Dans la rubrique "Sortie de route", nous reviendrons sur les mésaventures rencontrées par certains modèles lors de leur carrière, leur lancement ou tout simplement, les scandales qui ont pu émailler l'Histoire de l'automobile.

À la fin des années 1990, Peugeot, Renault et Citroën ont encore de grandes ambitions sur le marché des berlines dites routières. Un segment concurrentiel, d'apparat, en pleine mutation, avec l'arrivée des monospaces compacts, familiaux, plus pratiques, et bon marché. Depuis quelques années, les Allemands, déjà bien présents, appuient leur domination avec la BMW Série 5, la Mercedes Classe E ou l'Audi A6. Des autos dynamiques, à gros moteurs.

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Face à eux, les Français opposent des autos plus confortables, avec des moteurs certes plus modestes, mais pas non plus ridicules. La XM, la Safrane ou encore la 605 proposent une vision différente du haut de gamme, que l'on pourrait qualifier de "à la française". Seulement, la dernière citée, la 605, commence à bien vieillir. Sortie en 1989, Peugeot compte bien la remplacer par quelque chose de plus moderne !

1999 - Peugeot 607
1999 - Peugeot 607
1999 - Peugeot 607
1999 - Peugeot 607
1999 - Peugeot 607
1999 - Peugeot 607

C'est ainsi que la marque de Sochaux présente la Peugeot 607, au salon de Francfort, à l'automne 1999. La voiture reprend un design général entamé avec la 206, et s'offre une ligne très dynamique, avec ses grands feux en amande à l'avant. Pour remplacer la sage 605, la ligne plutôt sportive de la 607 reçoit un accueil favorable du public et de la presse, même si on peut lui reprocher son manque d'audace, et son poids sur la balance. Le mal des autos de l'époque. La lune de miel dure. Jusqu'au mois de mars 2000.

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Dérapage incontrôlable

1999 - Peugeot 607

Catastrophe. Ce mardi 7 mars, Auto Plus met à sa Une l'une des berlines de la marque française en fâcheuse posture, avec ce mot "Catastrophe", inscrit en grand. Lors de l'un des tests de tenue de route du magazine, la voiture s'est mise sur deux roues. Pire, sur l'ensemble des essais dynamiques proposés par l'hebdomadaire, la 607 n'en réussit aucun, présentant un comportement piégeur, voire dangereux.

1999 - Peugeot 607
1999 - Peugeot 607

Lors du test du lever de pied en virage, l'arrière se dérobe. À celui de la baïonnette, il faut batailler pour maintenir la berline, quant à celui du slalom, c'est le plus parlant, avec cette image de la voiture sur deux roues. Certes, les tests imposés par le journal sont difficiles, mais à vitesse égale, Safrane, A6 et autres Rover 75 les franchissent. Les versions avec ESP sont un peu plus stables, mais c'est tout de même très fébrile.

En revanche, d'autres magazine, comme Turbo, reviendront aussi sur cette fameuse tenue de cap douteuse de la grande berline. Dans leurs tests, les journalistes de M6 constatent une vivacité de la voiture, mais pas autant qu'Auto Plus.

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"Irréprochable"

Le "scandale" fait pourtant mal pour Peugeot. Une marque qui a toujours su mettre en avant les qualités dynamiques de ses autos. La presse générale s'empare du sujet, même les Guignols de l'Info, sur Canal +, en parleront !

Le constructeur réagira très vite, avec une communication judicieuse. Dans un premier temps en arguant que "les véhicules essayés par la presse sont des pré-séries non encore commercialisables". Deux jours plus tard, la marque française annonce dans des encarts publicitaires : "La Peugeot 607 sera irréprochable."

Par chance, le problème est annoncé deux mois avant la commercialisation de l'auto. Et Peugeot s'attaque à corriger ces soucis de tenue de route. Nouveaux réglages, changement de fournisseur de pneumatiques. Plusieurs solutions sont adoptées, si bien qu'en mai, la 607 a retrouvé une certaine stabilité. "Tout ce que nous avons fait entre les pré-séries et les voitures que nous commercialisons a permis de régler les problèmes qui avaient été évoqués", déclarait ainsi le directeur général de la marque à l'époque, Frédéric Saint-Geours.

1999 - Peugeot 607
1999 - Peugeot 607
1999 - Peugeot 607

Néanmoins, les images de cette 607 en mauvaise posture resteront longtemps en tête. D'autant qu'un défaut de tenue de route est également détecté sur la 406. Pas une bonne période pour Peugeot, pourtant constructeur réputé pour la tenue de route de ses voitures.

Cette mésaventure ne sera probablement pas la raison de la "mévente" de la 607 (168'875 exemplaires tout de même, contre 254'501 exemplaires pour la 605), cependant. Comme la Renault Vel Satis et la Citroën C6, qui arriveront un peu plus tard, les voitures de haut de gamme en France ne se vendront pas aussi bien qu'espéré. Pour ces trois marques, ce sera le chant du cygne sur le segment des routières. Leurs autos n'étant pas remplacées par la suite. Dommage que pour la dernière de Peugeot, cela ait commencé par une mauvaise pirouette.

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