L'usine Alpine de Dieppe s'apprête à recevoir la nouvelle berlinette. Focus sur les grandes étapes de ce retour.

En plein milieu des années 90, l’arrêt de la production de l’A610 marqua la fin d’Alpine. Régulièrement évoquée, la renaissance devînt seulement effective au tournant des années 2010. Avant la présentation imminente du modèle du renouveau, un retour sur ces dernières années s’imposait.

Quand situer la renaissance officielle de la marque Alpine ? Évidemment au 5 novembre 2012 lorsque les groupes Renault et Caterham scellèrent un accord au terme duquel le groupe Caterham entrait à hauteur de 50 % dans le capital de la société des Automobiles Alpine Renault, alors détenue à 100 % par Renault SAS. La fondation de la Société des Automobiles Alpine Caterham issue de ce partenariat était alors prévue pour le mois de janvier 2013. A travers ce partenariat, les deux entités prévoyaient de "concevoir, développer et industrialiser de futurs véhicules sportifs" ensemble. Carlos Ghosn, déjà patron du groupe Renault, avait posé la rentabilité d’Alpine comme une condition sine qua non à sa renaissance. Carlos Tavares, alors numéro deux du groupe français, et véritable moteur de ce retour, avait négocié avec plusieurs interlocuteurs avant de conclure avec Caterham dont les Formule 1, à l’époque, étaient également motorisées par des blocs Renault.

Dossier Alpine #1

Un vif désir

Des signes avant-coureurs s’étaient toutefois manifestés depuis plusieurs mois. Outre des rumeurs devenues insistantes, la présentation du concept Renault DeZir au Mondial de l’automobile de Paris 2010 n’était pas passée inaperçue. Concept précurseur d’un style nouveau pour la marque Renault, le coupé sportif et électrique présentait des lignes que nombre d’observateurs considérèrent dignes de celles d’une Alpine contemporaine. D’ailleurs, dès le mois de mai 2012, ces dernières avaient largement inspiré celles du concept A110-50 célébrant le cinquantenaire de la "berlinette", la célèbre A110. Les petits plats avaient d’ailleurs été mis dans les grands grâce à une présentation qui avait eu lieu dans le cadre du Grand Prix de Formule 1 de Monaco.

 

Dossier Alpine #1

Le sport d’abord

Dès le début de l’année 2013, le retour d’Alpine se traduisait aussi par un engagement sportif avant-même la présentation d’un premier modèle de série. L’écurie française Signatech qui, après s’être construit un riche palmarès notamment en Formule 3 et avoir pris ses repères en endurance depuis quelques saisons, devenait Signatech-Alpine et annonçait un programme en ELMS (European Le Mans Series). Le pari allait être couronné de succès puisque l’équipe parvenait à gagner deux titres consécutifs dans ce championnat, en 2013 puis en 2014.

Un "nouveau nouveau" départ

Il devait être écrit que la renaissance d’Alpine ne serait pas un long fleuve tranquille. Caterham et Renault ayant des vues divergentes – sans parler même des méthodes – une séparation amiable était entérinée le 10 juin 2014, Renault portant à 100 % sa part dans la Société des Automobiles Alpine Caterham en rachetant la participation du groupe Caterham. Le lancement commercial de la nouvelle Alpine était maintenu pour l’année 2016 même si un retard de quelques moins allait bientôt être confirmé. La Société des Automobiles Alpine Caterham changeait en conséquence de dénomination et était renommée Société des Automobiles Alpine.

L’année suivante allait être marquée par plusieurs événements : premièrement la présentation du concept Vision Gran Turismo destiné au jeu vidéo éponyme, deuxièmement l’engagement de Signatech-Alpine en championnat du monde et, troisièmement et surtout, la présentation, en marge des 24 Heures du Mans, du concept Célébration. Fêtant les 60 ans de la marque, il allait constituer le jalon majeur depuis l’annonce du mois de novembre 2012. Tout simplement parce qu’il était enfin possible de se faire une idée des lignes de la probable future Alpine. 2015 allait se conclure sur une première victoire en championnat du monde, sur le circuit de Shanghai (Chine), toujours dans la catégorie LMP2.

Dossier Alpine #1
Dossier Alpine #1
Dossier Alpine #1

2016 ou jamais

En début d’année 2016, le concept Alpine Vision confirmait les intentions stylistiques affichées quelques mois plus tôt par le concept Célébration. Plus aucun doute n’était permis d’autant que les lignes de la version de série seraient fidèles à 80 % à la Vision. Dévoilée le 16 février à Monaco en présence d’anciennes gloires de la marque et de nombreux modèles historiques, la Vision permettait de patienter un peu plus longtemps qu’initialement prévu. Ce 16 février était en outre l’occasion pour Carlos Ghosn de reprendre l’initiative alors que Carlos Tavares avait pris entre-temps la tête de l’autre groupe automobile français, PSA. Un nouveau patron était même nommé à la tête d’Alpine en la personne de Michael van der Sande lequel se trouvait directement rattaché à Thierry Koskas, le directeur commercial du groupe Renault. Quant à Bernard Ollivier, qui avait porté jusqu’alors la renaissance de la marque, il était nommé directeur général adjoint.

De son côté, Signatech-Alpine revoyait ses ambitions à la hausse en championnat du monde d’endurance (WEC), en y alignant non plus un mais deux prototypes de dernière génération, l’A460. Les efforts de Philippe Sinault et de toute son équipe allaient être couronnés de succès avec à la clé les titres équipes et pilotes LMP2 (Nicolas Lapierre, Stéphane Richelmi et Gustavo Menezes) du championnat du monde FIA d’endurance. Le tout avec la manière puisque Signatech-Alpine aura remporté quatre victoires, dont les 24 Heures du Mans au mois de juin dernier, et trois autres podiums en neuf courses. Dorénavant tout le monde n’attend plus que la présentation de celle qui doit s’appeler AS1… d’ici la fin de l’année. Mais avant cela, Philippe Sinault, le patron de Signatech-Alpine a bien voulu revenir avec nous sur ces quatre dernières saisons en LMP2.

Motor1 : Pourquoi avoir monté un programme avec Alpine ?

Philippe Sinault : En sport automobile, il faut toujours chercher à raconter de belles histoires à partager avec le public et les partenaires. Un engagement en compétition constituait un bon support marketing en amont de la renaissance de la marque. Quant au LMP1, c’était juste la meilleure solution, compte tenu des coûts du LMP1 et de l’absence de voiture au catalogue.

La saison 2016 a été riche en succès. Quels moments fort en retenez-vous ?

La victoire au Mans constitue bien entendu le moment le plus intense d’autant que nous l’avons acquise avec la manière. Je me souviendrai aussi de notre première victoire de l’année, à Spa, avant les 24 Heures du Mans. Nous avons alors senti que nous étions capables d’être un prétendant régulier à la victoire. Elle opéra comme un déclic.

Quel a été le secret de votre réussite face à une concurrence que l’on sait affûtée ?

Nous n’avons pas connu d’incident et n’avons enregistré aucun abandon. Nos résultats sont à mettre à l’actif de l’ensemble de l’équipe, des mécaniciens aux pilotes.

Quels autres principaux souvenirs vous reviennent lorsque vous vous tournez vers ces quatre dernières saisons ?

Philippe Sinault : En premier lieu notre podium aux 24 Heures du Mans 2014 et en second notre première victoire en WEC, l’an dernier, à Shanghai. Je retiens aussi une progression pas à pas de notre projet.

Pouvez-vous nous dire quelques mots du programme de l’an prochain ?

Nos objectifs seront a minima de défendre nos titres. Nous visons au minimum une voiture en WEC et deux aux 24 Heures du Mans, et peut-être une en ELMS.

Le GT est-il dans votre radar ?

Avec l’arrivée de l’AS1 (c’est dit ! – ndlr), la possibilité d’un engagement en GT va naturellement se présenter. 

Lire aussi:

Dossier Alpine #1