Le mouvement de grève de samedi a été peu suivi, malgré l'inquiétude.

Du côté parisien, c'est à l'aéroport Charles-de-Gaulle qu'a eu lieu ce samedi une action de grève de certains chauffeurs, visant à bloquer les véhicules VTC se dirigeant vers Paris. Leur objectif final : obtenir un tarif minimum, déjà réclamé depuis de nombreux mois.

Mais très clairement, à Paris comme ailleurs, le mouvement a été peu suivi. À Paris, les chauffeurs ont levé le barrage dès la mi-journée pour se diriger vers Bercy, où ils ont été reçus par un proche de la ministre des transports, Elisabeth Borne. Le préavis de grève a été officiellement levé suite à ce dialogue.

Les effets de la loi Grandguillaume

Le conseiller de la ministre s'est en effet engagé à ouvrir le dialogue entre tous les acteurs du secteur concernant l'éventuelle mise en place d'une tarification minimale. Une initiative accueillie positivement, au cœur d'une situation rendue plus complexe encore depuis la mise en place de la loi Grandguillaume, qui bannit les chauffeurs salariés ayant le statut Loti, la Loi d'orientation des transports intérieurs distinguant les véhicules de tourisme destinés au transport de personnes autorisés à stationner sur la voie publique des autres.

Le journal Le Monde rappelle ainsi que la loi a entraîné la disparition de 5 à 6000 chauffeurs Uber du jour au lendemain, sur un total n'avoisinant désormais plus que les 20'000. Et la situation ne serait guère plus évidente pour les entreprises plus modestes, qui peinent à répondre à la demande.

Uber

C'est évidemment en région parisienne que les conséquences de la loi se font le plus sentir, entraînant des temps d'attente forcément rallongés, tandis que les prix ont eux tendance à augmenter, l'offre étant plus réduite. Plusieurs milliers de chauffeurs seraient aujourd'hui dans l'attente de l'obtention du statut Loti, ce qui pourrait partiellement régulariser la situation actuelle.

Le tarif minimum oppose les chauffeurs

Au sein de la corporation, la situation est décidément complexe puisque la question de la mise en place d'un tarif minimum n'apaise pas les tensions, bien au contraire.

Une partie des chauffeurs exprime depuis plus d'un an que leurs revenus ne sont pas suffisants pour faire face à leurs charges qui, elles, ne font qu'augmenter au fil des années. L'Union des VTC estime ainsi qu'un tarif minimum de 12 euros pour les conducteurs devrait être mis en place, en plus des tarifications d'1,50 euro/kilomètre, de 50 centimes/minutes et de 2 euros pour la prise en charge.

Autrement dit, l'Union des VTC réclame l'obtention de conditions financières équivalentes à celles des taxis. Actuellement, un chauffeur Uber gagnerait ni plus ni mois que la moitié seulement du tarif minimum d'un chauffeur Allocab, qui ne franchit pourtant pas la barre des 10 euros. En moyenne, les revenus nets d'un chauffeur VTC n'atteignent pas le SMIC.

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Pourtant, certaines sociétés sont bien plus sceptiques quant à la mise en place d'un tarif minimum, ce qui explique pourquoi les mouvements de grève ont été si peu suivis, excepté à Nice. L'entreprise Heetch explique ainsi qu'elle se méfie de l'idée, craignant que la mise en place d'un tarif minimum trop élevé ne réduise considérablement la demande. Et il est difficile de lui donner tort, puisque le nombre de clients semble augmenter en fonction de la baisse des tarifs, comme l'a bien démontré le phénomène Uber ces dernières années.

En conclusion, il y a fort à parier que la mise en place d'un tarif minimum soit envisagée, mais que la question risque bien d'être débattue longtemps encore entre les différents acteurs du secteur, tant l'équilibre entre l'offre et la demande demeure complexe dans ce domaine.