La "Route de la mort" au centre des préoccupations

La sécurité routière n'est pas un débat qui anime uniquement les automobilistes. En effet, la Cour des comptes a mis son nez dans les dépenses liées à l'aménagement du territoire et s'est penchée sur le dossier de la route Centre-Europe-Atantique (RCEA), pour laquelle elle estime qu'il s'agit plus d'un problème de sécurité que de simples travaux et aménagements.

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La RCEA relie en effet Genève à la façade Atlantique et coupe donc la France dans le sens de la largeur. Essentiellement en deux fois deux voies, elle possède encore un tronçon qui se réduit à seulement deux voies, limité à 90 km/h - et qui passera donc à 80 km/h le 1er juillet. Sur cette route, une ligne droite de 23 kilomètres et un total de près de 240 kilomètres où se croisent de très nombreux camions, des minibus, des voitures et des motos.

Il y a eu plus de 130 morts sur les 10 dernières années dans cette portion qui se partage entre l'Allier et la Saône-et-Loire. Cela peut sembler dérisoire, au vu des milliers de décès enregistrés chaque année, mais ça en fait toutefois la route la plus meurtrière de France, et c'est précisément ce que pointe aujourd'hui du doigt la Cour des comptes, qui souhaiterait la voir évoluer en priorité, alors qu'un plan de sauvegarde pour les routes de ce type va être lancé.

"L'enjeu principal de ce chantier est devenu celui de la sécurité et non plus seulement de l'aménagement du territoire", précise la Cour des comptes, qui n'oublie pas de rappeler que le projet d'une deux fois deux voies pour relier la France d'Est en Ouest remonte à 1983 ! "Les accidents y sont particulièrement graves, ce qui lui a valu d'être qualifiée par les médias de route de la mort", poursuit la Cour qui reproche notamment à l'État d'avoir mis la priorité sur la construction de l'autoroute A89, qui relie Lyon à Clermont-Ferrand.

On voit là une conséquence directe de la rétrocession des routes nationales aux départements, décidée par le gouvernement de François Hollande en 2013, et la baisse des budgets alloués à l'entretien des routes se voit dans l'absence d'entretien du réseau, que dénoncent de plus en plus d'organismes et de personnalités politiques, notamment Hervé Maurey, Sénateur de l'Eure.

"Notre réseau routier est en danger. Il est temps de tirer la sonnette d'alarme avant qu'il ne soit trop tard. Dans un contexte d'argent public rare, la tentation est forte de se passer de l'entretien, une année, puis deux", explique-t-il. "Ça ne se voit pas, exactement comme la toiture d'une maison. Mais attention : après dix ans, il pleut dans le salon. Dans le cas des routes, c'est un très mauvais calcul. Une fois le réseau endommagé, il devient beaucoup plus coûteux de le remettre à niveau."

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Une remise à niveau qui risque d'être très coûteuse dans le cas de la RCEA, et dont on se demande comment elle sera financée dans son ensemble. Ce sont déjà les départements qui vont devoir supporter une grande partie des investissements nécessaires pour le passage à 80 km/h dans tout l'hexagone, dont le coût a été estimé par le gouvernement entre 5 et 10 millions d'euros, et l'entretien d'une route nationale leur revient aussi. La Cour des comptes va peut-être pousser l'État à investir en priorité sur cette route ultra-dangereuse qui ne devrait pas moins l'être lorsque sa limitation de vitesse aura été réduite de 10 km/h.