Visiblement, les membres du gouvernement ne semblent pas tous d'accord quant à l'avenir à court terme du diesel.

Depuis le scandale du dieselgate, l'énergie fossile la plus vendue en France et en Europe n'est clairement plus en odeur de sainteté. Pointé du doigt comme étant polluant et plus nocif pour la santé que l'essence, le diesel ne devrait plus avoir beaucoup de temps devant lui avant de disparaître des villes dans un premier temps, puis d'être totalement interdit à la vente. C'est du moins ce que nous laisse croire le gouvernement et les nouvelles nomenclatures européennes contre cette énergie. Néanmoins, au sein du gouvernement français, quelques divisions viennent de faire surface. En effet, le ministère de l'Économie souhaite rendre les véhicules diesel récents éligibles à la vignette Crit'Air 1.

Évidemment, la simple évocation de cette idée a suffi a créer la polémique au sein même de l'exécutif, le ministère de l'Écologie en tête de liste : "Le ministère de l'Ecologie est contre, ça n'aura pas lieu", a affirmé Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, au micro de nos confrères de chez RTL. "Il faut que ce soit une question scientifique, pas une décision industrielle. L'urgence, c'est celle du changement climatique", poursuit-elle. Élisabeth Borne, la ministre des Transports, s'est aussi exprimée sur les ondes de Sud Radio : "La vignette Crit'Air est réservée aux véhicules les moins polluants, le diesel émet des particules, ça émet également des dioxydes d'azote qui sont très mauvais pour la santé", a-t-elle répondu.

Pourquoi une telle volte-face du côté de Bercy ?

Évidemment, cette idée à de quoi laisser songeur, surtout lorsque le gouvernement martèle depuis maintenant des années que le diesel n'est pas une solution durable. Le ministère de l'Économie justifie cela par le fait que la filière est aujourd'hui en danger. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a ainsi plaidé pour la neutralité technologie : "La vignette Crit'Air 1 définit un certain nombre de critères sur les rejets de polluants. Les véhicules qui respectent rigoureusement et strictement ces critères doivent pouvoir bénéficier de cette vignette. Quelle que soit leur motorisation !", a-t-il déclaré à l'occasion de son intervention en marge du salon des Entrepreneurs.

Pour rappel, aucun véhicule diesel, même récent, est éligible aujourd'hui à la vignette Crit'Air 1. Actuellement, les plus "propres" d'entre eux, c'est-à-dire ceux immatriculés depuis le 1er janvier 2011, ne sont éligibles qu'a la vignette Crit'Air 2 et donc soumis à certaines restrictions. Seules les voitures essence fabriquées après 2011 et les hybrides peuvent prétendre à la vignette Crit'Air 1.

Si Bercy souhaite avant tout sauver le soldat diesel, c'est que selon diverses études, dont celles de l'Observatoire de la métallurgie, entre 10'000 et 15'000 postes sont menacés à l'horizon 2030 sur les 38'000 que compte aujourd'hui la filière. Dans les chiffres, cela se caractérise par une part des voitures diesel neuves vendues qui est passée de 72 % en 2012 à 39 % en 2018. Les premières prévisions font état d'une tombée à environ 13 % si cela continue ainsi en 2030. L'avenir de l'industrie préoccupe donc Bercy : "En plus de la transition énergétique, je souhaite que nous réussissions la transition industrielle", a déclaré Bruno Le Maire. "Il y a 5000 emplois liés au diesel qui sont menacés très directement, dans les mois qui viennent. Alors je m'y attelle, avec toutes les parties prenantes et je réunirai, d'ici à la fin du mois de février tous les industrielles, les responsables syndicaux, les présidents de région et le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, pour que nous regardions point par point ce qui peut nous permettre de réussir cette transition industrielle", précise-t-il.

Vous pensiez, comme nous, que l'avenir du diesel était définitivement entériné ? Il semblerait bien que non, du moins du côté de Bercy. De plus, une telle mesure n'irait pas à l'encontre des idées du président de la République. En effet, d'après ses récentes déclarations dans son débat avec les maires de Normandie le 15 janvier dernier, Emmanuel Macron affirmait qu'il ne fallait "pas faire la chasse au diesel", tout en rappelant que la prime à la conversion concerne également les diesels de nouvelle génération, plus propres. Vous ne savez plus quoi acheter ? Nous non plus et le gouvernement non plus semble-t-il.

Sources : Les Echos, Le Monde, Le Figaro

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