Essai Bentley Flying Spur W 12 S - La belle et la bête

Le rendez-vous était pris jeudi dernier à Stuttgart, non pas pour essayer une Mercedes ou une Porsche, mais bel et bien pour prendre le volant d'une Bentley. Une expérience unique à bien des égards.

Unique tout d'abord parce qu'elle nous a permis de piloter la plus sportive représentante de la gamme Flying Spur – en l'occurence la W12 S de 635 ch. Unique aussi par la découverte de la société de luxe française Lalique, partenaire pour l'occasion de la marque britanno-germanique avec la réalisation d'un coffret de parfum unique – le Black Cristal Edition –, limité à seulement 12 exemplaires.

Pour votre serviteur, c'était la première rencontre avec une limousine de la marque Bentley. Un moment qui allait s'avérer inoubliable.

Désormais bien connue du paysage de l'automobile d'exception, la Bentley Flying Spur – dont les origines remontent à 2013 – est la descendante de la Continental Flying Spur. C'est aussi une concurrente prestigieuse des Audi A8, BMW Série 7 et Mercedes Classe S. La Bentley Mulsanne jouant dans une catégorie encore supérieure.

 

Bentley Flying Spur W 12 S

Comme le bon vin 

Avec les années et comme le bon vin, la Flying Spur a gagné en caractère. Le trait est statutaire, les arêtes plus saillantes, et comme nous l'a expliqué Crispin Marshfield – responsable du design extérieur Bentley – le travail effectué sur les flancs de l'auto rendent cette Flying Spur à nulle autre pareille. On retrouve bien évidemment la signature visuelle Bentley, avec ces optiques rondes et cette calandre "royale". Sur notre exemplaire W12 S, les chromes ont totalement disparu de la carrosserie, au profit d'inserts noir laqués du plus bel effet. Une couleur que l'on retrouve aussi sur les superbes jantes de 21 pouces.

Ce mélange subtil d'élégance et de sportivité se retrouve à l'intérieur. La planche de bord si singulière de la Flying Spur rappelle les deux ailes du blason sous forme de symétrie. Un côté réservé au conducteur et un côté réservé au passager. Fidèle à Walter Owen Bentley – qui a fondé l’entreprise le 18 janvier 1919 –, cet intérieur fait cohabiter cette fameuse ambiance que certains jugeront surannée, aux technologies plus modernes. Une Bentley, c'est aussi et surtout des compteurs à l'ancienne, des boutons poussoirs pour les buses d'aération, des cuirs d'une qualité inouïe qui tapissent tout l'habitacle et enfin des moquettes tellement épaisses et douces que l'on pourrait voyager pieds nus.

Bentley Flying Spur W 12 S
Bentley Flying Spur W 12 S

Les esprits chagrins regretteront bien évidemment que la Bentley Flying Spur fasse l'impasse sur les équipements high-tech. Oubliez le guidage tête haute, l'aide au freinage d'urgence... Qu'importe me direz-vous, car une Bentley est tout sauf un gadget.

La belle ou la bête ?

D’ailleurs, quel plaisir de découvrir la pièce d'orfèvrerie qui anime la belle (ou la bête ?). Imaginez, un W12 de 6,0 litres de cylindrée gavé par deux turbos et dont la puissance culmine à 635 ch sur cette version. Et pourtant, les premiers tours de roue se font avec une douceur et une progressivité inédites. Au démarrage, le 12 cylindres est plutôt du genre discret et il déplace la très lourde Flying Spur (2475 kg) avec une facilité déconcertante.

Qui pourrait alors croire qu'un démon sommeille quelque part, au plus profond de ses entrailles ? Un démon qui incante secrètement pour réclamer des routes sinueuses, des autoroutes allemandes non limitées et un conducteur qui ne craindrait pas d'écraser la pédale d'accélérateur jusqu'à la butée. Dès lors, la douceur laisse place à la fureur. Une noble fureur qui catapulte la Flying Spur W12 S comme un missile, dans une ambiance sonore virile, mais sans jamais céder à la vulgarité. Les performances sont ahurissantes, pourtant la Flying Spur conserve son flegme britannique en toutes circonstances. Une maîtrise que l'on doit à l'excellente gestion de la boîte automatique, qui ne génère jamais d'à-coups, et au paramétrage réussi de l'amortissement piloté, dont la prouesse est de préserver le confort des passagers, ainsi que l'efficacité du comportement en conduite très sportive. Difficile dans ces conditions de céder le volant à son confrère tant l'expérience Bentley est jouissive !

Bentley Flying Spur W 12 S
Bentley Flying Spur W 12 S

Quand Bentley rencontre Lalique

Après une journée passée à vive allure depuis Stuttgart, nous rallions enfin Wingen-sur-Moder en Alsace et plus particulièrement la Villa Lalique. Quel rapport avec Bentley me direz-vous ? Tout simplement que le constructeur s'est associé à la célèbre maison française pour produire en série très limitée un parfum aux senteurs très subtiles. Les connaisseurs apprécieront cette association inédite de pomme, de bergamote, d'essence de papyrus, de bois de cèdre... dans un coffret réalisé par des artistes pour une des plus belles réussites du savoir-faire à la française. A l'instar d'une Bentley, dont de nombreux éléments sont assemblés à la main, ce coffret exige un professionnalisme que seule une maison comme Lalique est en mesure de fournir. Un détail sort de l'ordinaire, ce logo Bentley en Cristal noir, qui à lui seul, a nécessité des dizaines d'heures de travail. Le tarif de ce coffret ? 20'000 euros !

Bentley Flying Spur W 12 S

L'expérience Bentley, c'est enfin se prendre pour un riche homme d'affaires, en se faisant conduire par un chauffeur de maître trois heures durant sur le trajet du retour. Confortablement installés sur des fauteuils individuels, on peut incliner le dossier et l'assise, et mieux encore se faire masser. L'installation multimédia permet de visionner son film préféré, mais l'on peut tout simplement rabattre la tablette de type aviation, poser son ordinateur et se mettre à rédiger son article.

Conclusion

Dans ces conditions, même en cas de bouchons monstres pour rejoindre l'aéroport, on prend son mal en patience. Finalement, on se met à espérer davantage de bouchons pour profiter encore davantage de cette automobile exceptionnelle, qui, si elle n'est pas la plus moderne ni la plus confortable... possède un argument massue : son charisme. Reste à convaincre la banque de consentir un prêt de 228'270 euros à votre serviteur... le prix d'un appartement !

Photos : Francesco Piras pour Motor1.com 

 

 

Points positifs Points négatifs
Confort même en roues de 21" Dotation high-tech limitée
Noblesse du W12   Volume du coffre moyen
Finition exemplaire Masse conséquente
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