Les constructeurs peinent à s'entendre...

La crise économique que s'apprête à traverser le secteur de l'automobile n'est pas encore prioritaire face à celle, sanitaire, qui se joue actuellement dans la lutte contre le COVID-19. Cependant, les constructeurs s'affairent déjà à réfléchir à l'après, et le plan de réduction des émissions de CO2 que l'Europe a mis en place, qui impliquait déjà des dépenses phénoménales pour les groupes, et surtout ceux s'y étant pris tardivement, leur paraît désormais difficile à tenir.

L'ACEA (l'Association des Constructeurs Européens d'Automobiles) a envoyé une lettre à la Présidente de l'Union Européenne pour alerter de la situation, même s'il assure que ça ne remet pas en cause sa "lutte contre le changement climatique et pour la protection de l'environnement". Mais les normes CAFE (Corporate Average Fuel Economy), définissant les seuils d'émissions polluantes à ne pas dépasser en moyenne pour les constructeurs, semblent désormais inatteignables pour certaines marques, puisque les dépenses engendrées pour s'y conformer ne semblent pas envisageables dans les prochains mois, alors que ces normes doivent être appliquées dès l'année prochaine, et se durcir progressivement lors des années suivantes.

La lettre est co-signée par plusieurs associations, mais le premier signataire n'est autre que Mike Manley, président de l'ACEA, mais surtout président de Fiat Chrysler Automobiles, un des groupes les moins en avance sur cette fameuse mise aux normes écologique. L'association rappelle dans sa lettre que la crise "compromet nos plans de préparation à la conformité aux existantes et futures lois et régulation de l’UE dans les délais impartis. Nous pensons que des ajustements devraient être faits quant à ces délais."

Mais l'ACEA pourrait bien faire face à des difficultés pour faire valoir ses craintes aux autorités, car des constructeurs se sont déjà désolidarisés de ladite lettre, à l'image de Mitsubishi. Le président de la marque en France, Patrick Gourvennec, a déclaré à nos confrères du Journal de l'Automobile que sa marque ne s'inquiétait pas : "Nous comprenons la démarche mais ne sommes pas concernés puisque nous sommes dans les clous. Nous sommes le constructeur le plus vertueux, hormis les marques tout électrique."

Même son de cloche chez PSA, qui fait partie de l'ACEA, puisqu'un porte-parole de la marque a déclaré : "Nous avons engagé depuis bien longtemps maintenant l’atterrissage au 1er janvier 2020 afin que nos performances soient adéquates dès ce premier jour de l’année 2020. Il s’agit d’un avantage concurrentiel pour nous, résultant d’un travail de longue haleine des équipes à la fois pour proposer des véhicules électrifiés mais aussi pour rendre les plus vertueux possible nos thermiques. Il n’est pas question de mettre en cause cette stratégie. Mais nous comprenons que certains constructeurs veuillent saisir cette opportunité."