Dans une interview accordée au Parisien, Carlos Ghosn juge "lamentables" les résultats récents des deux entreprises.

Installé à Beyrouth, au Liban, depuis l'affaire Nissan au Japon et sa fuite au scénario hollywoodien du pays à la fin de l'année dernière, Carlos Ghosn prépare actuellement sa défense judiciaire et médiatique. Accusé de malversations financières, l'ancien magnat de l'automobile s'est déjà défendu durant une conférence de presse il y a quelques mois, mais n'a plus vraiment donné de nouvelles par la suite.

Seulement, le dimanche 19 juillet dernier, le journal Le Parisien publie une longue interview de l'ex-capitaine de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi dans laquelle il n'hésite pas à juger la situation actuelle traversée par son ancienne entreprise. Rappelons que le constructeur français traverse une zone de turbulences, dans la continuité de l'an passé, notamment en raison de la crise sanitaire. Les ventes de la marque ont chuté de 34,9 % dans le monde à la fin du premier semestre 2020.

"Je suis fier de mon bilan, qui est connu de tous, des actionnaires, de l’État, des syndicats, de la presse… Entre 2005 et 2018, lorsque j’étais président et directeur général, Renault est passé d’une production de 2,3 millions de véhicules par an en 2005 à près de quatre millions en 2017. En treize ans, l’entreprise française est devenue un constructeur global, implanté sur des marchés d’avenir."

"Nous avons pris le contrôle de l’entreprise russe Avtovaz, qui détenait la première marque russe Lada. Nous avons doublé nos capacités de production au Brésil, nous avons construit l’usine de Tanger au Maroc, faisant de Renault la première marque en Afrique, etc. En 2005, Dacia, qui avait été rachetée par Louis Schweitzer, mon prédécesseur, n’avait qu’un modèle. La marque déploie aujourd’hui toute une gamme et constitue un succès remarquable pour Renault."

"Les cinq dernières années de mon mandat sont les meilleures de l’histoire de Renault, aussi bien en termes de croissance que de profitabilité. Nous avions fait de Renault, dans le cadre de l’Alliance, le leader mondial de l’automobile en 2017 et 2018 (…)", précise Carlos Ghosn.

Des résultats qu'il juge comme étant "lamentables"

Comme vous pouvez le constater, Carlos Ghosn tire un bilan plus que réjouissant de ses années à la tête du Losange. Cependant, quand le journaliste du Parisien lui demande s’il est optimiste pour l’avenir de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, l'ancien dirigeant se montre pour le moins mordant.

"De novembre 2018 à juin 2020, le cours de l'action GM a baissé de 12 %, celui de Toyota de 15 %. Nissan a accusé une chute de 55 % et Renault de 70 %. Tous ces constructeurs sont confrontés à la même crise du Covid-19, mais Renault et Nissan sont sanctionnés plus que les autres. Il y a un problème de confiance des marchés dans l'Alliance. Personnellement, je trouve les résultats de Nissan et de Renault lamentables. Chacune des deux entreprises se replie sur elle-même. Il n'y a plus de vraie mixité du management entre Renault et Nissan, mais une distanciation sournoise."

"Mon successeur chez Nissan, Hiroto Saïkawa, a eu le culot de louer les vieilles méthodes de management en cours avant l'ère Ghosn. Celles qui avaient conduit l'entreprise dans le mur. Une alliance pantouflarde n'a aucune chance de succès."

La France en prend aussi pour son grade

Carlos Ghosn n'oublie pas également de charger l'État français qui, selon lui, ne l'a pas assez soutenu lorsque l'affaire a éclaté du côté du Japon.

"Ma chute vient de l'obsession française d'une fusion dont Nissan ne voulait pas. Je pensais avoir trouvé avec la holding une issue acceptable par les deux parties. En France, un patron est un mal nécessaire. On n'aime pas ce qu'il représente, mais il est difficile de s'en passer. J'ai décliné une offre de General Motors – et je le regrette aujourd'hui – qui me promettait une rémunération plus élevée que celle que j'avais à l'époque. Je ne suis donc pas si cupide qu'on veut bien le laisser croire. Si le salaire des patrons est un problème en France, il faut annoncer la couleur et fixer une limite."