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Voitures électriques européennes : comment l’UE tente le protectionnisme
Des incitations favorisant le "Made in Europe", les futures voitures électriques et les droits de douane : comment Bruxelles défie la Chine et l’Amérique (et prend des risques).

Photo: Renault

Par: Riccardo Ciriaco
Publié par: Lucas Huaumé
19 Fév à 12:47
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Plus de 42 milliards d’euros. Le recul des constructeurs automobiles sur l’électrique, partout dans le monde, coûte cher. Ce chiffre, publié par Automotive News Europe (ANE), sans autre source mentionnée, illustre à quel point le secteur aurait "mal évalué" les préférences des automobilistes et la "rapidité" de la transition vers le zéro émission.
Et pourtant, souligne ACC, coentreprise entre Stellantis, Mercedes et TotalEnergies, qui devait construire une gigafactory de batteries en Italie avant d’abandonner le projet, "la planète nous envoie en permanence des signaux d’alarme" et, par conséquent, "l’avenir de l’automobile reste électrique".
Malgré ces pertes, les investissements engagés par les constructeurs dans la transition des motorisations restent trop importants pour être annulés. Pour éviter le déclin et faire face à la concurrence de la Chine et de l’Amérique de Trump, l’Europe explore deux voies.
Un protectionnisme à l’échelle de l’UE
La plus récente, selon le Financial Times (FT), qui a consulté un projet de proposition réglementaire de la Commission européenne, doit être présentée le 25 février prochain. Elle fixera les conditions d’accès aux aides publiques à l’achat, à la location et au leasing de voitures électriques.
Au moins deux critères seraient à respecter : assemblage du véhicule sur le Vieux Continent et présence d’au moins 70 % de composants "made in UE" sous le capot (à l’exception des batteries, encore trop dépendantes de l’Asie). Une mesure protectionniste qui divise.

Pack de batteries pour voitures électriques
Photo: Stellantis
D’un côté, certains constructeurs, comme Renault, accueillent favorablement l’idée. De l’autre, des marques, comme BMW et Mercedes, redoutent des représailles de la Chine. Ola Kallenius, PDG de Mercedes et président de l’ACEA (l’association qui regroupe les constructeurs du continent), déclare :
"Je suis favorable à des conditions de concurrence équitables, mais à chaque fois qu’on adopte une réglementation, il faudrait utiliser une scie très, très fine, pas une tronçonneuse, pour éviter des conséquences indésirables."
Le risque est donc réel, même s’il est raisonnable de penser que l’exécutif européen a consulté l’industrie avant de préparer le texte à venir. L’objectif est en tout cas clair : Bruxelles veut attirer des investissements asiatiques sur son territoire. Un peu comme lorsqu’elle a instauré des droits de douane additionnels sur les importations de véhicules électriques produits à l’ombre de la Grande Muraille. Sauf que les constructeurs chinois ont ensuite réussi à contourner ces taxes en triangulant les flux via des pays bénéficiant d’accords commerciaux favorables, comme la Turquie.
Les trois « e » de Bruxelles
L’autre piste, ce sont les e-car, une appellation qui en dit presque tout : le "e" signifie "écologiques, économiques et européennes". Faute de précisions supplémentaires, on sait que ces petits véhicules mesureront jusqu’à 4,2 mètres de long et que, pour encourager leur production, ils bénéficieront d’un mécanisme de supercrédits accordés aux constructeurs. Concrètement, les marques pourront surévaluer la contribution des e-car "made in Europe" à la baisse des émissions.

La nouvelle Renault Twingo ambitionne de devenir une e-car
Photo: InsideEVs
"Au lieu d’être comptées comme 1, elles seront comptées comme 1,3", précise Bruxelles, qui s’engage à maintenir ces nouvelles règles pendant au moins 10 ans.
"La Commission proposera également que ces véhicules bénéficient d’avantages concrets, via une recommandation aux États membres :
- bonus à l’achat,
- programmes de prime à la casse,
- conditions de stationnement favorables,
- exemptions ou réductions de péage,
- recharge à tarif réduit."
Ces petites voitures devraient, le conditionnel s’impose, faire l’impasse sur certains équipements de sécurité, dans un compromis entre coûts et protection des automobilistes. Grâce à cette combinaison, elles seraient affichées à un prix d’environ 15 000 à 20 000 euros.
Ces propositions s’inscrivent dans un contexte où les ventes de voitures électriques sont, de façon inattendue, en hausse : 1,88 million de nouvelles immatriculations "vertes" enregistrées dans l’Union européenne en 2025, en progression de près de 30 % par rapport à 2024 (moins de 1,45 million d’immatriculations cette année-là). Le signe "plus" vaut aussi pour la part de marché : 17,4 % en 2025, contre 13,6 % en 2024 (+3,8 points).
Reste maintenant la question : ces nouveautés accéléreront-elles encore la dynamique du zéro émission, ou se révéleront-elles un boomerang ?
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