Dans ce nouveau contexte, l'automobile pourrait voir son objectif impacté également et passer de - 37,5 % à - 50 % d'ici 2030.

Comme nous l'avions évoqué en début de semaine, la Commission européenne allait statuer sur quelques modifications concernant les objectifs de réduction des émissions de CO2. Sans surprise, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a annoncé, mercredi 16 septembre 2020, un relèvement des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l'Union européenne.

L'objectif actuel est d'atteindre - 40 % (par rapport à 1990) et ce chiffre va grimper à - 55 % selon la volonté de l'exécutif européen. Une cible, soutenue par un "plan climat", qui va mettre à l'épreuve de nombreux secteurs économiques, à commencer par l'automobile. Effectivement, pour le moment, il s'agit d'un objectif global, mais les objectifs liés à l'automobile devraient très rapidement être mis à jour pour corréler avec ceux annoncés.

"Le minimum syndical"

Ce relèvement "est trop important pour certains et insuffisant pour d'autres. Mais notre économie et notre industrie peuvent y faire face", a affirmé Ursula von der Leyen, qui a fait de la lutte contre le changement climatique une de ses priorités. "La Commission tire l'Europe vers le haut face à la crise climatique", s'est félicité Pascal Canfin, eurodéputé Renew. La commission environnement du Parlement, qu'il préside, avait néanmoins adopté un objectif encore plus ambitieux de -60 %.

D'autres eurodéputés se montrent plus réservés : "il s'agit d'un minimum syndical. L'accord de Paris préconisait une baisse de 65 %", a commenté Karima Delli (Verts). L'ONG Climate Action Network (CAN) regrettait pour sa part que cet objectif, établi sur une base différente de 1990, inclut les réductions d'émissions liées aux "puits de carbone" (forêts et usages de terres) : sur les mêmes critères, la baisse visée n'est "que de 53 % au mieux".

Dans un vaste "plan d'actions climat" qui n'a pas encore été rendu public, mais dont l'AFP a obtenu copie, la Commission précise ses objectifs : elle propose de doubler la part d'électricité issue des renouvelables par rapport au niveau actuel, "à 65% ou plus", et de doubler le rythme de rénovation énergétique des bâtiments. Quant à l'industrie, elle serait sommée de réduire ses émissions de 25 % par rapport à 2015. Enfin, la part d'énergies renouvelables dans les transports devrait s'élever à "environ 24 %" d'ici 2030, soit un triplement par rapport à 2015.

Le transport également en ligne de mire

Les transports maritime et aérien se verraient donc imposer des normes de pollution plus strictes, tout comme l'industrie automobile. L'an passé, l'Union européenne avait déjà décidé de durcir ses normes sur les nouvelles voitures, exigeant une réduction de 37,5 % des émissions de CO2 à l'horizon 2030 par rapport à 2021.

L'objectif pourrait désormais être relevé à 50 % selon une source européenne, évoquant nouveaux carburants et essor des voitures électriques. De quoi mettre le secteur sur la défensive : "Ces ambitieux objectifs climatiques nécessiteront des investissements supplémentaires massifs, à un moment où l'automobile est secouée par la crise du coronavirus", avertit Eric-Mark Huitema, directeur de l'ACEA, fédération de seize constructeurs européens.

Des contraintes dangereuses pour l'économie ?

D'une manière générale, si "les actes" ne suivent pas l'engagement climatique et "s'il n'y a pas de financements, ce qui est le cas aujourd'hui, c'est absolument catastrophique", prévient l'eurodéputé Pierre Larrouturou (socialistes et démocrates), rapporteur général du budget. Il assure ne pas pouvoir voter un budget européen "qui n'aurait pas au moins 50 milliards d'euros de plus chaque année sur la table pour le climat et l'emploi", via une taxe sur les transactions financières.

Le Parti populaire européen (droite), lui, s'inquiète d'un impact économique punitif : "l'Europe c'est 8 % des émissions mondiales de carbone. Si nous ne faisons qu'imposer des contraintes à ceux qui produisent en Europe, nous n'aurons pas progressé sur le terrain de l'écologie, nous aurons seulement détruit notre économie", a précisé l'eurodéputé François-Xavier Bellamy.