"Le modèle financier de Nissan en Europe sera en danger."

Le spectre d'un Brexit sans accord, c'est-à-dire une sortie totale de l'Europe pour le Royaume-Uni, sans aucun accord avec l'Union Européenne, pèse de plus en plus sur les différentes industries, alors que le premier Ministre Boris Johnson refuse toute concession à ce sujet. Mais une telle décision aura un impact énorme sur les constructeurs basés au Royaume-Uni, avec des frais de douanes fixés par l'Organisation mondiale du commerce s'élevant à 10 % sur le prix des voitures qui y seront fabriquées, puis importées dans l'Union.

C'est le cas de Nissan, qui possède à Sunderland la plus grosse usine automobile du pays avec près d'un tiers des 1,5 milliard de voitures fabriquées dans le pays l'an dernier, et qui s'inquiète de ce qui va advenir notamment de son nouveau Juke, fabriqué dans cette usine. La production de celui-ci a coûté 100 millions de livres (113 millions d'euros) en investissement au constructeur, qui avait été encouragé dans les années 80 par Margaret Thatcher à implanter sa base européenne à Sunderland.

"Si nous sommes dans une situation où, demain, nous devrons appliquer 10 % de frais d'exportation à 70 % de notre production, le modèle financier entier de Nissan en Europe sera en danger", alarme Gianluca de Ficchy, le président de Nissan Europe. "S'il n'y a pas d'accord, et un Brexit sans accord sera associé aux frais de l'Organisation mondiale du commerce, ça ne sera pas tenable pour nous."

L'avenir du Qashqai n'est pas remis en cause

La production de l'usine devrait déjà ralentir cette année et avec des taxes supplémentaires, ainsi que de possibles difficultés d'acheminement dues au passage des futures douanes en place en cas d'absence d'accord, elle sera encore réduite en 2020 et après. Nissan étudie différentes options mais demande à ce que ces taxes ne soient pas appliquées, dans ce cas exceptionnel de rupture entre le Royaume-Uni et l'Europe.

La prochaine génération du Qashqai doit également être fabriquée à Sunderland et implique 6000 emplois sur le site britannique. Et si l'entreprise souhaite poursuivre ses investissements au sujet de son SUV, elle assure que des décisions au sujet de son usine seront prises à l'avenir, même si cela nécessite du temps : "Nous sommes conscients du besoin de réagir rapidement. Mais dans le même temps, aucune décision ne doit être prise, du fait de la complexité autour de ce scénario."