Essai Tesla Model S 75D - Traverser la France en silence

La gamme Tesla évolue régulièrement, au gré de nouveaux équipements et surtout de nouvelles mises à jour. Et si en attendant la nouvelle "petite" Model 3, la gamme du constructeur californien ne compte toujours que deux modèles, ces dernières semaines ont vu débarquer quelques nouveautés, notamment au niveau des équipements.

Mais côté motorisation aussi ça bouge avec une version d’accès à la gamme Model S qui se nomme 75D. "75" pour 75 kWh. "D" pour Dual Motor, donc quatre roues motrices. C’est cette version d’appel, le modèle actuellement le moins cher, mais également celui qui propose le moins d’autonomie, que nous avons pu prendre en mains pendant quelques jours. Et alors que les annonces gouvernementales sur la priorisation des véhicules électriques ces prochaines années s’enchaînent, nous avons pu tester au quotidien celle qui continue à intriguer les piétons mais également sur un long trajet. L’occasion surtout de voir si les idées persistantes sur le manque d’autonomie ont toujours lieu d’être. Et si rouler en Tesla, c’est si cher que ça ?

Essai Tesla Model S 75D

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Regard électrisant

Par rapport à la Tesla Model S 90D que nous avions pu tester en novembre dernier, esthétiquement, rien ne change sur notre 75D. Elle bénéficie du dernier restylage du modèle, qui remonte quand même à avril 2016, avec cette calandre toute fine et ses feux en forme d’yeux perçants, sublimes quand allumés avec les LED. Un regard qui continue d’agir comme un aimant auprès des personnes qui croisent la voiture.

Mais à y regarder de plus près, cette Tesla 75D recèle quelques nouveautés esthétiques. Notamment ce toit qui devient panoramique. Fumé, il permet de faire rentrer la lumière dans l’habitacle, mais n’est pas occultable. Pour le toit ouvrant, comptez 2100 € en plus. Des détails qui sont également technologiques puisqu’il s’agit de caméras intégrées tout autour de la voiture, presque invisibles. De une, puis quatre, on passe à huit caméras, logées dans les montant de portes, dans les répétiteurs de clignotants sur les ailes avant, dans le pare-brise… La Tesla Model S est prête à la conduite 100% autonome... Quand elle sera autorisée !

Les jantes de 19 pouces sont de série, et même si moins glamour, sont bien plus faciles à vivre au quotidien que celles de 21 pouces. Une option à 4700 € quand même. Déjà parce que la Model S reste une imposante berline, presque 5 mètres. Ensuite parce qu’avec moins de prise au vent, elles sont moins "énergivores" et jouent moins sur l’autonomie.

Essai Tesla Model S 75D
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Mieux équipée, moins d’options

Pour le chapitre sur l’intérieur de la Model S, peu de changements par rapport à nos précédents essais. Si ce ne sont ces inserts en bois de frêne, du plus bel effet. Pour le reste la Model S reste toujours aussi accueillante, le confort est parfait à l’avant comme à l’arrière, où l’on regrettera quand même l’absence d’accoudoir central. La finition est excellente, on attend avec impatience le remplacement de certains boutons en provenance de Mercedes, et l’impression d’être dans un véhicule en avance sur son temps ne nous quitte pas avec ces écrans face au conducteur, derrière le volant, à la lisibilité excellente, et évidemment cette immense tablette verticale au centre.

Les nouveautés sur notre Model S 75D d’essai viennent de l’équipement puisque dans un souci de simplification de la configuration du véhicule, la firme de Palo Alto a regroupé certaines anciennes options sous forme de pack. En l’occurence, il s’agit du pack d’extension Premium avec le fameux filtre à air et son mode de défense contre les armes bactériologiques (!), le système audio haut de gamme ou encore l’ancien pack glacial avec les sièges chauffants avant et arrière, le volant chauffant… Un pack cher, 5200 €, mais bien plus abordable qu’auparavant où il fallait additionner les options.

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Paris - Strasbourg ? Facile !

Une accélération foudroyante, un silence total… le chapitre de la conduite d’une Tesla peut se résumer souvent à la même chose. Même dans cette version d’entrée de gamme 75D, elle affiche une aussi forte accélération, 4,4 secondes de 0 à 100 km/h, que la feu P85, qui en 2012 trônait en haut de la gamme Tesla ! Par ailleurs la suspension Smart Air fait désormais partie de la dotation de série, offrant un confort royal, et permettant de modifier la hauteur de caisse.

Mais avant tout lors de cet essai de la Tesla Model S 75D, on voulait tester son autonomie. Pas question de calculs savants qui, en fonction de la température extérieure multipliée par la vitesse tout en retenant le force de ventilation de la climatisation serait censés nous dire combien de kilomètres on peut tenir. Non. Personne n’a le temps de calculer ça. Savoir tout simplement si on peut partir en week-end où on veut en France. Et ainsi mettre à mal, ou corroborer, cette idée persistante de vouloir comparer à tout prix l’autonomie d’une voiture électrique à celle d’une voiture thermique.

Essai Tesla Model S 75D
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Pour ça la Tesla a un outil indispensable. La géolocalisation intégrée de toutes les bornes de recharge et Superchargeurs de la marque. Et directement intégrée à la navigation. C’est-à-dire que si vous envisagez un trajet Paris-Strasbourg, vous rentrez la destination, et en fonction de votre niveau actuel de charge de la voiture, vous allez être dirigé vers tel ou tel Superchargeur sur votre chemin pour remettre ce qu’il faut d’électricité dans les batteries pour arriver jusqu’au bout.

Pour rappel, cette Tesla Model S 75D est donnée pour une autonomie NEDC de 490 km. Le trajet entre la Ville Lumière et la capitale alsacienne le plus court est lui de 499 km. Oups. D'autant que sur la voiture, la charge est affichée comme pleine à 395 km. Mais est-ce vraiment un problème ? Vous allez voir que non. Alors justement notre immense écran nous indique qu’il y aura un arrêt sur l’autoroute A4, au Superchargeur situé sur l’aire de Reims-Champagne-Nord. Nous y serons alors à 41% d’autonomie de la batterie. Un arrêt de 50 minutes est conseillé, pour arriver à Strasbourg avec 9% de batterie. C’est aussi simple que ça.

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Bon alors évidemment, peu habitué à l’électrique que nous sommes, une petite appréhension en lisant 9% persiste. Et elle sera vite levée puisqu’au fur et à mesure de notre trajet et de notre consommation d’énergie (pas question de faire une croix sur l’excellente sono ou la climatisation, ni même de rouler à 120 km/h pour tenter de grappiller quelques kilomètres d’autonomie !) qui baisse plus vite que prévue par le système, une seconde halte au Superchargeur de Metz nous est conseillée. Une dizaine de minutes.

Tesla précise même que 99 % de la population française habite à moins de 130 km d’un Superchargeur.

À l’heure de l’écriture de cet essai, 59 stations sont dispersées sur le territoire français, pour plus de 450 bornes. Tesla précise même que 99 % de la population française habite à moins de 130 km d’un Superchargeur. Lors de notre premier arrêt à une station, nous étions seuls, et avions l’embarras du choix. 50 minutes à tuer à une station essence. Le temps d’aller se faire couler un café, d’un arrêt aux stands, de vérifier ses mails, de lire un peu. Le temps passe vite. Et l’application Tesla nous permet de vérifier à distance le temps de recharge restant avant de repartir. Le second arrêt, express, ne nous laisse à peine le temps de sortir de la voiture. Il faut dire que le parking d’un Leclerc, c’est pas ce qu’il y a de plus glamour. Mais ça peux aussi être le moment d’aller faire quelques courses si besoin… Ces arrêts à une station pour recharger une voiture électrique, c’est aussi le moment de changer ses habitudes, d’adapter son emploi du temps.

Essai Tesla Model S 75D
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Au final, les 499 km sont passés rapidement, dans un confort de limousine. Et sans bruit de moteur. Sans doute de quoi rester zen et relativiser le temps supplémentaire passé sur le trajet. Une petite heure de plus. Mais comme de toute façon en voiture il est conseillé de s’arrêter toutes les deux heures, et qu’un Paris-Strasbourg est censé être d’environ cinq heures, même en voiture thermique on s’arrêterait deux fois. Disons deux fois quinze minutes ? Histoire que toute la famille se dégourdisse les jambes ? Soit 30 minutes. Donc seulement 30 minutes de moins que pour la Tesla.

Retrouvez tous les essais de Motor1 sur notre page spéciale !

Mais au cours de notre week-end dans cette Tesla et des rencontres faites en s’arrêtant dans les différents Superchargeurs, on apprend également quelques astuces pour optimiser son trajet ! La première leçon s’adresse à nous, Français, qui restons pendus au chiffre d’autonomie de la voiture. Dans les stations de l’Est de la France où nous nous sommes arrêtés, rares étaient les Tesla avec des plaques françaises. Pays-Bas, Norvège, Belgique, Suisse… Certains ont apparemment eu des trajets bien plus longs que le nôtre ! C’est le côté sympa aussi, c’est de rencontrer des personnes, tous animés par cette croyance en les véhicules électriques, et la foi en Tesla ! Mais on vous rassure, pas d’obligation de parler, certains allongent le siège et dorment à point fermé !

"Dès qu’on peut recharger son smartphone, on le fait. On n’attend pas d’être au bout de la batterie pour recharger.  Pour une voiture électrique c’est pareil !"

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Un couple de Norvégiens nous a ainsi fait l’analogie entre la recharge d’un smartphone et d’une voiture électrique. "Dès qu’on peut recharger son smartphone, on le fait. On n’attend pas d’être au bout de la batterie pour recharger.  Pour une voiture électrique c’est pareil !". En gros, il n’y a pas de quoi avoir peur de l’autonomie en ce sens que dès qu’on peut, il faut recharger. Il faut quand même rappeler que dans le pays européen champion des voitures électriques (le Model X y est le deuxième modèle électrique le plus vendu derrière la VW e-Golf) les infrastructures sont bien plus développées que chez nous. Et les aides à l’achat aussi. Mais c’est quand même un enseignement intéressant pour nous qui ne jurons que par l’autonomie totale !

De son côté, un Suisse nous a donné une astuce pour recharger plus vite. Quand une station de huit bornes Superchargeurs a déjà quelques voitures qui se rechargent, il faut se mettre à côté de la voiture qui est la plus proche de la fin de sa charge. Une raison simple : les bornes fonctionnent par deux. Donc si une voiture occupe déjà une borne sur une paire, elle reçoit le plus gros flux d’électricité. Et si vous vous y rajoutez, votre recharge ira beaucoup moins vite. On parle d’une récupération de plus de 500 km toutes les heures, contre 150. D’ailleurs pour savoir à quelle vitesse une voiture recharge, il faut aller voir la vitesse à laquelle scintille la lumière qui est à côté de la prise sur la voiture. Il faut le savoir.

Essai Tesla Model S 75D
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Comme le flux est également très important au début d’une recharge et diminue au fur et à mesure, pour optimiser un voyage et le temps de recharge, notamment comme quand, entre Paris et Strasbourg, il faut s’arrêter deux fois comme nous l’avons fait, plutôt que d’attendre les 50 minutes de recharges conseillées par la voiture, il suffit de rester moins de temps à la première recharge, repartir plus rapidement vers la prochaine recharge. Mieux scinder les différents arrêts. Plutôt que 50 min puis 10 min, autant faire deux fois 20 minutes. On gagne du temps, pour un niveau de recharge équivalent. Il fallait le savoir !

En revanche ne comptez pas trop sur une recharge à la maison, à moins d'opter pour un connecteur mural Tesla (Tesla Wall Connector) qui peut recharger jusqu'à 81 km/h. Lors de notre essai, nous avons branché la voiture la voiture sur secteur pour tenter de la recharger. Mais à raison de 12 km récupérés par heure, il faut plus de 24 heures pour recharger la voiture...

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Conclusion

Le véritable frein dans l'électrique, ce n'est donc pas l'autonomie comme on l'entend tout le temps. Du moins pas en Tesla. Le frein est psychologique. Changer ses habitudes. La peur de la panne. Mais il y a aussi évidemment le prix. Quoique !

Sur le configurateur, une Tesla Model S 75D similaire au modèle d'essai est affichée à partir de 79'200 €. Ou à partir de 697 € par mois. Dans l'absolu, c'est cher. Mais il ne faut pas oublier que la Model S est une voiture luxueuse et très bien équipée. Et qu'un plein d'électricité ne vous coûtera que quelques euros si vous rechargez chez vous. Voire gratuit si vous allez en Superchargeur, Tesla proposant 400 kWh gratuits par an, soit bien plus que ce que consomme l'utilisateur moyen de Tesla. Sans compter l'entretien bien moindre, un avantage fiscal à l'achat (6000 € pour le barème 2018) et même une faible décote !

À chacun de faire son calcul, selon ses besoins, mais chez Tesla on nous a montré un tableau complet réalisé par un nouveau client qui a souhaité comparer à combien lui reviendrait une berline allemande de moyenne gamme en diesel, face à la Tesla Model S 75D. Sur le papier, l'écart est énorme. En prestations aussi. Mais après un tableau Excel à passer la moindre dépense en détail, (jusqu'à l'usure des plaquettes de freins !) il s'est rendu compte qu'il pouvait s'offrir une Tesla pour un prix annuel identique. Voire un léger gain en fin d'année. De quoi se laisser tenter ? À vos calculettes !

Photos : Mael Pilven / Motor1.com

 

 

Points positifs Points négatifs
Performances Prix qui reste élevé
Prix d'attaque de la gamme Tesla          Gabarit imposant de la voiture
Confort de roulement Trop de fonctions accessibles via écran
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