Découvrez dix anecdotes marquantes des 24 Heures du Mans avec Motor1.com.

Avant sa carrière de pilote de Formule 1, et ses trois dernières saisons en endurance avec Porsche, Mark Webber avait connu deux premières expériences compliquées sur le Circuit de la Sarthe.

En 1999, Mark Webber était encore un des plus sûrs espoirs du sport automobile. A 25 ans, le jeune australien n'avait toutefois pas trouvé les ressources pour poursuivre sa carrière en monoplace, après pourtant une ascension prometteuse en Formule Ford puis en Formule 3. L'Australien allait reprendre sa marche en avant dès le début des années 2000 avant d'intégrer le Championnat du monde de F1 en 2002 et ce pour pas moins de douze saisons au plus haut niveau, mais le natif de Queenbeyan était encore dans l'incertitude en cette fin des années 90.

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Mark Webber Mercedes CLR 1999 4

L'opportunité lui était pourtant donnée par Mercedes d'accéder pour la première fois à un rang de pilote d'usine, en déviant sa carrière vers l'endurance et les 24 Heures du Mans. En 1998, Webber (à droite sur la photo) découvrait ainsi le double tour d'horloge sarthois au volant d'une redoutable Mercedes-Benz CLK-LM. Un véritable honneur pour le jeune pilote, qui venait de surcroît épauler deux légendes du sport automobile : les Allemands Klaus Ludwig et Bernd Schneider.

L'équipage signait une pole retentissante, mais la Mercedes stoppera dès les premiers tours en course, en raison d'une casse moteur, avec Bernd Schneider au volant. Webber n'a pu même prendre le volant. Cette édition 1998 s'était conclue sur un doublé des Porsche 911 GT1.

Un an plus tard, Webber entendait bien prendre sa revanche avec Le Mans, d'autant que Mercedes, forte de son succès dans le championnat FIA-GT l'année précédente, alignait les toutes nouvelles CLR, avec laquelle elle comptait bien renouer avec la victoire dans la Sarthe pour la première fois depuis… 1952. Pour sa seconde participation à l'épreuve, Mark Webber fera équipe avec Jean-Marc Gounon et Marcel Tienmann, sur l'une des trois voitures du constructeur allemand.

Mark Webber Mercedes CLR 1999 2

"Le développement pour les 24 Heures du Mans 1999 était ma plus belle période en course automobile à ce moment-là", raconte Mark Webber dans son livre de mémoires Aussie Grit. "C’était vraiment gratifiant et très amusant car Bernd Scheider et moi avions fait l’essentiel du travail de préparation. Nous traversions régulièrement l’Atlantique pour faire beaucoup d’essais en Amérique, car la météo était meilleure là-bas."

"Nous travaillions avec une véritable raison d’être : rendre ces voitures invincibles. Bernd et moi nous sommes beaucoup entraînés ensemble, et nous étions totalement concentrés. Les sessions duraient cinq ou six jours, et nous essayions de boucler des simulations de 30 heures, 25% plus longues que la durée de la course au Mans."

Première alerte cependant lors de la journée test en mai, où l'Australien sort de la route au niveau de la deuxième chicane des Hunaudières, en raison d'une casse de suspension. Le pilote est indemne, mais la séance s'arrête là pour l'équipage.

"Ce qui venait de se passer est arrivé comme une surprise totale", continue Webber. "Nous avions fait ces simulations de 30 heures. Nous étions assez confiants pour que les voitures soient fiables pour la course. Tout à coup, il y avait cette interrogation."

L'équipe Mercedes a mis à profit le mois de battement entre la journée de test et la semaine des 24 Heures pour peaufiner les détails sur ses CLR, et c'est une formation très affûtée qui s'aligne aux essais en juin. Le mercredi, Webber se positionne au huitième rang de la première séance qualificative, en proie à des ennuis de boîte de vitesses.

Premier envol le jeudi soir

Le lendemain, il est bien décidé à repartir de l'avant lors de la deuxième séance. Mais, en abordant Indianapolis, l'avant de sa voiture se soulève à 330 km/h, et la CLR décolle littéralement avant de retomber le long du rail sur son flanc gauche. Webber est indemne, mais il est bien évidemment choqué. Autorisé à prendre part à la course, l'équipage s'élancera du dixième rang.

"J’étais soulagé, oui, mais j’étais aussi choqué. "Quelle est la p***** de chose qui vient de m’arriver ?" était la question qui courait dans ma tête. C’était un moment incroyable.

Ce qui s’est passé après ça est bizarre. Le coureur qui est en vous commence automatiquement à penser "Merde, nous avons perdu du temps de piste, nous n’avons pas d’autre voiture, qu’allons-nous pouvoir faire ?"

Samedi lors du warm-up, Mark Webber doit retrouver la confiance à bord de la CLR après sa frayeur des qualifications. Mais, chose incroyable, la Mercedes se soulève à nouveau en abordant Mulsanne, et effectue cette fois un véritable looping avant de retomber cette fois sur le toit. Son pilote est à nouveau quitte pour un passage au centre médical, où l'on constate quelques blessures mineures. Cette fois, le forfait est en revanche inéluctable pour le pilote et ses deux équipiers. Encore un rendez-vous manqué avec Le Mans pour Mark Webber.

Mark Webber Mercedes CLR 1999

"Deux pensées ont traversé mon esprit. La première était pour l’équipe : "Bordel, que font ces gars pour me donner une voiture comme ça ?" Et ensuite : "Il n’y a pas moyen que je sois de nouveau chanceux, je ne veux pas avoir mal, je veux que ce soit terminé rapidement."

"Ce n’étaient pas des accidents ordinaires que je vivais. Ils étaient énormes."

"Nous y sommes de nouveau : le ciel, le sol, le ciel, mais un peu plus vite car j’étais même plus haut cette fois, et cela semblait un peu plus violent, ce n’était pas en douceur. Il y avait plus d’arbres à ma gauche mais une fois encore, la voiture n’est pas partie dans le paysage, elle a atterri sur la piste."

"Je crois que la voiture a touché la barrière à quelques reprises et j’ai donc fait un tête-à-queue, et cette fois elle est restée sur le toît. J’ai commencé à paniquer un peu car dans ces voitures il y avait toujours un risque d’incendie. J’étais paranoïaque quant au fait de rester piéger à l’intérieur, et en même temps j’étais tellement en colère avec l’équipe car je savais que je n’avais rien fait de mal, je savais que ça ne venait pas de moi. Je m’étais fait arnaquer."

 

 

"Je ne referai jamais de sports prototypes."

 

"Quand la voiture eut terminé de bouger, les commissaires sont arrivés en six ou sept secondes et m’ont extrait."

"Je suis sorti et je me suis assis sur le remblai à l’extérieur de la piste. Mais mains saignaient, et j’étais secoué, mais au moment où je suis passé de l’autre côté de la barrière, je ne voulais plus remonter dans cette voiture, je ne referai jamais de sports prototypes."

Bien évidemment, l'inquiétude grandit chez Mercedes, où l'on redoute de nouveaux envols lors de la course. Après mûres réflexions de la part des instances dirigeantes de la marque à l'étoile, décision était tout de même prise de maintenir l'engagement des deux autres CLR, non sans avoir renforcé l'appui et l'ajout d'appendices aérodynamiques à l'avant.

Les deux Mercedes rescapées se maintenaient dans le peloton de tête lors des premières heures, aux quatrième et cinquième positions. Mais, aux alentours de 20 heures, ce fut au tour de Peter Dumbreck de décoller en pleine ligne droite, sa CLR effectuant plusieurs vrilles en l'air avant de retomber de l'autre côté du rail de sécurité.

 

"J’étais perdu. J’ai fondu en larmes, et j’ai ensuite couru comme un fou vers les stands, sur environ un kilomètre et demi. J’étais violent. Quand ce cauchemar allait-t-il prendre fin ?"

"Je me disais "S’il est mort, je vais tuer ces salauds, je vais les tuer. Je sais exactement ce qui s’est passé, et c’est tout ce que je craignais : il est dans les arbres, il est parti dedans… Il va être blessé, c’est certain."

Par miracle, la voiture de l'écossais a vu sa chute amortie par les feuillages des arbres en bord de piste, et Dumbreck s'en sortait indemne.

Mercedes décidait de retirer sa dernière voiture en course. On ne vit plus le constructeur de Stuttgart au Mans.

"Je suis ressorti du Mans deux fois plus fort car on a essayé de me tuer deux fois !"

"Il n’y a pas eu de contact officiel de la part des organisateurs de la course, ni aucun débriefing au sein de l’équipe, aucune gestion de crise pour travailler, aucune stratégie de communication mise en place. J’étais juste un pilote parmi d’autres choses, et j’étais très seul avec moi-même."

"Mais que dit-on ? "Ce qui ne vous tue pas rend plus fort. "Donc je suis ressorti du Mans deux fois plus fort car on a essayé de me tuer deux fois !"

Mark Webber allait effectivement vite rebondir en Formule 3000 (troisième en 2000 et deuxième en 2001), avant de faire ses débuts en F1 l'année suivante. Après 217 Grand Prix au compteur, neuf victoires et 13 pole positions (et une carrière menée au sein des écuries Minardi, Jaguar, Williams et Red Bull), il allait terminer sa carrière sur trois saisons en WEC avec Porsche en LMP1, remportant le titre mondial en 2015.

Pour boucler la boucle, il disputait trois 24 Heures du Mans avec Porsche, terminant l'épreuve pour la première fois en 2015 – sa quatrième tentative – où il décrochait la deuxième place avec ses équipiers Brendon Hartley et Timo Bernhard.

Mark Webber podium Le Mans 2015