Seconde partie de notre rencontre avec Jacques Nicolet, président d’Everspeed.

Seconde partie de notre entretien avec Jacques Nicolet, qui après avoir repris le Saulnier Racing, se professionnalise de plus en plus, avec l'Endurance en fil rouge.

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"L’épisode Pescarolo"

Maintenant que Jacques Nicolet a un pied dans la course les rencontres s’enchaînent. En 2007 toujours, il fait ainsi la connaissance de Henri Pescarolo alors que sa société lance un programme commercial sur la ligne droite des Hunaudières. Il propose la nomination d’un ambassadeur pour le projet, le groupe immobilier qu’il a cofondé devient finalement sponsor de l’équipe Pescarolo.

Jacques Nicolet, qui plus jeune avait en effet choisi de travailler, "normalement", plutôt que de céder à la passion automobile n’avait pas amusé le terrain. Notamment passé par l’entreprise Pierre & Vacances, il avait ensuite fondé Altarea avec Alain Taravella en 1994, groupe devenu plus tard Altarea Cogedim.

Jacques Nicolet

À la fin de l’année 2007, Henri Pescarolo souhaite déjà aller plus loin. Il propose à Jacques Nicolet de rentrer au capital de Pescarolo Sport. Cela tombe bien. De son propre aveu, "une fois que le processus s’enclenche, les choses se passent naturellement, par des rencontres, des opportunités. J’aime développer, cela fait partie de mon tempérament », note notre interlocuteur.

La prise de participation de l’entrepreneur est majoritaire. Sous l’impulsion du même Jacques Nicolet le projet d’une entité Pescarolo Automobiles est également à l’ordre du jour. La saison 2008 voit deux équipes en piste, d’un côté Pescarolo Sport en LMP1, de l’autre Saulnier Racing avec notamment un premier podium aux 24 Heures du Mans. La suite est relatée par Jacques Nicolet : "Fin 2008, je m’aperçois que, malgré toute l’affection et tout le respect que j’ai pour Henri Pescarolo, nous ne poursuivons pas du tout les mêmes objectifs. Il se trouve qu’une partie constructeur était naissante chez Pescarolo. De mon fait, nous avions été les premiers à monter un moteur de BMW M3 dans un prototype, ce qui avait entraîné l’évolution réglementaire en LMP2. Les blocs de ces prototypes allaient finir par devoir dériver de blocs de série. Le moteur Judd HK V8 était né ! Allaient suivre les Nissan et HPD. Quant au bloc M3, il avait d’abord été préparé chez Sodemo", entreprise passée depuis dans le giron de Everspeed.

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Mais la crise économique de 2008/2009 est déjà là. Jacques Nicolet souhaite poursuivre uniquement la partie constructeur et Henri Pescarolo sa quête de victoires au Mans. Jean Py le remplace dans Pescarolo Sport et Jacques Nicolet conserve la partie constructeur LM P2. Son équipe exploitera alors la Pescarolo LMP2 dont le nom fait référence au pan d’une histoire commune. Il parvient à s’allier avec Mazda qui fournira le moteur, pendant une saison.

Jacques Nicolet

Nous sommes en 2009 et Jacques Nicolet, volant en mains, décroche son premier podium aux 24 Heures du Mans. L’exploit mérite d’être souligné car il est rare : un pilote non professionnel sur un podium au Mans avec sa propre équipe : "La voiture a tenu par miracle ; à la fin je ne pouvais plus passer la sixième." Avant cela, l’écurie avait été rebaptisée pour satisfaire une demande de Mazda afin d’éviter, en raison du nom précédent, toute ambiguïté avec Peugeot, alors employeur de Serge Saulnier. Le terme choisi, "oak", signifie "chêne" en anglais. Il a le mérite d’être facilement compréhensible par les anglo-saxons et de renvoyer à des valeurs chères à Jacques Nicolet.

Fin 2009, l’aventure Pescarolo Sport tourne court et Jean Py vient voir Jacques Nicolet pour lui proposer de racheter la partie constructeur LM P1 et réunir ainsi tous les droits intellectuels de la partie constructeur de Pescarolo ; ce que fait Jacques Nicolet. L’entreprise de Henri Pescarolo sera par la suite malheureusement mise en liquidation judiciaire. Advient l’épisode de la vente aux enchères des actifs de l’équipe de Henri Pescarolo, au mois d’octobre 2010. "Par passion, avec Joël Rivière, nous rachetons l’ensemble afin de les rendre à Henri, qu’il nous rachètera par la suite, pour qu’il puisse redémarrer, ce qu’il fait avec beaucoup de talent, gagnant le titre LMS en 2011. Je lui suggère alors d’arrêter sur une bonne impression."

Jacques Nicolet

Mais c’est impossible pour l’homme de course qu’est Pescarolo qui relance la "machine" en 2012, sous l’entité Pescarolo Team. L’engagement de la Pescarolo 03, dérivée de l’Aston Martin AMR-One de la saison précédente, et de la Dome S102.5 tourneront au fiasco que l’on sait, dans les deux cas de figure, marquant cette fois-ci vraiment la fin de l’aventure Pescarolo en endurance.

Au travers du propos, on sent une très grande affection de Jacques Nicolet pour le quadruple vainqueur des 24 Heures du Mans : "J’ai un très grand respect à la fois pour son parcours sportif et pour ce qu’il a réussi à faire dans ce monde hostile à de petites structures comme la sienne. L’histoire aurait pu être complètement différente s’il avait gagné Le Mans en 2006 (la Pescarolo C60 Judd de Loeb-Hélary-Montagny termina cette année-là sur la deuxième marche du podium, entre deux Audi pour la première fois équipées de moteurs Diesel, ndlr)."

OAK Racing prend son envol

Cette période a manifestement laissé une trace indélébile. Plus rien n’arrêtera le OAK Racing puis les autres entités adjointes ou reprises. Au sein du OAK Racing justement un bureau constructeur commence à se structurer. Et à la mi-2013 est créée la société Onroak Automotive, la véritable structure constructeur. Les activités se multiplient, les responsabilités aussi, les heures derrière le volant également, mais quand donc Jacques Nicolet décide-t-il de franchir le cap, d’abandonner son métier : « Trop tard ! J’arrête d’un point de vue opérationnel mes activités dans l’immobilier le 2 juin 2014 ». Il reste toutefois "au board" jusqu'à aujourd’hui.

Jacques Nicolet

Entre-temps, à la fin de l’année 2008, Jacques Nicolet avait repris la société Ecodime, spécialisée dans la formation. "En 2010, nous cassons trois voitures en deux mois. Je me rends compte qu’il est extrêmement difficile pour une structure de notre taille d’obtenir dans des délais raisonnables des pièces en carbone parce que nous passons 'après les grands'."

Dans son projet de devenir un vrai constructeur de voitures de course, Jacques Nicolet pose alors la première pierre à l’édifice "consistant à avoir un outil composite dans le groupe. Début 2011, nous créons en Italie HP Composites. L’entreprise se développe jusqu'à devenir aujourd’hui un des leaders sur son marché." Elle compte 350 personnes et "de très grands noms" figurent parmi ses clients. Nous n’en saurons pas vraiment plus.

Qu’importe, stratégiquement le coup est parfait… "Le développement c’est un état d’esprit. Il y a dans le développement un schéma de compétition. Il faut gagner les affaires, gagner les projets, les monter, il faut convaincre, rassembler. C’est ce qui fait que je me sens bien. Les valeurs d’une entreprise s’expriment parfaitement dans l’endurance car pour y réussir il faut trouver le point de rosée entre la performance et la fiabilité ; il faut être capable de "délivrer", régulièrement, à chaque course, sur une période longue. L’esprit d’équipe est à mon sens très proche de celui nécessaire à la réussite d’une entreprise."

Jacques Nicolet

Jacques Nicolet revient sur le moment qui lui a permis de passer d’une passion à une autre : "C’est le développement du groupe Everspeed qui en a décidé. J’ai été passionné par ma vie dans l’immobilier ; j’adore d’ailleurs toujours ce métier. L’alternative était simple : soit arrêter soit y aller à fond et donner toute l’énergie que j’ai pour passer à l’étape suivante."

La logique est implacable mais les traits d’esprits jamais bien loin : "Quand on est au bal, il faut danser", résume-t-il enfin. Quel a donc été l’axe de développement, la stratégie du groupe Everspeed ? "La compréhension que j’en ai tient au parcours que nous avons accompli. Rapidement l’idée a consisté à bâtir un petit groupe autour d’une passion qu’est le sport auto, une passion qui est devenue de plus en plus raisonnée. Ce qui apparaît aujourd’hui comme un ensemble qui s’avère très cohérent n’était pas forcément facile à appréhender de l’extérieur et dès le départ. Il y avait encore en France et dans le monde une place pour un groupe comme le nôtre constitué d’entités qui présentent des synergies entre elles, chaque entité ayant son propre marché de niche et, pour la grande majorité d’entre elles, des liens avec des grands constructeurs. Dans le schéma global, chaque structure a son importance."

Déjà demain

Avec Jacques Nicolet, on sent bien que l’ambition est déjà toujours tournée vers l’avenir. Au fil de la conversation pointe l’admiration portée à Dallara dont il qualifie la trajectoire "d’exceptionnel", le respect qu’il porte à Oreca. Très prochainement, une nouvelle gamme de sport-prototypes sera ajoutée au catalogue (un premier modèle sera présenté dans le cadre des 24 Heures du Mans, le 14 juin prochain) dont la conception sera issue de l’expérience acquise en compétition ces dernières années.

Jacques Nicolet

Commercialisant aujourd’hui des monoplaces (des F4 signées Crawford), Jacques Nicolet nous confie à mots couverts que d’autres types de voitures sont en gestation… La pérennité du nom Ligier, souhaitée par Guy Ligier, est effective. C’est « une marque du groupe », assure Jacques Nicolet qui n’oublie pas de rappeler que ce groupe est également le fruit de tous les hommes qui l’animent ou l’ont animé.

Et le pilotage ?

Le temps passe et presse alors nous accélérons. Jacques Nicolet en oublierait presque sa passion pour le pilotage. Le pilote semble s’être fondu dans le costume du chef d’entreprise ou dans l’habit du capitaine d’écurie puisqu’il évoque instantanément la première victoire d’un constructeur français aux 24 Heures de Daytona, une victoire acquise par ses effectifs, et avec une Ligier.

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Question de fierté sans doute. Mais le pilote dans tout cela ? "L’envie est là", concède-t-il. Une envie qui se manifestera par une autre source de satisfaction puisqu’il aura notamment pour équipier cette année aux 24 Heures du Mans, au sein de l’équipe Eurasia alignant une Ligier JS P217, son fils Pierre.  Pour les remporter ? "J’ai toujours à l’esprit de les remporter !" Pilote ou chef d’entreprise, l’image est troublante. Et touchante.

Jacques Nicolet