Les employés ne le voient pas d'un bon œil...

Chez Michelin comme dans toute l'industrie automobile, les usines sont à l'arrêt pour lutter contre le coronavirus qui sévit actuellement dans le monde entier et pour endiguer la pandémie en cours. Mais le Bibendum ne l'entend pas de la sorte et veut relancer sa production rapidement, en bonne partie, afin de limiter les pertes financières. De fait, une partie des employés ont déjà repris le chemin de lignes de production, et plus de la moitié d'entre eux devrait être opérationnelle à la fin du mois, selon le directeur de la marque.

"D'ici la fin du mois, si tout va bien, 55 % à 60 % de l'effectif aura repris et l'ensemble des sites français sera à nouveau en capacité de produire", explique Florent Menegaux. "On se prépare progressivement à redémarrer nos usines, bien sûr, au fur et à mesure où les marchés vont se développer. On terminera probablement avec les usines qui fabriquent des pneus pour voiture. On a encore beaucoup d'usines à redémarrer notamment en Europe sur la fabrication de pneus pour les poids lourds les camions."

Dans les faits, les sites ont déjà rouvert et relancé une partie plus ou moins infime de leur production, sur base de volontariat. Michelin explique avoir rouvert deux sites en formation minimale, à savoir l'atelier de la Combaude à Clermont-Ferrand, Blavozy en Haute-Loire et Troyes, afin de répondre aux commandes les plus importantes. Parmi celles-ci, on trouve des pneus pour l'armée, pour les transports en commun et pour le milieu agricole, ainsi que la fabrication des moules et la logistique pour honorer entièrement ces commandes.

"Tous les sites sont en redémarrage. D'ici le 10 avril, 1500 personnes, soit 15 % de l'effectif des activités industrielles du groupe auront redémarré sur 9500 personnes concernées en France. La semaine suivante, 2600 personnes auront repris et d'ici la fin du mois toutes les usines auront recommencé à tourner. Nous avons listé une série de mesures drastiques pour que les opérateurs reprennent dans des conditions de sécurité maximale. Une commande de 500'000 masques supplémentaires a été passée afin de satisfaire les besoins du personnel le plus rapidement possible", a assuré le manufacturier.

Les salariés acceptent pour ne pas perdre leur emploi

Bien évidemment, les employés ne sont pas intéressés à l'idée d'aller sur les lignes de production dans les conditions sanitaires actuelles. "Je n'y retourne pas de gaieté de cœur. Mais si l'activité ne redémarre pas, Michelin risque de licencier et là, ce sera aussi très compliqué pour nous", admet un salarié. D'autant que les usines d'autres pays ne reprennent pas l'activité, comme en Espagne, aux États-Unis ou même en Inde. Du côté de l'Allemagne et de l'Italie, la reprise est elle aussi lancée, mais de manière très progressive. Les porte-paroles des syndicats sont évidemment montés au front pour défendre les employés des manufactures françaises.

"Même si la direction fait beaucoup d'efforts, nous sommes opposés à cette reprise en plein pic épidémique ! La sécurité des salariés n'est pas négociable", rappelle Laurent Bador, délégué CFDT du site de Clermont-Ferrand. Un discours qui rejoint celui du porte-parole de la CGT : "L'État impose le confinement. On n'a pas le droit de rester plus d'une heure en dehors de chez soi, mais par contre on a le droit d'être à l'usine pendant 8 heures pour fabriquer des pneus. C'est incohérent."