Connaissiez-vous cette Corvette recarrossée ?

Quand on pense à Carroll Shelby, on a tendance à penser immédiatement à la Shelby Cobra, la voiture qui l'a aidé à échafauder son intense bataille avec Ferrari. Avec son small block d'origine Ford, la voiture s'est forgée une grosse réputation en compétition. Mais saviez-vous que ce moteur n'était en réalité pas le premier choix de Carroll Shelby pour propulser le roadster d'origine britannique ? En effet, il avait dans un premier temps plutôt misé sur un small block Chevrolet, avant que l'idée ne soit retoquée par les dirigeants de General Motors. 

Avant que la Cobra n'écrive son histoire dans le milieu des années 1960, Shelby s'était impliqué dans un projet que l'on connaît un peu moins : la Corvette Scaglietti de 1959. Scaglietti était évidemment connu pour son travail sur les Ferrari de course, mais il s'est également associé à Gary Laughlin, Jim Hall et Carroll Shelby pour produire à la main trois Corvette Italias. Hall et Laughlin étaient tout deux des revendeurs Chevrolet. Ce sont eux qui ont fournis les trois Corvette complètement dénudées et qui ont été transportées jusqu'à Modène, en Italie, pour que Scaglietti leur sculpte une nouvelle carrosserie à base un alliage léger spécial. 

Le but pour ces Corvette italiennes signées Scaglietti étaient de s'attaquer aux Ferrari 250 Testarossa et 250 Berlinetta SWB sur les pistes. Pour autant, Enzo Ferrari étant le principal client de Scaglietti, on peut se douter qu'il n'était pas franchement ravi de cette initiative. Il aura fallu en tout et pour tout 3 ans pour réaliser les trois Corvette.

L'objectif était d'obtenir une voiture peu coûteuse mais fiable, utilisant le moteur américain mais dans une carrosserie au style purement italien. L'un des trois exemplaires était équipé d'une boîte de vitesses manuelle à 4 rapports, et les autres de Powerglides automatiques. Toutes embarquaient un moteur V8 de 283 cubic inch

Galerie: L'histoire de la Corvette Scaglietti de Carroll Shelby

Photos du Petersen Museum

À l'automne 1960, la première Corvette Scaglietti arrivait au terme de sa préparation, avec une carrosserie aluminium inspirée de la Ferrari Tour de France. Enzo Ferrari serait venu souffler à l'oreille de Scaglietti pour lui dire de laisser tomber ce projet de Corvette. Le directeur général de Chevrolet à l'époque, Ed Cole, a appelé Shelby très tôt le matin pour lui dire que le projet n'avait plus de raison d'être. C'est peut-être ce qui motivera Carroll Shelby, qui finira par battre Ferrari en 1964 avec sa Shelby Cobra.

Hall ira aux concours d'élégance avec sa Corvette, Pebble Beach, Santa Barbara et Newport Beach. La voiture sera ensuite vendue aux enchères en 1990 pour 500'000 dollars, un record à l'époque pour une Corvette vendue aux enchères. La voiture de Laughlin sera quant à elle expédiée au Japon pour rejoindre une énorme collection de voitures. La dernière Corvette devait être celle de Carroll Shelby, mais après l'abandon du projet, il n'en a pas voulu. Après avoir changé de mains à de nombreuses reprises, elle a fini à Los Angeles au Petersen Automotive Museum.

Reposant sur une base de Corvette C1, la voiture était équipée d'un moteur V8 Chevy 283ci surmonté d'une injection Rochester. Les deux dernières Corvettes intégraient des carburateurs à quatre corps, avant d'être remplacés par des moteurs à injection. Les autres caractéristiques mécaniques comprenaient un bloc à parois en fer, des culasses interchangeables, un collecteur d'admission... La voiture a conservé les freins à tambour de série et l'essieu arrière. La boîte de vitesses provenait d'une transmission Borg Warner T-10 à 4 vitesses, reliée à un levier de vitesses Hurst. La voiture développait environ 320 chevaux.

Les trois hommes derrière cette Corvette un peu spéciale mesurant plus d'1,80 mètre, l'intérieur devait rappeler des Ferrari GT. On retrouvant des jauges Stewart Warner, un pommeau de vitesse Corvette, un volant en bois Nardi, un frein de stationnement à poignée en T. De plus, le tableau de bord était recouvert d'une peinture craquelée, les sièges étaient en cuir de couleur chameau. À l'extérieur, les échappements Ansa s'occupaient de jouer la mélodie du V8 Chevy, tandis que les roues à fils entrecroisés sont signées Borrani.

Cette très rare Corvette était une voiture qui devait s'attaquer aux meilleures voitures de sport européennes sur piste. Mais grâce, ou à cause, de la relation étroite entre Scaglietti et le rival de Shelby, Enzo Ferrari, elle ne verra finalement jamais le jour. Ce qui rend l'histoire de cette Corvette italienne encore plus intéressante !