La communication de plusieurs membres du gouvernement laisse peu de place au doute.

Pour permettre de renouveler le parc automobile, le gouvernement a déjà eu recours à de nombreuses manœuvres économiques afin d'inciter les usagers à changer pour un véhicule moins polluant. Système de bonus/malus, prime à la casse (bien que celle-ci était destinée à limiter le contrecoup de la crise sur le secteur automobile à la fin de la précédente décennie) et plus récemment prime à la conversion, le gouvernement est souvent assez imaginatif à ce sujet. Et les automobilistes lui rendent parfois bien, trop bien même, à tel point que le gouvernement envisage de revoir les règles de la prime à la conversion vers les véhicules moins polluants.

Comme l'évoque la ministre des Transports Élisabeth Borne au micro de la radio France Info, "certaines attributions ne sont pas dans l'esprit des intentions initiales", précise-t-elle avant d'ajouter que la prime à la conversion rencontre un "grand succès" : "Cette prime a un grand succès, mais il y a un certain nombre d'utilisations qui ne sont pas dans l'esprit de ce qu'on avait voulu", a affirmé la ministre. "Quelques dizaines de Français ont acheté des véhicules à plus de 50'000 euros et d'autres diesel pas très récents. On va regarder les critères pour s'assurer qu'on atteint bien la cible, c'est-à-dire des véhicules vraiment plus propres", a ajouté Élisabeth Borne.

Du côté du ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, même son de cloche : "Quand vous avez des véhicules qui coûtent 40, 45, 50'000 euros, qui peuvent bénéficier de la prime à la conversion, je ne suis pas sûr que les personnes qui achètent ces véhicules aient besoin de la prime à la conversion", a-t-il déclaré sur les antennes de BFM TV. "Pour maintenir cette prime à la conversion (...) pour les ménages les plus modestes, il faut la recentrer", a-t-il ajouté, tout en évoquant une mesure de "justice, au cœur de notre politique économique".

Rappelons que la prime à la conversion a pour but de remplacer un véhicule ancien par un modèle moins polluant, qu'il soit thermique ou électrique, tout en respectant les conditions Crit'Air 1 ou 2. Mais, selon le gouvernement, 48 % des achats se font sur des véhicules d'occasion, diesel qui plus est, ce qui a de quoi mettre du plomb dans l'aile à l'esprit même de cette prime. Pour rappel, la prime à la conversion est proposée à 20 % des foyers les plus modestes et peut atteindre 4000 euros pour la mise en rebut d'un ancien véhicule et l'achat d'une essence ou d'un diesel plus récent, et jusqu'à 5000 euros pour une voiture hybride ou électrique. Pour prendre connaissance de toutes les conditions nécessaires, le gouvernement a mis à disposition un site internet expliquant ainsi les véhicules concernés et les démarches à effectuer.

En 2018, près de 250'000 Français ont pu bénéficier de la prime à la conversion, soit un coût de 500 millions d'euros pour le gouvernement. En 2019, le gouvernement table sur un investissement de 600 millions d'euros, mais visiblement il sera assez largement dépassé puisque, selon nos confrères du Parisien, 220'000 demandes ont été déposées à la fin juin. Si ce rythme continue, près de 450'000 dossiers seront déposés avant la fin de l'année, soit un coût estimé à un peu moins d'un milliard d'euros. Nul doute dans ce cas que la prime à la conversion soit révisée pour l'année 2020, tout comme d'autres systèmes jugés trop avantageux cela dit. Effectivement, avec l'arrivée de modèles électriques plus "abordables" comme la Peugeot e-208 ou encore l'Opel Corsa-e, le gouvernement ne devrait pas conserver très longtemps le bonus écologique de 6000 euros pour l'achat d'un véhicule électrique neuf.

Source : France Info, BFM TV, Le Parisien

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