d'automobilistes !

L'un des principaux événements de l'année aura été l'arrivée de la limitation de vitesse à 80 km/h sur le réseau secondaire, et précisément les nationales à double sens dépourvues de séparateur central. Après quasiment six mois à appliquer ces nouvelles limites sur l'intégralité du réseau national et une nette augmentation des flashs, il est temps de tirer un premier bilan, et c'est ce qu'a fait le comité indépendant d'évaluation de la loi, créé au mois de septembre par l'association 40 millions de consommateurs.

Chaque loi est obligatoirement étudiée depuis 2009 pour qu'on puisse en connaître son impact environnemental, économique, financier et social, et c'est le cas de cette loi, qui le sera par le CEREMA, l'organisme chargé de ces études, avec l'Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière (ONISR).

Le rapport sera donné début 2019 par ces deux organismes, mais le comité indépendant d'évaluation de la loi s'est déjà heurté à une première difficulté, l'accession aux chiffres officiels. Le président de ce comité, Jean-Luc Michaud, "regrette de ne pas avoir encore pu accéder aux bases de données de l'accidentalité routière malgré la demande officielle adressée voici deux mois au ministre de l'Intérieur Christophe Castaner".

Néanmoins, le comité a toutefois pu établir un premier rapport entre coûts et avantages du projet de loi, qui met en lumière les résultats de la sécurité routière avec le coût financier, mais aussi en temps, de cette loi. Et Michaud de regretter un bilan qui ne semble pas très positif : "À la lumière des données que nous avons analysées, les résultats sont pour l'instant très contrastés".

Moins de vies épargnées que prévu

En effet, le comité aurait estimé à 100 le nombre de vies sauvées. Car si le gouvernement réfléchit en termes de pourcentage du nombre d'automobilistes tués, la réflexion faite autour de ce premier bilan se porte sur les décès sur le réseau secondaire, ce qui représente environ 30% de la totalité des accidents mortels chaque année. Ce ne serait donc pas 300 ou 400 vies qui auraient été sauvées, comme l'espérait le gouvernement, mais une centaine.

En contrepartie, le coût des 80 km/h s'élèverait à 3,8 milliards d'euros par an, en estimant que la vitesse moyenne du réseau routier secondaire passera de 82 km/h, qui était déjà sa moyenne avant, à 78 km/h. Cela coûterait donc, en temps de travail, 300 millions d'heures. On arrive donc à 4,4 milliards d'euros de coût financier estimé, auxquels on soustrait 600 millions d'euros de gain estimé grâce à la baisse de la mortalité et du nombre de blessés, ce qui ferait donc un coût financier estimé à 3,8 milliards d'euros. Une analyse qui, le rappelle le comité, n'est que provisoire et sera ajustée avec les rapports officiels.

De son côté, la Sécurité Routière a tenu à démentir ce chiffre et à atténuer le bilan estimé du comité. Selon elle, la mesure a coûté 10 millions d'euros en panneaux et en communication… et c'est tout ! Or, ce coût n'est que celui de la mise en place de la législation, là où le comité préfère se pencher sur les répercussions économiques de celle-ci. Avec une telle dissonance entre les deux parties, il n'est pas certain que nous ayons une vision plus nette de cela lorsque le rapport sortira début 2019.