"Une Alpine accélère et freine fort, elle est douée d’une grande agilité et favorise le jeu à son volant."

Suite de notre dossier dédié à une marque Alpine renaissante qui doit présenter son premier modèle de série dans les semaines à venir. Nous nous sommes tournés vers un témoin privilégié, en la personne de Jacques Cheinisse, à la fois pour évoquer le passé, le présent mais également l’avenir.

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Jacques Cheinisse s’est fait d’abord connaître en tant que pilote avant de contribuer à la mise en place du réseau commercial de la jeune marque Alpine. C’est en tant que directeur sportif de la compétition du constructeur, entre 1968 et 1975, qu’il deviendra une figure emblématique et définitivement associée à Alpine. De 1976 à 1996, il poursuivit sa carrière chez Renault où il exerça des responsabilités de chef de produit.

Dossier Alpine #2

Motor1 : Si vous ne deviez retenir qu’une chose de votre passage chez Alpine, de quoi s’agirait-il ?

Jacques Cheinisse : Indéniablement son caractère familial qui, cinquante ans après, perdure. Nous avons déploré la disparition coup sur coup de deux anciens de l’aventure Alpine au mois de novembre 2016 (François Lhermoyé puis Jacques Henry – ndlr) ; ce fut une fois de plus l’occasion de constater la formidable solidarité qui règne encore.

On parle souvent d’un esprit Alpine. Quels en étaient les ingrédients ?

Il était lié à la difficulté du challenge et aux objectifs ambitieux qui étaient les nôtres. Au début, nous n’étions qu’une toute petite équipe ; et encore elle n’a jamais dépassé les 80 personnes. Celle-ci s’est construite sur un système de cooptation : ce sont souvent nos propres mécaniciens qui parvenaient à convaincre les meilleurs éléments de la concurrence de nous rejoindre.

Quels sont selon vous les grands moments de l’épopée de la marque en compétition ?

La première victoire internationale en rallye, glanée en Italie à l’occasion du San Remo 1970, par Jean-Luc Thérier. Je retiens aussi le premier triplé réalisé au Monte Carlo 1971 et, bien entendu, le titre de champion du monde des rallyes de 1973. Je n’oublie pas non plus, sur piste, le titre de champion d’Europe 2 litres de 1974 ; Alpine avait remporté toutes les courses. 

Quelles sont vos Alpine préférées ?

Deux berlinettes : premièrement l’A110 équipée du moteur de la R8 Gordini de 1300 cm3 réalésé à 1440 cm3, parce qu’elle était très efficace et la plus légère ; deuxièmement la "1800" qui était devenue imbattable en 1973. Et puis l’A441 de 1974, pour les raisons déjà avancées.

Quel fut votre sentiment au moment de l’annonce de la renaissance d’Alpine ?

J’ai été évidemment heureux qu’une suite puisse être écrite. Mais le challenge me paraît particulièrement difficile à relever parce qu’Alpine est née et a toujours vécu pour le sport automobile. La marque dispose d’une belle image dans une partie de l’Europe, notamment en Allemagne, en Grande-Bretagne ou encore en Italie. Mais au-delà, il ne sera pas évident de conquérir des marchés.

Quelle serait selon vous une Alpine contemporaine idéale ?

Une voiture d’accélérations. Une Alpine accélère et freine fort, elle est douée d’une grande agilité et favorise le jeu à son volant. C’est une "auto-kart".

Des rumeurs évoquent un futur SUV. Cela vous fait-il bondir ?

Aucunement, à condition que ce SUV soit doté de réelles capacités de franchissement. Une Alpine doit en toute circonstance clairement affirmer sa personnalité.

Appréciez-vous l’engagement actuel de la marque en compétition ?

En vérité il ne présente aucune retombée pour la marque. Alpine a besoin d’un programme d’envergure. Je pense que le groupe Renault pourrait – et devrait – faire pression sur les instances internationales du sport automobile pour favoriser un retour des GT sur la scène mondiale des rallyes.

Quels modèles sportifs contemporains vous intéressent ?

L’Alfa Romeo 4C me semble assez fidèle à l’esprit de la berlinette. Mais sa diffusion et sa notoriété demeurent confidentielles.

Que pensez-vous du concept Vision qui préfigure l’imminente Alpine ?

Elle va disposer d’un châssis en aluminium qui est la marque de fabrique de Lotus et non d’Alpine ! Sur le plan stylistique, elle fait plutôt le consensus, ce qui ne me semble pas un bon signe. On sait que le produit idéal doit fédérer autour de lui 20 % de fans absolus, ce qui n’est clairement pas le cas de la Vision, qui manque de peps.

Ses lignes rappellent toutefois celles de l’A110…

Je pense qu’il aurait mieux valu partir d’une feuille blanche en y associant quelques traits familiers.

 

Pour aller plus loin :

Alpine-Renault : La Gagne !, Jacques Cheinisse, 2013, éditions Autodrome

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