Et pour avoir accusé les usagers d'en être responsables...

C'est une accusation qui pourrait coûter très cher à Ford si elle s'avère réelle. 1,9 million de clients mécontents ayant acheté une Ford Fiesta ou une Ford Focus auraient été dupés par la marque. Celle-ci aurait décidé de les vendre en ayant connaissance du problème et en le dissimulant, puis en rejetant la faute sur les conducteurs des voitures concernées.

L'avocat de Ford, Ryan Wu, a participé à une première audition le mois dernier devant la Cour d'appel américaine à Pasadena, en Californie. Il a tenté de négocier avec les juges et essayé de les convaincre que la marque serait prête à répondre à cette action collective avec une enveloppe de 35 millions de dollars (31 millions d'euros). Pour l'association de consommateurs Public Citizen, un tel accord serait une sortie trop facile pour le constructeur, et amère malgré tout pour les automobilistes.

Les voitures concernées sont des Ford Focus produites entre 2012 et 2016 et les Ford Fiesta quatre portes, destinées au marché américain, construites entre 2011 et 2016. Le point commun entre toutes ces voitures ? Être équipées de la boîte à double embrayage Powershift, qui est au centre des accusations, jugée comme étant sujette à "sauter, glisser, hésiter à changer les vitesses, se dégrader, être en retard sur les descentes de rapports et, dans certains cas, offrant une accélération soudaine ou retardée."

Ford nie les accusations mais se prépare à payer

De son côté, la marque a assuré dans un communiqué "continuer à nier les allégations de cette plainte, mais plutôt que de continuer sur ce litige, Ford veut passer un accord avec les avocats représentant les plaignants. Cet accord est juste et approprié et nous avons hâte d'avoir l'approbation finale de la cour." Ford est conscient de ce qui l'attend, comme l'indique un document signé par Cathy O'Callaghan, vice-présidente de Ford et responsable du contrôle au sein de la marque.

"Nous sommes actuellement accusés d'un certain nombre de litiges au sujet de la performance des véhicules équipés de la transmission DPS6. Nous devons nous défendre face à plusieurs actions d'État et devant des cours fédérales, au sujet de dommages basés sur les lois de protection des consommateurs, et sur la rupture des obligations de garantie. Les compensations face à ces accusations pourraient inclure des rachats, des pénalités civiles, et le paiement des frais d'avocat des plaignants. Dans certains cas, les plaignants ont aussi fait valoir une allégation de fraude."

Et ce problème pourrait coûter très cher à Ford. Un plaignant avait connu des problèmes similaires avec sa Focus achetée en juillet 2014, et dont la transmission avait commencé à surchauffer trois jours après son achat. Ariel Myers, c'est son nom, avait fait réparer sa voiture mais les soucis avaient continué, essentiellement parce que Ford avait omis le problème, pourtant connu, dès le départ.

Il avait raté un rendez-vous médical important et avait voulu être remboursé, ce que la marque avait refusé. Une fois devant la justice, celle-ci avait reconnu ses méfaits et Myers a obtenu 490'000 euros de dommages et intérêts. Le constructeur a fait appel mais a accepté de payer un peu plus de 100'000 euros à Myers, quel que soit le résultat de l'appel, pour son défaut de prise en charge de la garantie et remboursera également les frais d'avocat.

Une action collective qui pourrait coûter très cher

Là où les choses se compliquent pour Ford, c'est que ce sont 1200 clients qui accusent la marque en plus de l'action collective menée en Californie, tandis qu'une plainte a été déposée au nom de 12'300 automobilistes qui seraient concernés eux aussi. Là où la marque risque encore plus, c'est qu'elle avait accusé à l'époque les conducteurs d'être responsables des problèmes de boîte de vitesses de leur véhicule, ce qui a depuis été reconnu à demi-mot en rejetant tout de même une partie du problème sur les clients.

"Nous avons mis trop longtemps à identifier les problèmes et les clients ayant choisi la Powershift n'avaient pas formulé leur plainte correctement. Nous avons été débordés par le volume de plaintes. Nos processus n'étaient pas en adéquation et les informations apportées étaient soient incorrectes, soient incomplètes. Nous avons laissé tomber nos clients et nous en sommes désolés" concède tout de même Ford.

Ford a déjà négocié quelques cas à l'amiable, en reprenant la voiture et en payant des dommages et intérêts, à des sommes comprises entre 65'000 et 120'000 dollars. Néanmoins, puisque ce sont 1,9 millions d'automobilistes qui sont concernés, Ford pourrait devoir répondre à toutes les personnes concernées, mais l'entreprise devrait alors leur verser une somme dérisoire par rapport à ce que certains clients ont obtenu. Une somme dérisoire d'environ 2000 euros qui, multipliée par le nombre de plaignants, s'élèverait tout de même à 3,5 milliards à payer pour l'entreprise, sans compter la perte des rachats de véhicules que les automobilistes seraient en droit de demander.

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