Jean Todt, président de la FIA, a fait un discours à l'assemblée générale de l'ONU suite à l'approbation d'une résolution qui soutient une action internationale coordonnée pour l'amélioration de la sécurité routière dans le monde entier.

Todt, qui est l'envoyé spécial des Nations unies pour la sécurité routière, souhaite créer un Fonds pour la sécurité routière financé par l'ONU dans le but de combattre la pandémie de décès sur la route grâce à des outils qui ont déjà démontré leur efficacité.

"C'est un grand jour pour la communauté de la sécurité routière", déclare Todt. "Avec les membres du Groupe consultatif de haut niveau de la FIA, nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir la création de ce Fonds, qui révolutionnerait le financement de la sécurité routière."

"Je ne vois aucun autre investissement politique public qui serait plus profitable lorsque l'on compare ses bénéfices à son coût. C'est notre responsabilité de fournir à chaque personne sur cette planète une mobilité plus sûre."

Le modèle sud-coréen

Dans un discours fait au forum de la sécurité routière de l'an dernier à Mexico, Todt a expliqué que de simples efforts de sensibilisation à la sécurité routière en Corée du Sud avaient aidé à réduire le nombre de morts sur les routes entourant les écoles de 95%.

"Nous avons les réponses", affirme le Français. "Nous pouvons éliminer les accidents automobiles autour des écoles. Ce n'est pas un rêve, c'est une question de volonté."

"Nous avons des exemples où, avec le bon soutien politique, des progrès énormes ont été faits. Au début des années 1990, plus de 1500 enfants perdaient la vie en allant à l'école, tous les ans, en Corée du Sud. Depuis 2010, il y en a moins de 100 : c'est une baisse de 95%, mais cela reste 100 de trop."

Le modèle sud-coréen est théoriquement simple à mettre en oeuvre : il s'agit d'imposer une limitation de vitesse à 30 km/h grâce à une combinaison de ralentisseurs et de radars. Il faut aussi rendre l'éducation à la sécurité routière obligatoire pour les enfants (10 heures par an s'avèrent utiles) et rendre les sanctions plus sévères pour les conducteurs impliqués dans des accidents et infractions dans des zones proches d'écoles.

Un budget supplémentaire

Mais même des changements simples requièrent un budget supplémentaire. C'est là que le Fonds pour la sécurité routière proposé entre en jeu, bien que la sécurité routière bénéficie déjà de soutiens financiers.

En 2005, le Fonds mondial pour la sécurité routière a été établi par la Banque mondiale dans le but "d'aider à accroître le financement et le soutien technique pour les initiatives mondiales, régionales et nationales visant à permettre aux pays les moins avancés de mettre en oeuvre leurs propres programmes de sécurité routière".

En 2011, première année de la Décennie d'action pour la sécurité routière, le Fonds de sécurité routière a été lancé pour soutenir cette initiative. Selon l'Organisation mondiale de la santé, "il redirige des petites subventions venant d'un certain nombre de donneurs vers des organisations gouvernementales ou non gouvernementales qui soutiennent les programmes de prévention des blessures engendrées par le trafic routier dans divers pays et communautés".

L'année suivante a vu le lancement du Programme de subventions de sécurité routière soutenu par Bloomberg Philanthropies, que l'OMS décrit comme ayant été créé "pour soutenir les organisations non gouvernementales au Brésil, au Cambodge, en Chine, en Inde, au Kenya, au Mexique, en Russie, en Turquie et au Vietnam dans l'optique de nouvelles politiques et actions de sécurité routière pour réduire le nombre de morts et de blessés dans les accidents sur la route".

Une solution de financement unique

La différence entre ces mécanismes de financement existants et le Fonds pour la sécurité routière proposé à l'ONU, c'est la façon dont l'argent sera généré. Plutôt que de dépendre de la philanthropie et et de la générosité, l'objectif est d'utiliser des solutions de financement innovantes - d'un niveau de solidarité mondiale similaire à celui de la "taxe sur le changement climatique" sur les transports aériens - pour assurer que le budget nécessaire soit trouvé.

À l'heure actuelle, la sécurité routière est une question de privilège, et non un droit de l'homme élémentaire.

Tandis que les statistiques des décès routiers sont choquantes - 1,3 million de personnes sont tuées sur la route tous les ans, près de 100 sont blessées à chaque minute -, le plus choquant reste le fait que 90% des décès sur la route ont lieu dans les pays les moins avancés, où il n'y a que 53% des véhicules du monde.

Une crise mondiale requiert une solution mondiale.

C'est dans cette optique que le Groupe consultatif de haut niveau de la FIA - présidé par Jean Todt, mais où l'on retrouve des membres très en vue représentant des organisations gouvernementales, non gouvernementales et d'affaires - travaille sur des mesures financières qui pourront, à terme, être utilisées pour lancer des programmes de renforcement des capacités, de promotion et de prévention des blessures, couvrant non seulement les conducteurs mais aussi le design et les essais des véhicules.

Jean Todt s'exprime à l'ONU pour la sécurité routière