Le géant japonais va bel et bien quitter le site français, un site qui comprend 863 emplois.

C'était une histoire quasiment cousue de fil blanc mais la déception est quand même bien présente : à l'issue d'une réunion qui s'est tenue le jeudi 12 novembre 2020, la ministre de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, a annoncé que Bridgestone allait quitter le site, comprenant 863 emplois, rejetant ainsi le plan de continuation proposé par Bercy. "Mais nous serons là aux côtés des salariés pour trouver les meilleures solutions", a assuré la ministre, "nous allons nous battre pour que ce site reste industriel".

"Bridgestone a fermé la porte, Bridgestone quitte le site de Béthune", "le scénario qui visait à maintenir une activité de production de pneus pilotée par Bridgestone a été refermé", a-t-elle déclaré à l'issue d'une réunion avec direction, élus et syndicats.

Le gouvernement au chevet de Béthune 

Pour tenter de sauver l'établissement, dont le géant japonais du pneumatiques avait brutalement annoncé mi-septembre la fermeture courant 2021, l'État avait proposé un plan prévoyant une continuation de l'activité avec le maintien, selon l'intersyndicale, de "525 à 555 emplois" sur les 863 que compte l'usine.

La ministre de l'Industrie s'était déjà rendue à Béthune le 6 novembre dernier, et indiquée aux salariés que le gouvernement était prêt à prendre sa part au financement de l'investissement d'une centaine de millions d'euros nécessaire au projet. Il visait à équiper le site afin d'y produire, à l'horizon 2025, 1,3 million de pneumatique par an, de qualité supérieure à ceux de petit calibre actuellement manufacturés à Béthune.

Un "non" ferme et définitif

Mais "Bridgestone ne souhaite pas investir à Béthune parce qu'ils considèrent que le marché est en surcapacité, nous ne partageons pas totalement cette appréciation mais nous prenons acte", a concédé la ministre. "Nous allons travailler sur des scénarios de reprise. Béthune a des talents, des savoir-faire", "l'espoir ce n'est pas que le drapeau de Bridgestone soit sur l'usine, c'est qu'à l'intérieur de l'usine, il y ait des gens qui continuent à travailler", a-t-elle précisé.

Pour "implanter des activités d'avenir", elle a évoqué parmi les pistes un "écosystème en train de se mettre en place" dans la région avec un "site de batteries électriques qui va ouvrir et qui va recruter 2400 personnes". Bridgestone a fait savoir dans un communiqué : "La recherche d'un repreneur au sein du secteur du pneu en partenariat avec Business France et la recherche d'activités hors pneus, ont permis l'identification de dix opportunités dont quatre projets déjà bien définis."

Le combat pour les mesures sociales et une reprise

Le président du conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a refusé de s'avouer vaincu, en invoquant une reprise possible. "Il y a un projet sur des pneus. Bridgestone nous dit "on est même prêt à ce qu'un concurrent vienne s'installer à notre place". Dont acte", a-t-il affirmé. L'Etat et les collectivités restent prêts à mettre leur part "pour des projets de repreneurs sérieux qui ne soient pas Bridgestone", avec le même ratio d'un euro d'argent public pour un euro d'argent privé, a-t-il précisé.

"Le bras-de-fer continue" par ailleurs avec Bridgestone, "pour qu'ils mettent le maximum sur le plan social", a-t-il insisté. "Il faut que Brigestone arrête de jouer la montre, arrête de jouer avec les nerfs des salariés".

"L'heure est pour nous au combat sur les mesures sociales, on va essayer d'aller chercher le maximum pour chacun des salariés", a de son côté réagi l'avocat de l'intersyndicale, Maître Stéphane Ducrocq, s'affirmant "déçu et en colère" de l'attitude de la direction. Le projet "tenait la route, et aujourd'hui Bridgestone l'a en cinq minutes balayé", a-t-il déploré.

"Dès le lendemain de l'annonce de la fermeture, Bridgestone s'est assis à la table des négociations, a signé un accord de méthode, et dans cet accord, il s'engageait à rechercher des solutions alternatives, et nous on y a cru, raison pour laquelle le site est resté admirablement calme pendant deux mois", a-t-il rappelé.