Et ce n'est pas une Supra qui a filmé.

En septembre 2017, Bugatti publie la vidéo "0-400-0", et la toile automobile s'enflamme.  Comment être sûr que c'est bien un record ? Comment ont-ils pu filmer ? La voiture qui filme la Chiron est une Supra ? Une GT-R R35 ? Ou une toute autre voiture à fort potentiel une fois préparée ? La réponse est nettement plus simple. Tellement que de nombreux internautes sont passés à côté.

Al Clark, le réalisateur du court-métrage, explique dans sa vidéo comment ils sont parvenus à ce résultat. Presque trois ans plus tard, le secret est enfin révélé : pour filmer la Chiron jusqu'à 370 km/h, il y avait... une autre Bugatti Chiron.

Petit rappel historique : l'héroïne de cet exploit, une Chiron noire conduite par Juan Pablo Montoya, a réalisé le record du monde du 0 à 400 km/h puis retour à 0 en un temps incroyable de 42 secondes. En cette période de confinement, Al s'ennuie dans son bureau, voici pourquoi il a décidé de se plonger dans ses archives et propose à la communauté automobile de quoi passer le temps. Et il décide de commencer très fort avec l'explication du pourquoi du comment sur cette vidéo Bugatti.

"L'idée m'est venue lors du lancement de la Chiron à Lisbonne. Elle m'a alors obsédée, je voulais faire un plan filmé depuis une voiture montrant la Chiron s'approchant de sa vitesse maximale. Ça n'aurait pas été sur les autoroutes portugaises. Mais le concept a plu à Bugatti, qui avait déjà l'idée du 0-400-0 à l'esprit."

Puis il ajoute :

"J'adore filmer des voitures à leur vraie vitesse, on ressent vraiment l’élan, l'énergie, ... Quand on réalise des films et qu'on triche sur la vitesse, on a l'impression que quelque chose ne va pas."

Le record a été réalisé sur la piste d'Ehra-Lessien, l'anneau de vitesse privé du groupe Volkswagen. Là où le record du monde a été battu à de nombreuses reprises, la première fois par la Veyron (2005), la Veyron Super Sport (2010) ou encore la Chiron (2016), mais aussi le record absolu avec la Chiron Super Sport 300+ en 2019.

"Ehra-Lessien est un endroit incroyable. La ligne droite est si longue (9 km) qu'on voit la courbure de la terre. Il y a des capteurs d'animaux dans les bois aux alentours pour s'assurer qu'aucun cerf n'a décidé de traverser au moment précis ou vous êtes à 420 km/h. Il y avait une équipe d'ingénieurs de chez Bugatti pour s'occuper d'entretenir la voiture puisqu'on l'a poussé à de nombreuses reprises à plus de 300 km/h." La vidéo continue et les souvenirs reviennent : "Ah, mais oui, c'est vrai ! Il a plu à un moment de la journée. Et ce n'était pas un petit crachin, donc une fois que la pluie a cessé, on a lancé toutes les voitures dont on disposait sur la piste pour la faire sécher. Dont trois Chiron." Quelques images plus loin, on voit un plan assez étrange avec trois personnes qui tiennent un capot de Catheram au-dessus d'une Bugatti, Al explique : "On était partis très loin sur le circuit et on avait oublié de prendre des écrans noirs pour empêcher les reflets, donc on a utilisé le capot de la Catheram."

Dans la vidéo officielle, il y a beaucoup de plans aériens et Al explique :

"Dans un film comme celui-ci, il aurait été presque impossible d'utiliser un drone. Non seulement, il n'aurait pas été assez rapide, mais il n'aurait pas pu rester assez longtemps en l'air. L'hélicoptère faisait des vols de plus d'une heure, chose impossible avec un drone. J'étais en l'air la plupart du temps."

Puis une Bugatti blanche apparaît à l'image et Al s'exclame : "Ça, c'est un bon timing, je suppose qu'il est temps d'expliquer comment on a fait "ce" plan". La vidéo continue et on passe au plan iconique. L’accélération jusqu'à plus de 370 km/h. "Après coup, on a été surpris de se rendre compte que peu de personnes ont deviné que c'était une Chiron qui avait filmé une Chiron. C'était tellement évident que peu de gens y ont pensé."

Il explique ensuite comment était monté le système vidéo :

"On a utilisé une petite caméra DJI X5. Normalement, on retrouve ce genre de chose montée sur des drones ou ce genre de choses. Mais là, nous l'avons montée à l'arrière d'une Bugatti. J'utilise souvent ce genre de choses, mais là, c'était inédit. On a gardé le traveling pour la fin, donc on a installé la caméra, tourné, puis on est rentrés chez nous en Grande-Bretagne. Une fois qu'on a commencé le montage, on s'est rendu compte que le traveling était flou, mais flou à cause des gaz d'échappement, pas à cause d'une mauvaise mise au point. On a fait avec puisque la probabilité qu'on puisse refaire ce plan était proche de zéro."

Et voilà comment ça s'est passé ! Une histoire sympathique qui donne envie d'entrer davantage dans les coulisses pour en apprendre un peu plus sur la face cachée de la publicité automobile.