Un portrait de Jacques Nicolet, président d’Everspeed, à la tête de Oak Racing, notamment.

Faire un portrait de Jacques Nicolet c’est évidemment évoquer de près le groupe qu’il a fondé, Everspeed (il s’est appelé JN Holding jusqu’à l’automne 2016), autour de services dans le secteur de l’industrie et du sport automobile. Outre sa personnalité d’entrepreneur, qui dépasse le seul cadre de l’automobile, c’est aussi sa passion pour le pilotage qui nous intéressera, celle qui, entre autres lignes à son palmarès, lui a offert un podium aux 24 Heures du Mans dans la catégorie LM P2 en 2009, sur une Pescarolo-Mazda du OAK Racing, mais aussi une troisième place au classement général pilotes, dans la même catégorie, en ELMS trois ans plus tard sur une Morgan-Nissan alignée par la même équipe, la sienne.

Toujours en mouvement…

Jacques Nicolet est parvenu à construire en à peine dix ans un groupe à la place enviable notamment dans le monde du sport automobile. Everspeed est organisé en quatre pôles aux titres représentatifs de leurs activités : Learning, Composites, Motorsport et Connection.

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Le premier comprend les sociétés Ecodime, Ecodime Italia & TCA ainsi que Mind Values ; le deuxième les entreprises HP Composites Italie et HP Composites France ; le troisième les noms Onroak Automotive, OAK Racing, AOTech, Marcassus Sport, Les Deux Arbres et Sodemo ; le quatrième enfin les sociétés DPPI Images, Sportagraph (dont les sites respectifs présentent parfaitement les différentes activités) et Sport Connection. Certaines ont été reprises, d’autres fondées de toute pièce.

Jacques Nicolet

Et encore manque-t-il à cette liste la division Motorsport de la société Crawford reprise à l’automne dernier et qui permet à Everspeed d’être dorénavant implanté aux États-Unis. Histoire d’avoir quelques repères, laissons-nous aller à mentionner quelques chiffres : depuis 2010, ce sont 870 coques de voitures de course qui ont été produites par HP Composites, les différentes parties prenantes du groupe ont reçu plus de 20'000 invités aux 24 Heures du Mans depuis 2008, 9 titres internationaux et plus de 45 victoires ont été décrochés par les châssis Onroak Automotive depuis 2013, 1 000 heures de simulateur sur trois types de châssis et douze modèles de véhicules différents sont assurées annuellement par AOTech…

Il convient aussi de mentionner quelques autres noms désormais liés d’une manière ou d’une autre au groupe français. Les sport-prototypes fabriqués par Onroak Automotive sont commercialisés sous la marque Ligier. Les 24 Heures de Daytona, les 12 Heures de Sebring ou encore Petit Le Mans ont été remportés par un châssis Ligier en 2016. Des écuries telles que Panis-Barthez Compétition, United Autosports, Tequila Patron ESM font actuellement confiance aux modèles du groupe. Mais tout cela n’est que la partie émergée de l’iceberg !

Une passion

Ce n’est pas la première fois qu’il m’est donné de côtoyer Jacques Nicolet. J’avais pu le rencontrer lors des 24 Heures du Mans 2009 et l’avais même entendu, l’une des oreillettes d’un casque de son équipe OAK Racing rivée sur l’une de mes oreilles, alors que j’étais en train d’écrire des comptes rendus "live" de cette même édition de la plus grande course d’endurance au monde, franchissant la ligne d’arrivée au volant d’une Pescarolo-Mazda LM P2 en troisième position, déclarer l’amour à son équipe, le OAK Racing. Le moment m’avait marqué et bien entendu interpellé. Mais ce n’est qu’en 2017, en cette fin de matinée du jeudi 27 avril, reçu dans son bureau parisien, que j’ose finalement lui demander d’où vient ce que je ne peux imaginer qu’être une passion.

Éveil

"Tout gamin, je me suis passionné pour le sport auto", entame d’ailleurs Jacques Nicolet avant de décrire un contexte favorable ou propice. "J’ai eu la chance d’avoir un père qui m’a laissé beaucoup de liberté sur le sujet. Il achetait des Fiat 500 pour qu’on puisse apprendre à conduire. Il aimait l’automobile sans avoir jamais fait de compétition. Mes parents étaient hôteliers à Beaumes de Venise, dans le Vaucluse, commune qui se trouve être au pied du Mont-Ventoux. À la grande époque du Mont-Ventoux, quand la course de côte montait jusqu’au sommet, de nombreux pilotes étaient hébergés à l’hôtel familial."

Jacques Nicolet

"Je me souviens particulièrement de Rolf Stommelen et de sa Porsche 909 (surnommée "Bergspyder", ndlr) mais aussi de Pierre Maublanc (il fut concessionnaire automobile à Lyon de 1960 à 2007, importateur de Chevron et de March mais aussi pilote automobile, ndlr) ou encore du mari de ma maîtresse d’école, "Madame Daniel". Ce dernier dirigeait à la fois la cave viticole et pilotait en course de côte une Formule 3 Martini qui était entretenue dans le garage Tacussel à Aubignan, à quelques kilomètres. Il avait été champion de France en course de côte. Quand tous ces gens venaient à l’hôtel, je partais avec eux le matin et passais la journée dans le paddock. Puis ils me ramenaient à l’hôtel le soir."

Travailler

Si Jacques Nicolet était donc passionné dès le plus jeune âge, il n’a semble-t-il pas souhaité céder aux emportements possibles d’une passion : "J’ai commencé par travailler, normalement. Quand j’ai eu les moyens de m’adonner au plaisir automobile sans trop pénaliser ma famille autrement que par un emploi du temps un peu compliqué, je suis revenu à l’automobile."

Jacques Nicolet

Les retrouvailles se font précisément à travers les véhicules historiques : "Mon jeune frère habitait Monaco et y avait des amis passionnés d’automobile. Un jour nous nous sommes lancés le défi de faire les 2 Tours d’Horloge, au Castellet." C’était en 1997. Jacques Nicolet apporte alors son Alfa Romeo Giulia 1600 Spider dans "le pot de départ". C’est sa première course. "Je suis alors un tout jeune pilote. La première année, nous faisons uniquement cette course. Nous y revenons l’année suivante. Puis nous sommes montés tout doucement en puissance." La première victoire date des 1 000 km de Dijon, en 2000, sur une Elva Mk7S, toujours en compagnie des mêmes coéquipiers sans doute parce que Jacques Nicolet est un homme fidèle. "Entre-temps, nous avions un peu couru en VdV avec des Porsche 911 de chez RMS." Mais une rencontre change le cours de sa carrière en 2006.

Un certain Guy Ligier

Elle prend la figure de Guy Ligier. "Le hasard a fait que j’ai été son premier client de la JS49 (un prototype de type CN, ndlr)". Lorsqu’il s’installe à son volant en course c’est là la première expérience de Jacques Nicolet en voiture moderne. Les événements s’accélèrent ensuite. "J’avais rencontré Serge Saulnier en compétition historique où il roulait parfois sur une Elva Mk8S. À cette époque Serge Saulnier (qui avait déjà beaucoup œuvré pour la monoplace, notamment à travers l’écurie Promatecme et pour la formation de futurs pilotes de premier plan comme Jenson Button – ndlr) devint team manager de Peugeot Sport qui initiait un retour en endurance et en particulier aux 24 Heures du Mans." 

Jacques Nicolet

Saulnier décide de vendre son écurie d’alors, le Saulnier Racing qui était installé à Magny-Cours et impliqué en endurance avec le programme Swiss Spirit. "Deux des quatre employés du Saulnier Racing sont toujours avec nous", se plaît d’ailleurs à souligner Jacques Nicolet. Précédemment, ce dernier avait créé Heritage Racing Cars au Pôle Mécanique d’Alès, structure qui s’occupait, ainsi que son nom le suggère, de véhicules historiques. "Une Courage LM P1 était présente dans l’équipe. Tout était du coup réuni pour faire ce qui allait être en quelque sorte mes premières 24 Heures du Mans."

Ce qui avait été jusqu’alors du domaine du rêve devenait ainsi réalité. L’équipe a commencé d’être développée et s’est effectivement retrouvée au départ des 24 Heures du Mans 2007, en LM P2. Durant la même période, Jacques Nicolet rencontre logiquement Yves Courage. La toute première course du Saulnier Racing sous l’égide de Jacques Nicolet, en Le Mans Series (LMS), à Monza (Italie) se solde par un bon résultat : une quatrième place de catégorie à l’arrivée.

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Autre bonne course, à Valence, avec à la clé une place sur la deuxième marche du podium. Quant à l’édition des 24 Heures du Mans en question, tous les espoirs étaient encore permis quand, le dimanche matin, sur le coup de 7 heures, la boîte de vitesses casse.

Jacques Nicolet