Essai Jeep Wrangler Unlimited - Indémodable !

Difficile de vous relater en l'espace d'un essai toute l'histoire de Jeep. Véritable pilier de l'automobile depuis des décennies, nous essayons aujourd'hui l'une des dernières autos au style intemporel, et ce n'est pas l'inscription "Since 1941" qui trône fièrement sur la planche de bord qui nous fera dire le contraire. Son histoire débute en 1940, pendant la seconde guerre mondiale, quand les États-Unis décident de se doter d'un véhicule de reconnaissance léger. L'Amérique lance donc un appel d'offres auprès de 135 constructeurs avec un cahier des charges pour le moins gratiné (quatre roues motrices, empattement inférieur à 1905 millimètres, PTAC inférieur à 590 kilos...), pour, au final, que seulement trois entreprises répondent à l'appel : Willys-Overland, American Bantam Car Manufacturing Company et Ford Motor Company.

Après plusieurs tests et plusieurs prototypes envoyés par les trois constructeurs, l'armée américaine retient en octobre 1941, le modèle conçu par Willys-Overland. C'est ainsi que naquit le légendaire Jeep Willys, produit à plus de 650'000 unités (368'000 construits par Willys-Overland et 277'000 par Ford Motor Company, mais sous licence). Willys-Overland ne déposera le nom Jeep qu'à la fin de la guerre, sans savoir pourquoi, malgré plusieurs hypothèses ramenant au personnage de "Eugene the Jeep" dans Popeye (Pilou-Pilou en France), ou encore pour signifier "Just Enough Essential Parts" (juste assez de pièces essentielles). Deux autres hypothèses existent, mais moins probables que les deux premières citées ci-dessus.

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Le temps passe et passe et peu de choses ont changé...

Traverser le temps pour un Jeep Wrangler, c'est comme traverser un gué à son bord, sauf que les éclaboussures de la mode ne viennent pas ternir ce véhicule absolument mythique. Pourtant, il a bien changé en huit décennies notre Jeep, surtout depuis 2007 où en plus d'hériter d'une version longue comme notre modèle d'essai Unlimited, il est affublé pour la première fois d'une version diesel (si on met de côté la version sortie dans les années 80 quand la marque était sous la houlette de Renault, tant les ventes étaient anecdotiques).

Silhouette cubique, phares ronds à l'avant, carrés à l'arrière, charnières de portes apparentes, cinquième roue incorporée à la cinquième porte arrière, calandre à sept fentes, roues et pneumatiques surdimensionnés, ailes élargies, protections en plastique proéminentes, sont autant d'éléments caractéristiques et absolument intouchables pour les - pauvres - designers de la marque. Et ce n'est pas avec la prochaine génération, prévue pour 2018, qu'ils pourront une nouvelle fois s'exprimer d'après les premières photos espion.

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Sa carrure et son côté très masculin rassurent, et l'ensemble lui confère comme une sorte d'autorité naturelle sur la route. Pourtant, ses petits phares ronds, maintenant soulignés de lumière de jour, lui donnent un air ludique et décalé, contrastant ainsi avec son allure générale. Il offre bien deux visages, ou même mieux encore, deux conceptions et deux appréhensions différentes une fois à bord : pour caricaturer, celui qui écoutera un bon Highway to Hell signé AC/DC en solo, ou bien celui qui emmènera sa petite fille de bon matin à l'école avec, pour la 78ème fois dans les haut-parleurs, "Libérée Délivrée", bande originale du film "La Reine des Neiges".

Doté d'un hard-top, notre Jeep Wrangler Unlimited peut même se transformer en "cabriolet". Honnêtement, si vous n'êtes pas aidé par au moins deux autres personnes pour le retirer, oubliez. Le toit pèse très lourd et en plus, cela prend un temps infini à tout ôter correctement. Vous pouvez néanmoins retirer indépendamment quelques éléments, comme la partie du toit avant qui se compose de deux parties appelées "freedom panels". Le catalogue d'accessoires est par ailleurs très bien fourni, en témoigne la rangée de spots placée au sommet de la protection tubulaire du pare-brise de notre version d'essai.

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La rusticité a du bon !

Vous aimez les intérieurs feutrés, les écrans tactiles haute définition, les plastiques moussés sur la planche de bord ? Vous apprendrez à aimer le Jeep Wrangler, dans ce cas. Loin de tous ces nouveaux standards, Jeep a fait dans le brut de décoffrage. Une fois le seuil de porte franchi, vous pourrez déposer vos pieds sales sur des tapis en caoutchouc et lavables au jet d'eau, vous pourrez également apprécier les rondeurs d'une planche de bord redessinée en 2011 mais toujours confectionnée de plastiques durs comme du bois, ou encore naviguer à travers les menus de l'écran tactile des années 2000 signé Alpine.

Un vrai bonheur n'est-ce pas ? Tout comme ces arceaux apparent dans tous la habitacles, dont certains sont même sanglés en guise de poignée de maintien, ou encore ces magnifiques bas de portières constitués d'un simple filet. L'avantage c'est que l'aventure débute sans même avoir tourné la clé. Globalement, le Jeep Wrangler ne souffre d'aucun défaut à l'intérieur, il remplit parfaitement son rôle, et s'encanaille même avec une sellerie en cuir disponible sur notre finition Sahara. Certes, ce n'est pas du cuir Nappa venant d'animaux élevés pratiquement à l'état sauvage du côté de la Bavière, mais il y a au moins le mérite d'avoir du cuir.

Le seul défaut reste à nos yeux la technologie embarquée. Nul doute que la nouvelle version fera peau neuve dans ce domaine, mais le système Alpine et l'absence de radars de recul quand l'énorme roue de secours obstrue 70% de la lunette arrière peinent à ce niveau. Avec un volume de coffre ridicule de 141 litres pour la version courte, notre version Unlimited, plus accueillante, offre un joli volume de 498 litres, mais malheureusement - et logiquement - avec un seuil de chargement très haut.

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À l'aise dans toutes les conditions

Si, a contrario d'un client SUV, les propriétaires de Jeep Wrangler utiliseront bien plus souvent les capacités off-road qu'offre leur auto, la marque américaine n'oublie pas que le Wrangler passera sans doute le plus clair de son temps entre ville et autoroute comme la plupart des autres voitures. Contact, et le bloc 2,8 litres 4 cylindres diesel donne de la voix, les claquements à froid et lors des accélérations nous rappellent la rusticité de l'engin. L'insonorisation est moyenne d'ailleurs, et la sonorité du moteur envahit l'habitacle à chaque accélération. À vitesse stabilisée, c'est nettement moins marqué, même si globalement ce n'est pas un critère essentiel pour un client Jeep.

Évidemment avec ses dimensions (4,75 x 1,88 x 1,84), le Wrangler Unlimited n'est pas le plus à l'aise en ville. Il n'est pas non plus inconduisible, puisque finalement il s'agit simplement des dimensions d'un utilitaire type Renault Traffic à peu de choses près. Seul reproche, l'absence d'aides au stationnement, surtout à l'arrière, qui nous auraient bien aidé en cas de manœuvre. Non pas que notre Wrangler avec ses boucliers en plastiques durs craigne grand chose, mais c'est plutôt pour le bien des autres usagers et de notre assurance notamment que cela serait peut-être nécessaire.

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Une fois la jungle urbaine quittée, nous nous attaquons à une portion d'autoroute. Et là, surprise, malgré "seulement" 200 chevaux sous le capot, notre Wrangler s'avère plutôt vif. Les relances, sans être exceptionnelles, sont suffisantes, et tout cela dans un confort plus que convenable. Seule la position de conduite assez raide et le dossier pas assez incliné nous ont gênés durant cet essai. Dans tous les cas, les longs trajets sont parfaitement envisageables, malgré sa conception à l'ancienne avec son châssis à échelle, son essieu rigide, et sa direction floue.

Notre version d'essai, accouplée à une boîte automatique à cinq rapports, développe 460 Nm de couple, une donnée intéressante et non moins importante pour un tout-terrain, surtout avec 2128 kilos très exactement affichés sur la balance. En effet, même si nous n'avons pas pu tester toutes les capacités de franchissement de l'auto, et notamment sa boîte courte, le moteur, plein à quasiment tous les régimes, saura vous satisfaire dans n'importe quelle condition. En conduite dynamique, même si le modèle répond convenablement, c'est un peu plus spartiate, la pédale de gauche, spongieuse, ne rassure pas vraiment, et la prise de roulis - plus que logique - n'aide pas non plus à enrouler de virages en virages. Et ça tombe bien, car ce n'est pas fait pour ça.

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Conclusion

Parlons maintenant des choses qui fâchent : le prix. Notre version d'essai est facturée environ 45'000 €, pour une version en finition Sahara avec, de série, la sellerie en cuir, le système de navigation, la climatisation automatique, le régulateur de vitesse, et le hard-top Modulaire "Freedom Top" couleur carrosserie. À cela, rajoutez y 10'000 € de malus écologique depuis le 1er janvier 2017 en raison de rejets de CO2 de 239 g/km, et la facture grimpe donc à un peu plus de 55'000 €. Un prix loin d'être indécent pour une voiture de ce type, néanmoins, nous aurions aimé davantage de technologies à bord, comme les radars de stationnement ou encore un GPS plus contemporain.

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Côté consommations, nous avons relevé des données autour de 11,5 l/100 km, autant vous dire qu'à la pompe, malgré le faible écart entre le diesel et l'essence désormais, remplir les 85 litres du réservoir vous fera aimer le gasoil le temps d'un court instant. Quoiqu'il en soit, si vous optez pour l'achat d'un Jeep Wrangler Unlimited, vous achetez bien plus qu'une voiture. Vous achetez aussi une part d'histoire, une histoire que l'on aurait aimé ne jamais vivre, mais une histoire bien ancrée dans les esprits qui n'inspirera pas, on l'espère, les actuels et futurs grands de ce monde. Aujourd'hui Jeep ce n'est plus cela, le constructeur inculque maintenant un tout autre type de philosophie, et celle-ci, nous espérons bien qu'elle perdurera encore les siècles à venir : Explore the world.

Photos : Yann Lethuillier - Guillaume Nédélec / Motor1.com

 

 

Points positifs Points négatifs
Style intemporel Absence d'aides au stationnement
Moteur volontaire et très coupleux Direction floue
Plutôt à l'aise sur sentiers battus Consommations
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