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Opel Kadett C 1.6 S Pirsch (1979) : maître-chasseur
Le break surélevé devait séduire tous ceux pour qui un véritable tout-terrain était trop cher.

Photo: Motor1.com Deutschland

Par: Roland Hildebrandt
Publié par: Emmanuel Rolland
19 Sep à 12:33
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Rüsselsheim, fin des années 1970 : les SUV modernes sont encore loin d’être imaginés, et même les pick-up restent une rareté absolue. De vrais tout-terrain existent bien, mais ils sont chers, dépouillés et franchement rustiques. Tous les forestiers, chasseurs ou agriculteurs n’ont pas forcément envie de garer devant chez eux un tel poids lourd. Chez Opel, on planche donc sur une alternative astucieuse, basée sur un grand classique populaire du quotidien.
Lorsque la Kadett C, la « voiture mondiale » de Rüsselsheim, fait ses débuts en 1973, Opel mise sur une grande diversité : aux berlines deux et quatre portes, au coupé élancé et au break s’ajoutent, au fil du temps, un premier semi-cabriolet ainsi que la variante à hayon baptisée « City ».
Mais un modèle spécial du Caravan, toujours proposé en trois portes, joue un rôle tout particulier lorsqu’il arrive chez les concessionnaires au début de l’année 1978 : la Kadett C « Pirsch ». Sa clientèle cible est clairement identifiée : chasseurs, pêcheurs, gardes forestiers, agriculteurs et professionnels du bâtiment. Le réseau commercial d’Opel résume l’idée en une formule : « La bonne voiture pour tous ceux qui roulent souvent hors des routes stabilisées. »
Sur le plan esthétique, la Pirsch se veut extrêmement fonctionnelle et sans ostentation. Opel renonce largement aux éléments décoratifs élaborés et aux chromes élégants afin de préparer la voiture aux usages difficiles sur le terrain. Même constat pour les teintes : en sortie d’usine, seuls le « vert forêt » — quelle surprise ! — et le « beige safari » sont proposés.
Garde au sol rehaussée et différentiel autobloquant
Techniquement, la Pirsch se distingue nettement du Caravan standard. Pour éviter les mauvaises surprises hors des chemins carrossables, Opel dote son break d’une garde au sol accrue, d’un différentiel arrière autobloquant de série avec 40 % de blocage, d’une suspension renforcée ainsi que d’une solide plaque de protection pour le carter d’huile. Des pneus à crampons plus marqués en 175 R14 améliorent les capacités en tout-chemin, tandis qu’une batterie plus grande et un chauffage renforcé assurent un usage toute l’année en forêt.
L’habitacle est lui aussi entièrement pensé pour l’efficacité. Les sièges sont recouverts de simili-cuir facilement lavable. Dans le coffre, un tapis en caoutchouc résistant et un robuste filet de séparation protègent l’espace passagers du matériel transporté, des chiens de chasse ou du gibier. Un essuie-lave-glace arrière garantit une bonne visibilité même après une sortie boueuse.

Opel Kadett C 1.6 S Pirsch (1979)
Photo : Motor1.com Deutschland
Je prends place à bord et je suis frappé par la simplicité de cette voiture, qui coûtait pourtant 11 800 marks en version de base à l’époque. À droite, pas de compte-tours : seuls les indicateurs de température d’eau et de carburant vous font face. Les nombreux panneaux de tôle apparente dans les portes vont dans le même sens, même s’il doit être rare de trouver aujourd’hui une Kadett Pirsch dans un aussi bel état. Le simili-cuir lavable dégage un charme d’anciens cartables d’école et de taxis Mercedes.
Sous le capot, on retrouve les quatre-cylindres essence éprouvés, montés longitudinalement, qui transmettent leur puissance aux roues arrière via une boîte manuelle à quatre rapports. Aux côtés du moteur de base 1,2 litre de 52 ch (38 kW) et de la variante 1.2 S plus puissante, forte de 60 ch (44 kW) et 88 Nm, le modèle 1.6 S constitue le sommet de la gamme Pirsch. Ce quatre-cylindres en ligne construit en 1979 développe, avec ses 1 584 cm³ de cylindrée, 75 ch (55 kW) et permet à ce véhicule de chasse d’atteindre 157 km/h en vitesse de pointe.
C’est lui qui se trouve sous le capot de « ma » Pirsch. Malheureusement, l’essai se limite à un court tour sur le site de l’usine Opel. Malgré son poids à vide d’environ 900 kg, la Kadett n’a rien d’une fusée, mais ce n’était pas ce que l’on attendait d’un véhicule de chasse. L’essentiel était de pouvoir se faufiler en forêt grâce à seulement 1,58 m de large et, au besoin, de charger un animal dans le coffre. En quelque sorte, la version vert loden de « Mettez un tigre dans votre moteur ».

Opel Kadett C 1.6 S Pirsch (1979)
Photo : Motor1.com Deutschland
Des volumes modestes, mais un vrai succès
Malgré son positionnement de niche très affirmé, le concept s’avère être un véritable succès commercial. Durant les premiers mois, pas moins de 4,5 % des acheteurs de Kadett optent pour ce break plus robuste. La Pirsch reste toutefois extrêmement exclusive : sur les 1 701 075 Kadett C produites au total, dont 190 461 breaks, seuls environ 1 000 exemplaires par an sortent des chaînes en version véhicule de chasse au cours des années-modèles 1978 et 1979.
La Pirsch est donc aujourd’hui plus rare encore que la déjà très rare Kadett Aero. L’exemplaire de 1979 parfaitement restauré présenté ici est d’ailleurs prêté par un collectionneur privé bavarois. Et une question nous vient : que donnerait aujourd’hui un Frontera en version chasse ?
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