Contrairement à ce que l'Assemblée nationale a voté !

Le mois dernier, l'Assemblée nationale avait voté en faveur de l'huile de palme dans la liste des biocarburants, avant de se rétracter le lendemain et d'interdire cette graisse, parmi les plus grandes responsables de la déforestation des forêts équatoriales primaires. Le tollé provoqué avait poussé l'Assemblée à revenir sur ses pas avec un second vote, qui avait vu 58 des 60 députés présents voter pour l'exclusion de l'huile de palme de cette liste de biocarburants.

C'était un pas en avant vers l'écologie aux dépens de certains pétroliers, dont Total, qui bénéficiait jusque-là d'exonération fiscale en utilisant l'huile de palme pour créer des biocarburants, comme le Superéthanol. Le vote en deuxième lecture, demandé par le Premier ministre lui-même, avait été sans appel contre l'huile de palme. Mais à l'approche des fêtes, il semblerait que l'exonération fiscale concernant un sous-produit de l'huile de palme ait été conservée, comme le confirme une note de la direction générale des douanes et droits indirects.

C'est Mediapart qui s'est procuré cette note et qui a révélé l'affaire ce vendredi, expliquant qu'elle concerne les acides gras de palme, aussi appelés PFAD, qui sont les produits issus de l'huile de palme servant justement à fabriquer le biocarburant. Ces PFAD pourront, toujours selon cette note, bénéficier du régime fiscal incitatif à l'incorporation des agrocarburants dès le 1er janvier 2020. C'est l'ONG Canopée, spécialisée dans la défense de la forêt, qui a transmis cette note à Mediapart, et s'agace de voir le gouvernement trouver le moyen de faire des cadeaux à des entreprises comme Total, en dépit du bon sens et du vote de l'Assemblée nationale.

"Le gouvernement tente de jouer sur les mots en expliquant que les PFAD ne sont pas de l’huile de palme mais des 'résidus acides produits lors du raffinage de l’huile de palme brute'. Or les PFAD ne sont pas des 'résidus' mais des co-produits d’huile de palme séparés de l’huile de palme brute par distillation lors de l’extraction", explique l’ONG, dénonçant un produit "déjà valorisé pour de nombreuses utilisations, notamment dans l’alimentation animale, la cosmétique ou l’industrie chimique. Une hausse de leur utilisation se traduirait inévitablement par une hausse de la déforestation."