Essai Audi S5 - Plus le visage est sérieux, plus le sourire est beau

L'être humain a deux visages : celui qu'il nous montre et celui qu'il a vraiment”, disait Yvon Deveault. Une citation que l'on peut remanier aujourd'hui à bon nombre d'automobiles sportives, toutes plus polyvalentes les unes que les autres. Les mêmes titres reviennent d'ailleurs très souvent : "Docteur Jekyll et M. Hyde", "Sportive polyvalente" ou pire encore "L'alternative". Avouons-le, difficile de dire le contraire aujourd'hui, surtout avec une Audi S5 à l'essai, la quintessence même de la polyvalence, aussi à l'aise en milieu urbain que péri-urbain.

Qu'a t-elle de plus que les autres alors, en particulier pour la clientèle ? En effet, qui aurait envie de mettre au minimum 75'700 euros dans une voiture sportive, certes, mais aux prétentions parfois limitées ? Un client RS 5 qui ne s'assumerait pas ? Un autre qui ne souhaite pas attendre l'arrivée d'une version plus radicale ? Ou justement un dernier qui souhaite profiter des deux visages de l'auto ? Nous pensons qu'il y a un peu des trois. Quoi qu'il en soit, Audi n'est pas seul à avoir mis le doigt sur ce marché de niche. Mercedes-AMG dispose de sa C 43 4Matic, juste en-dessous de la C 63, BMW de sa 440i xDrive, ou encore, plus exotique, Lexus et sa RC F, plus puissante de 123 chevaux par rapport à la S5 mais aussi bien plus lourde (1840 kilos à vide) et dénuée de transmission intégrale, ce qui lui octroie des performances et un prix similaires.

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Look sportif mais discret

Vous n'êtes sûrement pas sans le savoir, mais l'Audi A5 est une voiture plutôt "jeune" puisque la première génération est apparue en mars 2007, à l'occasion du Salon de Genève. Aujourd'hui encore, elle est toujours considérée par son designer, Walter da Silva, comme sa plus belle création. Après cinq ans de carrière, la phase II voit le jour en 2012 et conserve toujours les lignes qui ont fait le succès de la première génération. La nouvelle Audi A5 est apparue l'année dernière, et à l'occasion de sa révélation, si certains l'ont trouvée très conventionnelle et très "Audi" dans les formes, elle garde la philosophie même de l'A5, c'est-à-dire proposer, sans bouleverser, un nouveau style concentré principalement au niveau des optiques avant.

Vous l'aurez donc compris, les évolutions esthétiques semblent mineures mais bien plus profondes qu'il n'y paraît. Les optiques avant d'une part, moins acérées que celles des récentes Audi A3 et Audi A4, détonnent au premier regard. Force est de constater qu'on s'y habitue plutôt bien. Leur forme relève toute la force que dégage la face avant avec un capot bombé et nervuré qui donne une véritable stature à l'auto. L'ensemble est souligné par une calandre "single frame" entourée de deux larges entrées d'air.

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Coupé oblige, son profil pourrait paraître plus élancé qu'une version Sportback (cinq portes) mais ce n'est pas vraiment le cas pour l'Audi S5. En effet, la ligne de toit fuyante qui vient terminer sa course jusqu'à la malle de la version Sportback est moins marquée sur notre coupé. Beaucoup préféreront sûrement la version cinq portes pour son homogénéité, mais d'un autre côté le coupé s'inscrit davantage dans un esprit sportif. Notre version d'essai dispose de jantes de 19 pouces, les plus grandes disponibles au catalogue. Dommage car des jantes de 20 pouces auraient sans doute encore accentué son penchant sportif. Le confort en aurait pris un coup en revanche.

Difficile donc de différencier une Audi S5 d'une Audi A5 "classique" bien équipée, n'est-ce pas ? Malgré les badges présents au niveau de la calandre, des flancs et de la malle, certes, il faut avoir l'œil. De dos, en revanche, c'est plus significatif en raison d'un seul et unique élément : la quadruple sortie d'échappement. Les quatre sorties d'échappements sont la principale caractéristique des modèles siglés d'un S. Les modèles badgés RS reçoivent quant à eux une double sortie ovale de part et d'autre du diffuseur.

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Chaque détail a son importance

Avant d'observer avec attention si Audi fait toujours office de référence en matière de qualité de fabrication, notons que la position de conduite est absolument parfaite, très proche du sol, et réglable dans à peu près toutes les positions nécessaires pour satisfaire son conducteur. L'espace aux coudes est en plus de cela suffisant, parfait donc pour s'adonner à une conduite dynamique. Mains sur le volant à méplat, (dont la jante est toujours un peu trop fine à notre goût, Mercedes reste la référence sur ce détail), contact, et ce sont deux écrans qui s'illuminent sous nos yeux.

Le premier, le bien connu Virtual Cockpit, un écran de 12,3 pouces qui prend la place de l'instrumentation physique à aiguilles classique. La configuration ne change pas par rapport à une A3 ou à une A4, hormis qu'un affichage sportif est maintenant disponible, comme sur les modèles RS et l'Audi R8, avec le compte-tours qui prend place au centre de l'écran, entouré de la navigation à sa droite et de quelques informations liées à la conduite à sa gauche. L'ensemble peut bien évidemment être modulé à souhait.

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Au centre, place à un écran classique déporté, non tactile comme à l'accoutumée chez Audi, contrôlable via un petit pad situé au niveau de la console centrale. Un peu compliqué à prendre en main au début, mais on s'y habitue assez facilement. De notre côté, le Virtual Cockpit est tellement complet et bien plus pratique d'utilisation grâce à ses commandes disponibles sur le volant que nous n'avons pratiquement pas utilisé l'écran central qui ne sert plus que d'appoint.

Forcément, Audi oblige, nos yeux se portent immédiatement sur la qualité des matériaux et des finitions. Une fois de plus, cela frôle le sans-faute. Notre version d'essai dispose d'inserts en carbone et de sièges Sport S très enveloppants mais disponibles en option à 1120 €. Rajoutez en plus de cela 1100 € pour la sellerie en cuir. L'habitabilité est plutôt correcte pour un coupé, les deux places arrière aux assises creusées permettent de gagner en place, même si l'espace aux jambes est un peu juste. Le coffre bénéficie d'un beau volume de 465 litres avec une banquette rabattable en trois parties.

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Le plaisir est-il au rendez-vous ?

Avant d'évoquer le point crucial pour une sportive, touchons rapidement un mot sur la mécanique de notre Audi S5. Celle-ci est motorisée par un bloc V6 3,0 litres TFSI développant la bagatelle de 354 chevaux (soit 21 unités de plus que l'ancienne S5) et 500 Nm de couple. De quoi s'affranchir du 0 à 100 km/h en seulement 4,7 secondes (contre 5 secondes pour l'ancien modèle) et atteindre 250 km/h en vitesse de pointe (limitée électroniquement). Honnêtement, il s'agit sans doute de l'un des six cylindres modernes les plus sensationnels que nous ayons pu prendre en main. L'ancienne version bénéficiait d'un V6 3,0 litres également, mais affublé d'une suralimentation par compresseur. La nouvelle S5 actuelle est toujours équipée d'un V6 mais avec turbocompresseur. De ce fait, les 500 Nm de couple sont disponibles bien plus tôt, dès 1350 tr/min, contre 2900 tr/min pour les 440 Nm de l'ancienne version.

Très engageante, l'Audi S5 incite à la conduite sportive. En quelques secondes, on se retrouve rapidement au-delà des limites autorisées. Un véritable piège à permis.

Dans les faits qu'est ce que cela donne ? Une voiture, sans surprise, très polyvalente, le confort de roulement en ville est impeccable, et ce malgré la suspension Sport (option à 1185 €) présente sur notre modèle d'essai. Sur un filet de gaz, la voiture se fond parfaitement dans le flot de voitures en milieu urbain, sans coup de pied aux fesses à chaque accélération un tant soit peu maîtrisée. La boîte automatique Tiptronic à huit rapports, ancienne mais toujours aussi agréable, enchaîne les vitesses à la volée, sans à-coups, et dans n'importe quelle situation, même quand elle est sollicitée en conduite dynamique où elle répondra toujours présente et s'adaptera parfaitement au type de conduite engagé. Seul bémol à nos yeux, la taille des palettes au volant, bien trop petites pour prendre la main sereinement sur la boîte une fois le mode séquentiel enclenché.

C'est bien beau la conduite en ville, mais nous préférons les axes plus reculés, en rase campagne, là où nous allons pouvoir essayer pleinement les qualités dynamiques de l'auto. Mode "Dynamic" enclenché via le Drive Select pour optimiser tous les éléments mécaniques à la conduite sportive, kickdown sur la pédale de droite, et l'accélération en est presque surprenante ! La motricité est sans faille grâce à la transmission intégrale quattro et la poussée est constante grâce à un moteur à l'allonge assez exceptionnelle pour une bloc suralimenté. La sonorité a également été travaillée par les ingénieurs, celle-ci est bien plus engageante que l'ancienne version et saura exacerber vos sens au-delà de 4000 tr/min grâce à un son rauque mais pas excessif.

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Les premiers virages arrivent vite, aussi vite que le paysage défile, et il est temps de voir comment se comporte la voiture en courbe. Manquant toujours autant de feeling dans la direction, le système paramétrique en fonction de la vitesse ne nous satisfait toujours qu'à moitié, même si nous devons l'avouer, la consistance est pour une fois plutôt bonne. Malgré ses 1690 kilos à vide, l'Audi S5 fait preuve d'une très belle agilité, la faute aussi au différentiel quattro Sport (option à 1630 €) qui charge et décharge la ou les roues les plus ou moins motrices. Cela réduit également le sous-virage même si nous avons noté un semblant de sous-virage intrinsèque propre aux quatre roues motrices mais vite contenu par les systèmes d'aide à la conduite omniprésents. Vous l'aurez compris, pas besoin d'être un as de l'appel/contre-appel pour conduire vigoureusement cette Audi S5.

Ça y est ? Éprouve t-on maintenant du plaisir à conduire une Audi sportive ? À vrai dire nous en avons toujours eu, même si globalement cela reste beaucoup plus lisse qu'une Mercedes-AMG ou qu'une BMW M. Le plaisir est ailleurs en réalité. Se savoir en toute sécurité à l'approche d'un virage un peu serré qu'on va prendre un peu vite en est un, et repousser encore plus les limites de la voiture sans jamais les trouver en est un autre. Difficile de trouver ses limites de toute façon sur route ouverte. Les trouver serait de bien mauvaise augure pour un conducteur non expérimenté à la conduite dynamique. Un mot également sur le freinage, plus mordant et plus endurant que sur d'autres modèles sportifs aux quatre anneaux, celui-ci semble bien dimensionné pour alterner conduite conventionnelle et conduite sportive.

Essai Audi S5
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Conclusion

Vous l'aurez donc compris, l'Audi S5 Coupé nous a très largement convaincus et nous a même donné du plaisir, chose que l'on retrouve de plus en plus désormais dans la gamme sportive de la marque aux anneaux. Terminé donc les sportives trop lisses et "trop" efficaces ? Certainement, même si l'efficacité prime toujours, Audi semble avoir écouté les critiques et sa clientèle afin de proposer aujourd'hui des produits à la fois performants et plaisants. Forcément tout cela a un prix. Si l'Audi S5 Coupé démarre à partir de 75'700 €, notre version d'essai est facturée 92'000 € ! Concrètement ça commence à faire très cher pour une sportive de "seulement" 354 chevaux, la faute à une liste d'options interminable avec quelques mesquineries qui plus est, comme le différentiel quattro Sport (1630 €) ou encore la direction dynamique (1210 €).

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Côté consommations, les chiffres communiqués sont assez loin de ce que nous avons relevé. En conduite mixte, notre ordinateur de bord indique une consommation moyenne de 13,0 l/100 km, rien d'illogique cependant pour une sportive équipée d'un bloc V6. Petit bémol cependant concernant le volume du réservoir d'essence, celui-ci dispose d'une contenance de 58 litres, plutôt léger pour une voiture de sport. Autant vous dire qu'avec une moyenne de 13,0 l/100 km, le plein d'essence fond comme neige au soleil.

Quoiqu'il en soit, quel pied cette Audi S5 ! Sérieuse d'apparence, elle l'est aussi dans son comportement et c'est justement par son sérieux qu'elle nous donne le sourire. Audi nous prouve aujourd'hui qu'une voiture peut être simplement efficace sans être ennuyeuse et manquer de vie. Son agilité et son moteur fantastique sont les deux principaux artisans d'une auto difficilement critiquable. L'Audi S5 met la barre haut, la nouvelle RS 5 et ses 450 chevaux promet d'être impressionnante. Mais sera-t-elle sérieuse ? Certainement moins que la S5. Mais une chose est sûre, notre sourire risque d'être encore plus beau.

Photos : Yann Lethuillier / Motor1.com

 

 

Points positifs Points négatifs
Moteur V6 fantastique Capacité du réservoir d'essence
Plaisir de conduite retrouvé Palettes au volant bien trop petites
Performances et polyvalence Tarifs vraiment élevés
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