Une gueule d'enfer, un gros V8 et un prix attractif : voici la Ford Mustang.

L'essai d'une Mustang est toujours un moment particulier, à plus forte raison lorsqu'il s'agit de la version GT équipée d'un V8 5 litres de 421 ch. C'est donc avec une grande joie que nous avons récupéré les clefs de cet exemplaire en finition Black Shadow Edition. Sur le plan esthétique, il n'y a pas grand-chose à redire, cette génération dégage une impression de bestialité digne de son patronyme équivoque. Mais qu'en est-il sur la route ? La Mustang est-elle une sportive accomplie ? Affiche-t-elle la rigueur des productions européennes ? C'est ce que nous allons voir dans cet essai, qui débute par un petit paragraphe dédié à l'histoire du mythe.

Un peu d'histoire pour commencer

Dans les années 60, Ford et Lee Iacoca veulent s'adapter aux aspirations d'une jeunesse américaine en quête de sensations fortes. Le constructeur américain perçoit dès lors le potentiel économique d'une sportive aux tarifs contenus, une formule jusqu'alors inconnue dans l'industrie automobile américaine. Ainsi naît l'une des voitures les plus emblématiques du XXe siècle : la Mustang.

Ford Mustang
Ford Mustang

L'épopée commence en 1964, lorsque la première génération de pony car voit le jour. Son succès retentissant confirme que la recette de Ford était la bonne. Un gros moteur (en l'occurrence des six ou huit cylindres) dans une voiture abordable mais séduisante, les amateurs de conduite n'en demandaient pas tant ! Au terme de sa carrière, en 1973, la Mustang Mk1 a séduit presque trois millions d'automobilistes.

La deuxième génération (1974-1978) connaît des jours difficiles et doit faire face à des critiques portant sur son design – jugé moins réussi – et ses performances moindres. La crise du pétrole est passée par là et les moteurs sont effectivement moins ambitieux, ce qui n'empêche pas la Mustang II de connaître une carrière honorable. Plus anguleuse, la troisième génération prend le relais en 1979. Elle n'a pas été non plus le meilleur cru de Mustang, en raison notamment de performances assez moyennes.

La quatrième mouture voit le jour en 1994. Cette fois, il n'est plus question de traits taillés à la serpe mais plutôt de courbes arrondies, caractéristiques du bio-design alors en vogue. Plus moderne sur le plan technique, plus performante, elle fait globalement honneur à son blason. Puis vient en 2005 le tour de Mustang V, symbole d'une virilité retrouvée. Équipée d'un nouveau moteur, elle poursuit sa route jusqu'en 2015, avant que la génération actuelle ne prenne la relève.

Ford Mustang
Ford Mustang
Ford Mustang
Ford Mustang

Une légende toujours fringante

La Mustang nous attend, tapie dans l'ombre d'un parking souterrain. Ses lignes musclées impressionnent, tout comme ses dimensions inhabituelles. En fait, c'est surtout la longueur du capot avant qui déstabilise de prime abord, notamment lors des premières manœuvres effectuées. Mais que voulez-vous, il fallait bien cela pour abriter l'énorme V8 atmosphérique cubant à 4951 cm3.

Essai - Ford Mustang V8 Black Edition

Ce goût du spectacle se retrouve aussi à l'intérieur, et c'est tant mieux. Une fois installé derrière le volant, vous comprenez immédiatement que vous avez affaire à une voiture de sport. Massive, la planche de bord offre ce qu'il faut d'exotisme sans tomber dans les excès des vieilles américaines. En d'autres termes, les assemblages et la qualité des matériaux sont satisfaisants, compte tenu du prix de la voiture. Les boutons poussoirs sur la console centrale et la petite plaque "Mustang, since 1964" côté passager témoignent d'un certain souci du détail qui flatte la rétine. Et puisque la plupart des commandes tombent bien sous la main, on peut affirmer que la Mustang réserve un accueil de qualité.

Essai - Ford Mustang V8 Black Edition
Essai - Ford Mustang V8 Black Edition

En revanche, oubliez les virées à quatre. Les deux places arrière sont minuscules et ne conviendront qu'à des enfants en bas-âge. Mieux vaut se contenter de plaisirs égoïstes, seul ou à deux, d'autant que le coffre généreux accueillera tout le nécessaire pour les longs périples.

Une brute bien éduquée...

Les premiers kilomètres de notre essai se déroulent aux abords de Paris. En d'autres termes, nous découvrons cette méchante sportive américaine sur le périphérique embouteillé de la capitale. Pas forcément idéal... mais pas un cauchemar pour autant ! Car de façon assez surprenante, la Mustang évolue dans cet univers hostile avec une relative aisance. Elle accepte volontiers les bas régimes et offre dans le même temps un confort ferme mais tout à fait convenable. Et les petites accélérations permettent déjà d'apprécier ses vocalises.

Le bon guidage de la boîte de vitesses aux verrouillages fermes met également en confiance le conducteur, qui savoure par ailleurs les premiers pouces levés sur son passage. Une fois sortie de la rocade, la Mustang découvre les joies de la circulation dans Paris intra-muros : feux tricolores, rues étroites, conducteurs pressés, tout ce que pourrait finalement redouter une américaine taillée pour les grands espaces. Mais là aussi, la voiture s'en sort convenablement, essentiellement grâce à la souplesse de son V8, qui ne dévoile ici qu'une petite partie de ses talents. Cela dit, son interminable museau réclame une attention de tous les instants, d'autant que les radars de stationnement brillent par leur absence à l'avant. Et le rayon de braquage très important ne facilite pas la tâche non plus...

Essai - Ford Mustang V8 Black Edition

... mais toujours sauvage

Mais après tout, ce sont là des défauts mineurs sur une voiture de ce genre. Ce qu'on demande à une Mustang, c'est avant tout d'offrir son lot de sensations fortes lorsque l'horizon se dégage. Et sur ce point là, l'américaine fait honneur à la réputation de ses aînées. Il suffit d'enfoncer la pédale d'accélérateur un bon coup pour s'en convaincre : votre corps se retrouve projeté contre le dossier et vos oreilles se délectent d'une sonorité sensationnelle. Les 421 chevaux retrouvent le sourire, ils peuvent enfin étaler leur force sans limite. Et de la force, ils ont en indéniablement, comme l'illustre par exemple le 0 à 100 km/h en 4,8 secondes ! 

Essai - Ford Mustang V8 Black Edition
Essai - Ford Mustang V8 Black Edition
Essai - Ford Mustang V8 Black Edition

L'aiguille du compte-tours atteint des sommets en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. Quand vient le moment de passer le rapport supérieur, le conducteur n'a qu'à se saisir du petit levier de vitesses tombant parfaitement sous la main. Son maniement ferme participe au plaisir ressenti et procure un soupçon de virilité supplémentaire à une voiture qui n'en manquait certes pas.

Sur autoroute, il suffit de tomber un rapport pour faire rugir à nouveau le moteur et effacer en un rien de temps le gros SUV qui vous bouchait l'horizon. Et chaque sortie de péage est l'opportunité de solliciter vaillamment le V8 américain qui ne s'essouffle jamais. Néanmoins, il ne faut pas oublier que nous sommes au volant d'une propulsion, avec tous les risques d'acrobatie que cela comporte, notamment sur bitume mouillé... Heureusement, l'ESP veille au grain et rattrape les dérives du train arrière. Les plus courageux pourront s'amuser à le désactiver grâce au mode Sport. À leurs risques et périls !

Essai - Ford Mustang V8 Black Edition

Les routes secondaires sont également un terrain de jeu adapté à la Mustang. Les changements de rythme inhérents au tracé des départementales permettent d'apprécier tout à la fois un freinage performant, des liaisons au sol efficaces et – surtout – de délicieuses montées en régime et le son qui va avec.

Indéniablement, cette sixième génération dispose d'un châssis affûté et efficace, ce qui n'a pas toujours été le cas avec la Mustang. Cela étant, elle n'est pas vraiment une adepte des enchaînements de virages serrés, en dépit d'une direction précise. On peut parfois ressentir une certaine sensation de lourdeur provenant surtout du train avant. Le poids du V8 n'y est sans doute pas étranger.

Pour le reste, les mouvements de caisse sont contenus sans que cela nuise vraiment au confort, vraiment correct pour une voiture de cet acabit. Bref, il s'agit d'une compagne agréable pour les promenades dominicales à la campagne, même si la consommation s'envole rapidement dès que l'on sollicite vraiment le moteur.

Conclusion

La remise des clefs à Ford ne se fait pas sans un petit pincement au cœur. Une âme, de l'insouciance, de la testostérone, la Mustang a décidément tout pour séduire les amateurs de conduite. Son principal point fort est indéniablement son rapport prix/plaisir de conduite qui semble à peu près imbattable en l'état actuel des choses. Une vraie sportive avec un moteur huit de cylindres de 421 ch pour moins de 60'000 euros, cela ne court pas les rues. Hélas, le terrible malus de 10'000 euros gâche un peu la fête. En outre, la consommation importante (environ 15 litres/100 km lors de notre essai) ternit également le bilan financier, mais que voulez-vous, on ne goûte pas aux plaisirs du gros V8 américain impunément !

Essai - Ford Mustang V8 Black Edition
Essai - Ford Mustang V8 Black Edition

Aujourd'hui, la Mustang fait un peu figure de dinosaure dans une industrie automobile de plus en plus policée. Et c'est justement ce petite côté politiquement incorrect qui fait tout son charme. Mais rassurez-vous, on ne l'apprécie pas simplement pour sa ligne bestiale et son gros moteur aux vocalises enchanteresses, deux vraies qualités certes mais qui ne pourraient résumer à elles seules la voiture. La Mustang est en effet une sportive homogène qui s'apprécie dans sa globalité. La quête de performances et d'efficacité ne s'est pas faite au détriment du confort et d'une certaine polyvalence. Mais pour profiter du potentiel de sa mécanique, mieux vaut délaisser les centres-villes et se diriger vers des horizons plus dégagés. Vous pourrez alors découvrir le plaisir automobile tel que le conçoivent les constructeurs américains : brutal, presque déraisonnable, mais aussi terriblement envoûtant.

 
Points positifs Points négatifs
Performances/Agrément        Places arrière étriquées         
Sonorité Gourmande
Prix compétitif Soumise à un malus de 10'000 euros

Ford Mustang GT Fastback V8 5 litres

Moteur électrique Essence atmosphérique, 8 cylindres en V, 5 litres
Puissance 421 ch / 524 Nm
0-100 km/h 4,8 secondes
Vitesse de pointe 250 km/h
Transmission Boîte manuelle à six rapports
Type de transmission Propulsion
Poids 1720 kilos
Volume de coffre 408 litres
Places 4
Economie de carburant Urbain : 20,1 l/100 km / Extra-urbain : 9,6 l/100 km / Mixte : 13,5 l/100 km
Prix de base 43'900 euros
Prix de la version testée 47'850 euros

Essai - Ford Mustang V8 BlackShadow Edition