Une course de 12 Heures, midi-minuit.

Quelques semaines après avoir accueilli le Grand Prix de France de Formule 1, le circuit Paul Ricard du Castellet recevait les Rencontres Peugeot Sport et les pilotes de la Peugeot 208 Racing Cup. Le point d’orgue de ce week-end du 20 et 21 juillet 2019 était sans nul doute la course de 208 Relais, une épreuve d’endurance de 12h au format midi-minuit. A cette occasion j’ai pu prendre part à l’événement pour une découverte en immersion totale de cette formule de promotion qui a plus de 40 ans. Avec la chance d’avoir été intégré au team Peugeot Sport, dans la voiture N°208 avec Teddy Clairet (pilote Peugeot Sport), Romain Vannier (journaliste) et Gil Leon (journaliste).

Immersion 12H du Castellet 2019

La firme française entretient une relation étroite et soignée avec ses clients du pôle compétition, qui depuis 2013 s’affrontent chaque saison sur les circuits français au volant de la 208 Racing Cup, en catégorie Sprint ou Relais. Peugeot a développé un véritable jouet. Même si sur le papier il pourrait y avoir de quoi lever un sourcil interrogatif avec un moteur 1,6l atmo qui délivre 140 chevaux, une boîte 5 en H de série et un poids à vide de 960 kg minimum. Cette première énumération devient un détail après quelques tours de pistes et une brève prise en main. La force de cette formule de promotion est ailleurs que sur la performance pure. Elle est dans un temps de roulage conséquent sur chaque week-end de course. Pour ma part j’ai roulé quasiment 5h entre le début des essais libres le vendredi matin et la fin de la course, le dimanche à minuit.

Le nombre de voitures engagées en Relais est aussi un vrai plus, on ne s’ennuie jamais en piste quand il y a 62 voitures réparties sur plus de 5 kilomètres. Enfin les coûts contenus, une véritable volonté de Peugeot Sport, permettent de vivre l’expérience de la course automobile de manière accessible. Une course de Relais sur la saison coûte 7000€ par voiture, les équipages pouvant être composés de 2 à 6 pilotes.

Immersion 12H du Castellet 2019

En plus de tout ça on parle bien ici d’une "formule de promotion". La catégorie Sprint est le premier barreau de l’échelle des Rencontres Peugeot Sport, laquelle peut mener au statut de pilote officiel. En témoigne mon coach de luxe du week-end, Teddy Clairet. Le pilote francilien, qui a débuté dans la structure familiale, a tout d’abord été titré en 2014 lors de ces Rencontres Peugeot Sport, catégorie Sprint. En 2017 il prend part à la 308 Racing Cup et il décroche deux couronnes l’année suivante, celle de champion Junior et celle de champion au général de la saison 2018. C’est logiquement qu’on le retrouve en TCR Europe en 2019 au volant d’une 308 TCR, celle offerte par Peugeot Sport à l’issue de son succès de l’année passée. Deux niveaux d’implications sont donc possibles pour tous les pilotes. L’envie de percer et atteindre un niveau professionnel ou un engagement loisir qui n’enlève rien pour autant à l’envie de bien figurer dans la meute.

Immersion 12H du Castellet 2019
Immersion 12H du Castellet 2019

C’est en passager, avec Teddy Clairet que je découvre le tracé du Paul Ricard, le même que celui emprunté par Lewis Hamilton et ses dix-neuf adversaires 1 mois auparavant. 5,861 km, quinze virages et encore plus d’informations à emmagasiner avant de prendre le volant quelques minutes plus tard. Comme souvent quand on regarde faire les sportifs doués, tout semble simple et limpide. La réalité est tout autre : il ne me faut pas plus d’un tour pour être piégé dans le double droite du Beausset et partir en tête à queue. Lui et moi on ne sera pas très copain au début mais finalement c’est peut-être l’un des endroits où je prendrai le plus de plaisir sur le circuit, avec son freinage important après avoir passé la courbe de Signes à fond.

Malgré un premier run d’essai libre peu concluant en termes de chronos, les sensations sont déjà là. L’ambiance dans l’habitacle est véritablement celle d’une voiture de course, tout est dépouillé. Le baquet, l’arceau, un volant, un boîtier électronique pour démarrer et un tableau de bord qui donne les informations principales (tour/minutes, vitesse, temps au tour, pit limiter). Voilà de quoi est composé l’intérieur de la 208 Racing Cup. Tout ce vide à l’intérieur donne un écho sympathique au moteur et une sonorité de vraie voiture de course. Je reprends le volant un peu plus tard et commet encore des erreurs mais la vitesse vient petit à petit et j’apprends le circuit au fur et à mesure, en trouvant mes repères.

Immersion 12H du Castellet 2019
Immersion 12H du Castellet 2019

La fin de journée est l’occasion de bien débriefer avec toute l’équipe et prendre de précieux conseils de pilotages. Je passe la soirée à retenir sur quel rapport rentrer dans chaque courbe pour être un peu plus performant le lendemain en qualifications.

La place sur la grille est déterminée par le temps moyen des quatre pilotes de l’équipe. Malheureusement un problème technique nous empêche de terminer cette séance qualificative. Le travail effectué par les mécaniciens de l’équipe est rapide et efficace, et nous permet d’être dans les temps et de rejoindre notre place en fond de grille pour le départ. Teddy se charge du début de course, il a tout le peloton devant lui. Parti sur un rythme qui est celui des leaders, il remonte les adversaires un par un pour venir se placer en vingt-et-unième position (sur 62). Pendant ce temps, je me prépare à lui succéder en piste. Les premiers arrêts aux stands débutent.

Immersion 12H du Castellet 2019
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Dans notre équipe la durée d’un relais est établie à une heure. Ce qui soulève une première interrogation pour la majorité des pilotes de l’équipe : va-t-on tenir sur la durée ? Ce n’est pas l’engagement physique que demande la voiture qui inquiète mais plus le niveau de concentration exigé en piste, pour garder une certaine régularité. En plus de ça, il fait relativement chaud, le thermomètre affiche trente-et-un degrés à l’extérieur quand vient mon tour. Les règles établies par Peugeot Sport sont claires pour les arrêts aux stands : chaque changement de pilote doit être fait en un minimum de 3’30, entre l’entrée et la sortie des stands; un minimum de 11 arrêts aux stands est imposé par voiture, les éventuels drive-through ou stop & go ne comptent pas pour un arrêt; enfin trois escales techniques sont obligatoires, d’une durée de 8’30 chacune. Le temps de faire une vérification complète des principaux éléments de sécurité de la voiture et de changer les pneus avant. S’il n’y a pas de limite au nombre de changements de pneus, les 208 Racing Cup sont chaussées de pneus de série, Michelin Pilot Sport 3. Une autre manière de contenir les coûts et de s’assurer que tout le monde est sur un même pied d’égalité.

Immersion 12H du Castellet 2019
Immersion 12H du Castellet 2019

Je prends le volant à 13h, sans avoir pu rouler depuis les essais libres, me voilà en course, dans le peloton. Ce premier relais ne me satisfait pas. Je suis trop brusque avec la voiture ce qui m’amène à commettre pas mal d’erreurs. Néanmoins je prends du plaisir, c’est une voiture ludique et saine en comportement. Rouler en groupe, c’est aussi une expérience en soi. Il est impossible d’avoir un tour clair, entre les dépassements effectués et les dépassement subis, mais le comportement global des pilotes est respectueux, tout le monde a envie de rallier l’arrivée. A l’issue de ce run j’effectue un long debriefing avec Teddy Clairet qui est un coach en or pour une telle expérience. Il prend le temps de m’écouter et de m’expliquer comment placer la voiture en entrée de virage, sur les freins en la laissant se mettre en appui pour qu’elle pivote et pouvoir réaccélérer les roues droites le plus tôt possible. Le petit moteur oblige à avoir une conduite souple, sans mettre trop de contrainte sur le train avant pour avoir plus de motricité. Il faut utiliser toute la largeur de la piste, sans hésiter à aller chercher les vibreurs assez loin en sortie pour libérer le plus tôt possible la voiture. Les autres relais s’enchaînent jusqu’à ce que la nuit arrive et que je monte une dernière fois dans l’auto.

Immersion 12H du Castellet 2019

Aux alentours de 21h, je prends place dans le baquet. Le soleil est tombé derrière les collines qui font face à la ligne droite des stands. Le ciel se colore de teintes de fin de journée. En passionné de sport mécanique une seule image me vient en tête, les 24 Heures du Mans. Toutes proportions gardées. Mais je sais que je vais prendre du plaisir sur ce relais, seulement par l’ambiance qui s’en dégage. La luminosité est entre chien et loup. Je mets en application tout ce que j’ai appris pendant le week-end. Je prends confiance en la voiture. L’arrière est joueur mais il n’est pas traître. Je laisse plus vivre l’auto, ce qui me vaut malgré tout quelques figures, mais sans aller jusqu’au tête à queue, je retarde mes freinages. J’améliore encore mon meilleur chrono dans ce dernier relais et termine avec un modeste 2’55'’732 quand le meilleur tour en course est signé par Aurélien Comte en 2’49’’301. Je comprends définitivement le succès des Rencontres Peugeot Sport : peu importe le niveau de pilotage, les sensations sont là et elles viennent rapidement. C’est immersion totale dans la course automobile.

Galerie: Immersion 12H du Castellet 2019