C'est une situation assez cocasse − et à laquelle il faudra sans doute s'habituer − que vient d'immortaliser notre confère journaliste Maxime Fontanier. Sur l'une des départementales qui bordent la ville de Soisy-sous-Montmorency, dans le Val-d'Oise, deux voitures-radar privées sont stationnées au même endroit et sont en train de procéder à des contrôles de vitesse, de la même manière qu'un radar fixe. Pour deux fois plus de "sécurité" donc ?

La conduite des voitures-radar par des entreprises privées n'est pas nouvelle, puisqu'une expérimentation menée en région Normandie en 2017, et qui s'est avérée très concluante visiblement, a permis de démocratiser ces nouveaux types de contrôle à pratiquement toute la France. Le but est de "décharger" en quelque sorte les forces de l'ordre de cette tache (les voitures-radar circulent depuis 2013, mais étaient, avant 2017, conduites exclusivement par les forces de l'ordre) en confiant leur exploitation à des entreprises privées.

Grâce à l'exploitation par ces entreprises, le temps de roulage a considérablement augmenté. Ces voitures-radar peuvent rouler jusqu'à cinq fois plus longtemps qu'un modèle confié aux forces de l'ordre. Ils peuvent flasher en roulant, mais aussi en étant stationnés, comme au sein de la vidéo. Le problème, c'est qu'en ayant deux voitures-radar au même endroit, le contrevenant s'expose donc à deux amendes et à une double perte de points pour une seule infraction. 

Qu'est-ce qu'une voiture-radar ?

Les voitures-radar sont des véhicules lambda, comme c'est le cas de la Peugeot 508 et de la Volkswagen Golf de la vidéo, où divers radars et plusieurs caméras sont installés. Deux modules infrarouges sont placés à l'avant et à l'arrière, au niveau du pare-chocs, près de la plaque d'immatriculation. Ces modules analysent la vitesse des véhicules situés aux alentours et la relient aux limitations recueillies grâce au GPS positionné au niveau du pare-brise.

Si excès de vitesse il y a, une caméra infrarouge placée à l’intérieur, sur le tableau de bord, enregistre les contrevenants, le tout sans émettre le moindre flash. Les conducteurs des entreprises privées ne savent pas non plus s’ils ont flashé quelqu’un puisque tout est automatisé et qu’ils n’ont pas d’alerte ou d’accès à ces d’informations.

Voiture-radar privée

Où peuvent-elles circuler ?

Normalement, les parcours sont déjà préétablis par les préfectures des départements où les voitures-radar privées sont déployées. Le conducteur, qui est donc salarié de l'entreprise privée, doit donc simplement se concentrer sur sa conduite sans se soucier du matériel embarqué.

Il peut sillonner tous types de routes, 7 jours sur 7 (jours fériés inclus), de jour comme de nuit. Un employé d’une entreprise privée roule en moyenne 5h30, contre 1h12 pour les forces de l'ordre.

Qui sont les chauffeurs des opérateurs privés ?

Les chauffeurs de ces entreprises privées (Securitas, Mobiom, Geos…) sont recrutés sans qualification particulière, ils doivent avoir au minimum dix points sur leur permis de conduire et un casier judiciaire vierge.

Dans l'idéal, ils doivent avoir une expérience dans le domaine de la conduite (auto-école, ambulancier…), de la sécurité ou du maintien de l’ordre (policier ou gendarme à la retraite). Mais en ce qui concerne nos deux protagonistes du jour, visiblement, il ne s'agit pas d'experts en conduite ou en sécurité compte tenu de leur lieu de stationnement.

"Aucune considération d'ordre budgétaire"

Selon la Sécurité routière, "aucune considération d'ordre budgétaire ou de rendement pour les caisses de l'État" n'entre en ligne de compte. Les trajets sont en effet censés être étudiés selon l’accidentalité locale par les préfectures des départements et "en aucun cas laissés à la libre appréciation des entreprises ou de leurs conducteurs" selon des logiques de rentabilité, affirme la Sécurité routière. Pourtant, il semblerait bien que cette vidéo nous prouve le contraire.

Vidéo : Maxime Fontanier